La ministre Maltais et le travail au noir

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Il s'agit probablement d'une première: une association patronale qui admet candidement que ses membres font du travail au noir. Et qui le justifie!

C'est ce qu'a fait l'Association de la construction du Québec (ACQ), la semaine dernière, dans une lettre transmise à la première ministre, Pauline Marois. «L'entrepreneur, la plupart du temps, est contraint de faire travailler des salariés le samedi sans le déclarer aux autorités fiscales», a écrit Jean Pouliot, président de l'ACQ.

Ce recours au travail au noir s'explique par le coût très élevé des heures supplémentaires dans l'industrie, selon le président de l'ACQ. Les taux des heures supplémentaires rendent bien souvent les contrats «impossibles à rentabiliser», ce qui pousse les entrepreneurs à avoir recours au travail au noir, selon Jean Pouliot.

Officiellement, rappelle M. Pouliot, les travailleurs du secteur institutionnel-commercial déclarent que seulement 2% de leurs heures sont à temps supplémentaire, ce qui est une aberration totale. «Une visite ad hoc sur les chantiers le samedi ou le soir saurait convaincre les plus sceptiques [que c'est beaucoup plus]», écrit M. Pouliot.

Ce que j'en pense? Je dis bravo à l'ACQ. Pourquoi bravo? D'abord, parce qu'on ne réglera pas le travail au noir en se mettant la tête dans le sable: il faut parler franchement. Ensuite, parce que l'ACQ aborde l'une des raisons qui expliquent le «fléau des enveloppes comptant»: les coûts prohibitifs de l'industrie.

Lorsqu'il pleut, par exemple, certains travaux doivent être repris la fin de semaine pour respecter l'échéancier des clients. Or, la reprise des travaux le samedi ou le dimanche, après quelques jours de pluie ou de congé, est à taux double dans le secteur institutionnel-commercial. Dans les négociations, l'ACQ offrait de donner du taux simple.

Autre particularité: après 40 heures de travail par semaine, le tarif est à taux double. L'ACQ demandait plutôt qu'il passe d'abord à taux et demi jusqu'à 48 heures.

Ces conditions ont été jugées inadmissibles par les syndicats. Pourtant, il aurait été sûrement possible de trouver un terrain d'entente. Pour les heures supplémentaires, par exemple, une semaine de 45 heures avant le taux double? Pour la pluie, un plafond de cinq jours de fins de semaine par année à taux simple, cinq jours à taux et demi et le reste à taux double?

En échange de cette flexibilité, les syndiqués auraient pu obtenir une hausse globale des salaires plus importante.

Rien de tout cela n'est arrivé. Après la lettre de l'ACQ et la loi spéciale, la ministre du Travail, Agnès Maltais, a plutôt demandé de faire enquête sur les chantiers pour éradiquer le travail au noir.

«Les admissions [de l'ACQ] sont inquiétantes. Au Québec, tous doivent respecter la loi et tous doivent payer leurs taxes et impôts», est-il écrit dans une lettre d'Agnès Maltais le 2 juillet, transmise à Diane Lemieux, présidente de la Commission de la construction du Québec (CCQ).

En plus des coûts de main-d'oeuvre élevés qui encouragent le travail au noir, Jean Pouliot aurait pu ajouter la multiplication des frais dans l'industrie (RBQ, CSST, CCQ, RQAP, AE, etc.), qui font grimper de 20$ le tarif à taux simple d'un électricien.

Le noir, la moitié des travaux

Au fait, à combien s'élève le travail au noir dans l'industrie? Pour le savoir, j'ai comparé le nombre d'heures déclarées par les travailleurs à la CCQ à celui estimé par Statistique Canada à partir de deux enquêtes (auprès des entreprises et des ménages). L'écart est renversant.

À la CCQ, 163 314 travailleurs ont déclaré 165 millions d'heures en 2012, pour une moyenne de 1010 heures par travailleur. Une partie des travaux de construction n'est pas assujettie au régime et n'est donc pas déclarée à la CCQ, notamment la rénovation chez les particuliers, certains travaux dans les écoles et l'installation de machinerie de production.

Ces travaux non assujettis comptent pour 36% du total, selon la CCQ, et font ainsi passer le nombre d'heures officiellement travaillées dans l'industrie à 258 millions en 2012.

Les chiffres de Statistique Canada sont très différents. En 2012, l'organisme estime que les salariés ont plutôt travaillé 497 millions d'heures au Québec, soit deux fois plus. Autrement dit, une heure sur deux serait faite au noir au Québec. Les 259 445 salariés auraient plutôt travaillé 1915 heures chacun en moyenne, en 2012, selon Statistique Canada.

Il y a essentiellement deux façons de contrer le travail au noir. On peut soit augmenter les inspections et les enquêtes, soit rendre le travail au noir moins attrayant. Agnès Maltais a exigé la première option. Jean Pouliot a demandé, certes maladroitement, qu'on opte pour la seconde option. Est-il possible de choisir un peu des deux?

Heures travaillées par les ouvriers

Déclarées: 1010 heures par année

Dans les faits: 1915 heures par année

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Commentaires (7)
    • Salut monsieur Vailles! Une autre analyse simpliste...encore une fois faire dire aux statistiques ce que l'on veut. Votre sainteté le patron et les syndicats le diable. Au fait pourquoi les travailleurs se syndiquent-ils? Ignorer l'histoire de l'exploitation des serfs et autres esclaves travailleurs vous condamne à répéter les mêmes âneries. Les groupes organisés dérangent le 1% ! Dans votre logique partisane, il faut excuser Tony Accurso et la MINORITÉ des autres patrons véreux: cet appel à la clémence envers les patrons est déjà commencé. Quant à toi cher Gasston, sans aucun doute, tu es le prototype des chiâleux professionnels qui exigent toujours plus de services, jamais contents, et qui trouvent que les citoyens paient trop d'impôts. Je te signale que, dans mon cas, les rares miracles se produisent à Sainte-Anne de Beaupré! Quant aux patrons dont les profits sont toujours légitimes et jamais suffisants, oh surprise! ce sont les citoyens qui écopent...tiens donc!!!

    • Les entrepreneurs ET les travailleurs font tous deux la bonne chose. Le travail au noir est essentiel dans une société qui impose un taux usuraire d'impôt sur le revenu (49.7% PLUS la contribution santé = plus de 50%!). Sans compter les taxes de toutes sortes. Jamais je n'oserais demander à quelqu'un de travailler des heures supplémentaires pour ensuite se faire voler plus de 50% par notre bon gouvernement. Les gens qui ne travaillent pas au noir sont des esclaves de l'État.

    • Je travaille dans la construction depuis quasi 10 ans...et je trouve votre texte assez comique car vos chiffres sont farfelus
      Heures travaillées par les ouvriers
      Déclarées: 1010 heures par année
      Dans les faits: 1915 heures par année
      Si vous avez pogne ceci dans un biscuit chinois ca serais comprenable...comme si 1 hr sur 2 etais au noir...trop drole

    • Monsieur Vailles,
      J'ai pris le temps de lire votre article.
      Je compose avec le secteur de la construction tous les jours.
      Vos commentaires sont justes et conservateurs.
      La réalité est pire.
      Le climat sur les grands chantiers font fuir les projets au Québec. Tous le savent, peu veulent le reconnaître.
      Des conventions par décret mènent à l'abus et nous payons tous pour ces abus.
      La construction, la santé, l'éducation, les employés du publique et du parapublique, les employés des villes, etc...
      Un environnement parfait pour le développement du syndicalisme abusif, qui ne tient pas compte de l'offre et de la demande, du marché et de la compétivité. Ils vont comprendre un jour quand les travailleurs, les vrais vont se révolter.
      Puis il y a ceux qui croient au gouvernement providence.
      Tous les gens ont droit à leur opinion, toutefois dans l'univers d'aujourd'hui les paroles doivent être supportés par les faits.
      J'espère que le parti de Madame Marois retrouvera le niveau de courage pour dénoncer les abus dans la construction et instaurer des mécanismes pour enrayer le travail au noir en général.
      Qui n'a jamais péché, lance la première. Oui j'ai péché en achetant des biens à l'étranger sans déclarer la juste valeur. Je me suis fait prendre et plus jamais, ma réputation de professionnel est trop importante.
      Le noir, la tricherie, l'abus est devenu un mode de vie.
      Le nouveau savoir-être des années 2000, nous sommes sur une mauvaise voie et nous allons tous payer pour ces comportements.
      La construction, sujet du jour, la commission Charbonneau, l'UPAC qui fait un super travail, je souhaite que le tout se poursuivre et que la vérité sorte, éclabousse et salisse les pseudos purs.
      En passant, les heures déclarés, les heures travaillés, 2000 heures années est une petite normalitée pour un bon travailleur, beaucoup font 2,500 et plus; dois-je comprendre que ceux qui déclarent 1,100 heures par année perçoivent le chomage en plus de travailler au noir?
      Ma

    • Je ne crois pas que les déclarations du président de l'ACQ soient "candides" ou "maladroites ", comme vous dites, M. Vailles. Dans le meilleurs des cas elles représentent une opinion tergiversante. Dans le pire, elles sont malhonnêtes. Selon mon omble avis, vous devriez aller "fouiner " ( dans le cas présent) dans les activités du BSPQ ( bureau des soumissions publiques du Québec) pour comprendre, par exemple, que de la sous-traitance à outrance et la logique du plus bas soumissionnaire se dégage une concurrence sans pitié entre entrepreneurs, contrôlé par les grandes compagnies de construction que gestionnaires des projets.
      Le travail au noir s'explique aussi par l'autre logique qu'anime le sacrosainte secteur privé: la "religion" du profit que structure les agissements et serve de philosophie pour les justifier . Le "temps double" payé à taux simple ou carrément en "cash", obéi plus à la nécessité d'être plus concurrent que son adversaire,à faire plus d'argent, ou tout simplement pour filtrer de l'argent illégal ( témoignages devant la Commission Charbonneau à l'appuie), et parfois tout ça au même temps.
      D'autre part M. Vailles, je vous soumet respectueusement que, toutes les conclusions que vous tirez des statistiques et chiffres brutes aux quelles vous référez, sont faussés où inexactes puisque dans la manière que vous les croisez se déforme la possibilité de comprendre la vrai nature de la "candeur " du président de l'ACQ.

    • à lire certains chroniqueurs de journaux, on dirait que bien du monde souhaite la fin des syndicats et que tous les Québécois soit (sauf le 1% et leur sous fifres) au salaire minimum.

    • Une heure sur deux au noir? Je n'en crois rien du tout. Je fais de la construction depuis l'âge de 19 ans. J'en ai 57. J'ai obtenu ma carte de compétence sur le tard (vers la quarantaine). J'ai plus de 7K heures CCQ et autant hors décret, mises à part mes heures dans l'agricole. J'ai fait des silos, des fosses à purin, des solages, des toitures, de la finition, des maisons complètes, de l'industriel, du commercial. Combien ai-je reçu au noir? Je me risquerais à dire 500$ durant toutes ces années! Si on m'avait offert plus, je l'aurais probablement pris, mais je ne me souviens pas de tant d'employeurs (et Dieu sait que j'en ai eu) qui pouvaient se permettre de "saupoudrer" autant d'argent liquide à leurs employés. Une heure sur deux? Non. Impossible.

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