Le plus gros placement de l'ère Sabia

En février dernier, Serge Godin avait promis aux actionnaires de CGI que l'entreprise allait doubler la taille de ses revenus annuels à 8 milliards, d'ici trois à cinq ans.

Une promesse qu'il a décidé de remplir avec une diligence foudroyante en réalisant une gigantesque transaction qui propulsera dès cette année à plus de 10 milliards les revenus du groupe et qui transformera son visage international.

CGI a décidé de frapper fort et gros en déposant une offre de 3,3 milliards (en incluant la dette) pour acquérir Logica, une entreprise européenne de plus grande taille, tant sur le plan des revenus annuels que des effectifs, que le groupe montréalais.

Manifestement, Logica était une entreprise moins bien disciplinée financièrement que CGI - qui s'intéressait à elle depuis un bon moment déjà - et elle était devenue récemment une cible tout à fait désignée pour combler les visées expansionnistes de CGI en Europe.

Selon l'avis unanime des analystes financiers, CGI n'a pas eu à débourser beaucoup d'argent pour que son offre obtienne l'approbation du conseil d'administration de Logica et de ses principaux actionnaires.

Soit, mais c'est quand même 3,3 milliards que le groupe de Serge Godin a dû trouver pour mener à bien la plus importante transaction de son histoire.

Et c'est ici qu'est intervenue la Caisse de dépôt qui n'a pas hésité à plonger dans le projet de CGI en prenant une participation additionnelle de 1 milliard au capital-actions du groupe informatique.

Il faut noter que cet apport de capitaux de la Caisse dans CGI est le plus important investissement réalisé par l'institution depuis que Michael Sabia a pris la direction du bas de laine des Québécois.

Il s'agit également du deuxième investissement en importance de l'histoire de la Caisse dans une même entreprise québécoise depuis celui de 3,2 milliards que la Caisse avait réalisé dans Québecor Média au début des années 2000, lors du rachat de Vidéotron.

La Caisse avait investi plus de 800 millions lors du rachat du groupe d'alimentation Steinberg en 1989 mais cet investissement visait essentiellement à lui permettre de mettre la main sur la division immobilière Ivanhoé du groupe Steinberg et de bâtir ainsi une nouvelle expertise dans un secteur où elle était absente.

Pour faciliter l'acquisition de Logica par CGI, la Caisse de dépôt s'est engagée à acheter 46,7 millions d'actions de l'entreprise montréalaise au prix convenu de 21,41$ l'action, pour un grand total de 1 milliard. Une conversion qui dépend évidemment de la réalisation de la transaction.

Si la transaction avec Logica est conclue au prix convenu et advenant que le titre de CGI demeure à son niveau de clôture d'hier, la Caisse aurait déjà réalisé une plus value de 120 millions de dollars sur ses nouvelles actions de CGI, puisque son titre a gagné 14%, hier, pour clôturer à 23,95$...

Plus sérieusement, l'engagement de la Caisse dans cette transaction conduite par CGI s'est fait sur une base de long terme et il remplit surtout les critères d'investissement et les exigences que s'est fixés l'institution, expliquait hier Normand Provost, le vice-président responsable des Placements privés à la Caisse.

«On investit dans une entreprise bien gérée, qui est un leader dans son secteur d'activité et qui a un plan stratégique structuré. On accompagne une entreprise québécoise dans son positionnement international tout en prévoyant réaliser un placement très profitable», résume le gestionnaire.

Si cette décision d'investissement sera chaudement applaudie par tous ceux qui souhaitent que la Caisse de dépôt intervienne davantage dans le développement de l'économie québécoise et des entreprises d'ici, elle est avant tout un prolongement d'une longue association entre la Caisse et CGI.

La Caisse est actionnaire de CGI depuis le milieu des années 90 et détenait déjà 9,5% de son capital-actions. La transaction avec Logica portera à 22% sa participation dans le joueur québécois.

Les vertus de la patience

Chose certaine, si la transaction annoncée par CGI se réalise comme prévu, sans embûche ni surenchère, le groupe montréalais aura bien fait d'attendre le moment opportun pour déclencher son OPA.

«Il y a cinq ans, lorsqu'on a fait les premières approches à Logica, le titre de l'entreprise européenne était à 165 pence (contre 65 pence avant le dépôt de l'offre d'hier), la livre Sterling valait 2,20$ (contre 1,60$ aujourd'hui) et enfin la valeur de l'action de CGI était à 11$ (contre 21$ avant le dépôt de l'offre)», m'a confié hier Serge Godin avec son plus large sourire.

En bref, CGI aurait payé trois fois plus cher pour acquérir sensiblement la même entreprise. La patience peut parfois s'avérer une vertu payante.

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