Le numérique est profitable chez Météo Média

(Montréal) Ce n'est peut-être pas une première, mais il s'agit néanmoins d'un cas rare dans la laborieuse mutation commerciale qu'effectuent les médias traditionnels vers le modèle numérique. La chaîne spécialisée Météo Média et son pendant anglophone The Weather Network retirent aujourd'hui davantage de revenus publicitaires de leurs différentes plateformes numériques que de leurs publicités télévisées traditionnelles.

Plus surprenant encore, cette nouvelle réalité commerciale que vit Météo Média et que souhaiteraient connaître plus que tout au monde bien des médias traditionnels n'est pas récente.

Cela fait maintenant deux ans que l'entreprise Pelmorex - qui est propriétaire de ces deux chaînes spécialisées canadiennes - enregistre davantage de revenus sur le web que par l'entremise de ses pauses publicitaires traditionnelles que l'on peut visionner à la télé.

Depuis 1995, les grands groupes de presse du monde entier ont investi et continuent d'investir des millions dans le développement de versions web de leurs différentes publications dans le but premier d'accompagner leur clientèle vers ces nouvelles plateformes d'information spontanée.

Depuis 10 ans toutefois, les médias traditionnels cherchent férocement à monétiser la migration de leur clientèle vers leurs plateformes numériques.

Malgré un achalandage toujours en hausse et une diminution de leurs revenus traditionnels, les versions en ligne des grands groupes de presse n'ont généré, l'an dernier, que 13% de leurs revenus publicitaires totaux.

Devant pareil contexte de lente et de laborieuse migration commerciale, comment Pelmorex a-t-elle donc réussi et de façon aussi rapide son virage économique au numérique?

«On y travaille depuis 1995, lorsqu'on a lancé notre premier site web. L'idée de départ, c'était d'occuper l'espace. À partir du début des années 2000, on a vu des taux de croissance très intéressants et on a décidé de développer nos propres applications», explique Pierre Morissette, PDG et propriétaire de Pelmorex.

Son entreprise a racheté Météo Média en 1993, et sa contrepartie anglophone, The Weather Network, au Canada anglais, lorsque la société Lavalin, qui avait lancé ces deux chaînes spécialisées, s'est soudainement retrouvée en faillite.

Il n'est pas surpris par le succès commercial qu'obtient son entreprise depuis deux ans avec son passage au numérique. Cela fait des années qu'il canalise chaque année de plus en plus d'énergie à réussir cette fameuse conversion.

«Nos chaînes télé demeurent nos plateformes principales avec 15 millions de téléspectateurs par mois. Mais elles ont des contraintes. On ne peut pas diffuser plus de 12 minutes de publicité par heure. Avec le web, il n'y a pas de contraintes, on vend des impressions par page visitée», explique Pierre Morrissette.

Avec le temps, la clientèle télé très fidèle des chaînes Pelmorex - qui est davantage concentrée aux heures d'écoute du matin et du soir - a migré vers ses sites web durant le jour lorsqu'elle se trouve au travail.

Depuis cinq ans, le développement fulgurant des plateformes mobiles - téléphones intelligents et tablettes - a entraîné une nouvelle migration vers les sites que Météo Média et The Weather Network ont créés spécifiquement pour ces nouvelles antennes.

Résultat, les deux chaînes canadiennes de Météo Média génèrent sur le web une moyenne de 20 millions de visiteurs uniques par mois.

Une marque mensuelle qui peut parfois atteindre les 25 millions de visiteurs uniques dès que se produisent des événements d'envergure: tempêtes de neige, ouragans, pluies torrentielles...

Mais cette nouvelle affluence qui permet à Pelmorex de tirer aujourd'hui davantage de revenus du web que de ses publicités télévisuelles ne s'est pas bâtie spontanément. L'entreprise a consacré et consacre encore beaucoup de ressources pour développer et proposer des outils qui lui sont propres.

«On a une cinquantaine de personnes qui ne font que travailler au développement de nouveaux logiciels pour nos différentes plateformes, que ce soit pour les tablettes, les iPhone ou les téléphones Android.

«On fait tout à l'interne. Comme on a mis sur pied notre propre équipe de météorologues qui a conçu et qui met à jour ses propres modèles de prévisions», explique Pierre Morrissette.

Pelmorex emploie 500 personnes au Canada, dont le tiers des effectifs est situé à Montréal. C'est toutefois en banlieue de Toronto que se réalisent tous les travaux de recherche et développement.

Il faut aussi préciser que Pelmorex a été avantagée dans le déploiement de sa stratégie numérique parce qu'elle peut compter chaque mois sur les redevances importantes que lui versent les télédistributeurs, ce qui lui assure un confortable bas de laine qui lui permet de faire face à toutes les intempéries...

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