SNC-Lavalin: S pour succursale?

Sommes-nous tranquillement en train de perdre un autre siège social à Montréal, avec ses conséquences dramatiques sur notre économie? La récente restructuration de la multinationale SNC-Lavalin a de quoi inquiéter.

En 2008, les cinq premiers dirigeants de ce fleuron étaient québécois. Ce nombre est passé à trois l'an dernier et, cette année, peut-être y en aura-t-il deux. Peut-être, parce que l'entreprise cherche un chef des finances pour remplacer Gilles Laramée et il est loin d'être acquis que le meilleur candidat, aux yeux du conseil d'administration, sera un Québécois.

Cette transformation de l'organisation, autrefois dirigée par Bernard Lamarre, Guy St-Pierre et Jacques Lamarre, s'explique entre autres par les récents scandales qui ont frappé SNC-Lavalin. Au début de 2012, le conseil d'administration a découvert que la direction avait camouflé de mystérieux paiements de 56 millions de dollars. Le PDG, Pierre Duhaime, a dû quitter l'entreprise quelques semaines plus tard et, l'automne dernier, la Sûreté du Québec l'a accusé d'avoir participé à une fraude.

Pour replacer l'entreprise sur ses rails, le conseil a annoncé une prestigieuse nomination, celle de l'Américain Robert G. Card. Tel qu'il était attendu, l'ancien sous-secrétaire de la Maison-Blanche a brassé les cartes et annoncé ses changements vendredi dernier.

Sa plus grosse prise est l'Anglais Neil Bruce, qui a travaillé chez le concurrent AMEC. Neil Bruce devient président de la plus grande division de SNC, rebaptisée Ressources et Environnement. Personne ne remet en question les compétences de M. Bruce, mais l'entreprise a accepté qu'il travaille loin de Montréal, soit dans le bureau de Londres.

Trois des treize membres de la direction de SNC-Lavalin relèveront de lui. On ne sait pas encore s'ils travailleront en décalage horaire de Montréal ou de Toronto, ou plutôt s'ils opteront plus probablement pour travailler à Londres.

À ce groupe, il faut ajouter le nouveau patron de l'exploitation mondiale, le Français Christian Jacqui, qui s'installera également à Londres. En somme, Londres sera le centre de décision de 5 des 13 hauts dirigeants de l'organisation, soit près de 40% du total.

La division Ressources et Environnement de Neil Bruce regroupe le secteur des mines, du pétrole, de l'environnement et de l'eau. Quelque 11 000 employés y travaillent, soit près de 35% des 32 000 employés de la multinationale; les revenus de la division accaparent une proportion semblable.

Bref, une part importante des décisions de l'entreprise semble glisser entre les doigts de Montréal, avec ses conséquences sur notre économie. La nouvelle n'est pas réjouissante quand on se rappelle le nombre de sièges sociaux qui ont quitté le Québec au cours des dernières années.

La présence d'un siège social est primordiale pour une ville comme Montréal. En plus des emplois de très haut niveau qui s'y trouvent, un siège social donne du travail à de nombreux professionnels externes. Les sièges sociaux sont ainsi le pain et le beurre des grands cabinets d'avocats, des firmes comptables, des fiscalistes et des firmes informatiques.

La présence de sièges sociaux dans une ville attire également des clients, des fournisseurs, des banquiers, qui logent dans de grands hôtels, mangent dans les restaurants, prennent l'avion.

SNC-Lavalin est toujours officiellement à Montréal, mais quels avocats l'entreprise embauchera-t-elle pour les contrats que Neil Bruce négociera à Londres? Où seront situés les comptables? Quelle compagnie aérienne profitera de la venue des clients?

Il y a essentiellement deux façons de perdre un siège social. L'entreprise peut être vendue à un concurrent, qui réduit alors ses coûts en coupant le siège social. C'est ce que certains craignent avec Rona, par exemple. Ou encore l'entreprise peut embaucher de nouveaux dirigeants, qui hésitent parfois à déménager pleinement leur famille de l'extérieur de la région en raison de la langue, de la fiscalité ou pour d'autres raisons. C'est un peu le cas de Bell Canada, dont le siège social est officiellement à Montréal, mais où les décisions se prennent de plus en plus à Toronto.

Le PDG de SNC-Lavalin, Robert Card, a emménagé à Montréal en novembre, en achetant un condo de 1 million de dollars dans le Vieux-Port. Il serait toutefois étonnant qu'il poursuive sa carrière ici après les trois ou quatre ans passés à la tête de SNC-Lavalin. Conservera-t-il ce pied-à-terre à Montréal?

Le conseil d'administration de qui relève Robert Card est composé de 11 administrateurs, dont seulement 2 Québécois: Claude Mongeau (CN) et Pierre Lessard (ex-Metro). Au printemps, l'entreprise doit annoncer le remplacement et la nomination de trois administrateurs. Espérons que les nouveaux administrateurs auront à coeur le développement de Montréal.

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Commentaires (3)
    • Triste de revirement des choses.
      Ce fleuron québécois qui nous glisse entre les mains. Toutes les compagnies et gouvernements qui font affaire avec des dictateurs ou même des gouverments démocratiques obtiennent des contrats par les pots de vin, et quand on ne peut pas les corrompre, on les tue.
      Pour avoir une idée à savoir comment ça se passe, lire" John Perkins, L'assassin financier"

    • Tenir une commission d'enquête, je n'appelle pas ça démissionner. J'appelle ça prendre le taureau par les cornes. Nous sommes en train de régler le problème. Mais je conviens qu'en attendant, notre image est ternie.

    • Par notre faute, par notre faute, par notre très grande faute. Le Québec projette de plus en plus l'image d'une société qui a démissionné devant le crime et la corruption politique.
      Nous n'avons pas fini de payer le prix de notre déchéance morale!

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