Chronique «plate» pour l'éducation

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CE TEXTE A FAIT L'OBJET D'UNE PRÉCISION

J'ai des choses «plates» à vous dire aujourd'hui. Pas «plates» dans le sens d'endormantes, mais «plates» dans le sens de déplaisantes. Ces choses «plates» concernent le milieu de l'éducation et les profs. En anglais, on appelle ça reality check.

Avant de continuer, je tiens à refaire ma profession de foi. L'éducation doit être une priorité au Québec et il faut donner aux établissements les fonds nécessaires pour assurer leur développement. Une société plus instruite s'émancipe culturellement, devient plus égalitaire, moins violente et plus concurrentielle, entre autres choses.

Par ailleurs, j'en conviens, les profs ont eu la vie dure, ces dernières années, et les hausses de salaire ont été bien modestes. À l'école, ils doivent souvent pallier les carences de la maison, notamment, et composer avec des classes multiethniques et des élèves en difficulté, ce qui est exigeant.

Voilà pour la profession de foi. Maintenant, les faits contrariants.

En général, la population a l'impression que le gouvernement a délaissé l'éducation ces dernières années, qu'il a failli à sa mission. Or, au contraire, le Québec a beaucoup investi dans l'éducation depuis 10 ans et les écoles ont eu plus de ressources.

Les fonds consacrés à cette mission ont augmenté de 67% depuis 2004 et atteignent aujourd'hui 20,9 milliards. Cette croissance de 67% est non seulement plus importante que l'inflation durant la même période (19,4%), mais elle aussi plus grande que la croissance économique au Québec (38%).

En d'autres mots, les fonds consacrés à cette mission ont augmenté de 5,3% par année en moyenne, trois fois plus que l'inflation annuelle (1,8%) et presque deux fois plus que le PIB (3,3%). Il s'agit des fonds versés à tout le réseau, du préscolaire à l'université (mais en excluant les CPE).

Ces renseignements ne sont pas tirés d'un manifeste patronal, mais des comptes publics du Québec, certifiés par le vérificateur général.

Oui, mais, direz-vous, cette progression plus forte n'est-elle pas justifiée par la croissance du nombre d'élèves? Eh bien non, justement.

Au contraire, l'ensemble des écoles primaires et secondaires a vu la fréquentation diminuer de manière marquée. Globalement, un million d'élèves fréquentaient nos écoles publiques et privées en septembre dernier, soit environ 65 000 élèves de moins qu'en 2006 (baisse de près de 1% par année).

Pendant ce temps, la fréquentation a certes augmenté dans les cégeps et les universités, mais les hausses sont de 1% par année pour les premiers (total de 178 966 étudiants) et de 2% pour les seconds (228 727 étudiants).

En clair, les sommes consacrées à l'éducation ont bondi de 5,3% par année, pendant que la fréquentation annuelle a fluctué de -1 à +2%. Autrement dit, la hausse de la clientèle ne justifie pas la croissance des fonds.

Mais alors, où est passé l'argent additionnel, une fois l'inflation et les coûts du système épongés? Je n'ai pas toutes les réponses. Et je sais que je vais passer pour un hérétique en cette ère de compressions. En gros, les fonds additionnels ont été injectés... dans la bonification des services.

Entre autres, le nombre d'élèves par classe a été abaissé dans les écoles primaires et secondaires. Au cours des quatre dernières années, par exemple, les classes de 5e et 6e année du primaire sont passées de 27 à 24 élèves et celles de 1re et 2e secondaire, de 30 à 26 ou 27 élèves. Ces classes moins nombreuses ont eu pour effet d'augmenter le personnel et la masse salariale.

Dans les négociations actuelles, le gouvernement Couillard remet en question la baisse de ces ratios. Les autres niveaux du primaire avaient vu leur ratio baisser au cours des années précédentes (le début du primaire compte 20 élèves par classe depuis 2002), mais cette baisse n'est pas remise en question.

Autre bonification: en 2010, 400 postes de professionnels ont été ajoutés dans le réseau pour soutenir les élèves à risque, qu'il s'agisse d'orthopédagogues, d'orthophonistes ou d'autres psychologues.

Il faut dire que ces ressources étaient nécessaires en raison de l'explosion du nombre d'élèves en difficultés, passé de 15 à 25% du total en quelques années. D'autant qu'au début des années 2000, le gouvernement a commencé à intégrer les élèves avec des difficultés particulières aux classes ordinaires plutôt que de les regrouper ensemble, ce qui a exigé une baisse des ratios et l'aide de professionnels.

Les syndicats jugent que le nombre de cadres a trop augmenté et qu'on a construit des écoles dans de nouveaux quartiers, alors qu'on doit maintenir des écoles de quartiers vieillissants. De plus, on déplore la politique de non-redoublement, qui donne des maux de tête aux profs.

Quoi qu'il en soit, le Québec a beaucoup investi dans l'éducation depuis 10 ans, mais les profs et les parents ne voient pas où est passé l'argent. C'est «plate», que je vous disais, vraiment «plate».

PRÉCISION

Je dois corriger une regrettable erreur dans ma chronique «plate» sur l'éducation parue vendredi. L'économètre Benoit Perron, de l'Université de Montréal, m'indique que des modifications comptables en 2010 au gouvernement du Québec ont pour effet de fausser les comparaisons des dépenses dans le temps. À l'aide d'un autre économiste (Bryan Campbell) et d'un comptable (Michel Magnan), il a travaillé à redresser les données, ce qui les rend comparables. Selon leurs travaux, la hausse des dépenses d'éducation n'est pas de 67% sur 10 ans, comme dans ma chronique, mais de 50%. La hausse demeure supérieure à l'inflation (19%) et au PIB (38%), mais l'écart est moindre. Mes plus plates excuses.

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