Montréal par terre

L'enquête mensuelle sur la population active nous apprend que l'économie canadienne a créé 61 000 emplois en septembre, et des emplois à temps plein par-dessus le marché. Le taux de chômage est à son plus bas en près de trois ans. Hélas, les nouvelles pour le Québec sont beaucoup moins réjouissantes, et c'est encore pire pour Montréal.

Entre septembre 2010 et septembre 2011, il s'est créé au Québec 44 000 emplois (1). Ce n'est pas un très bon score. Ce chiffre camoufle un net déséquilibre entre Montréal et le reste du Québec. Toujours pendant la même période, Montréal perdait 17 000 emplois, tandis que le reste du Québec en gagnait 61 000.

Un coup d'oeil sur les données régionales publiées par Statistique Canada montre que le marché du travail s'améliore dans la plupart des régions québécoises. C'est particulièrement vrai dans les régions périphériques, souvent décrites comme chroniquement déprimées.

Ainsi, le taux de chômage est passé de 13,3 % à 10,1 % en Gaspésie. À ce niveau, les Gaspésiens ne sont plus tellement loin des 9,5 % observés à Montréal. Importants reculs également dans le Bas-Saint-Laurent, en Abitibi-Témiscamingue, en Mauricie, au Saguenay-Lac-Saint-Jean et sur la Côte-Nord. Dans toutes ces régions, le taux de chômage est maintenant inférieur à celui de Montréal.

Ce n'est pas tout. Le taux de chômage dans l'ensemble du Québec est passé en un an de 7,8 % à 7,2 %, mais ce chiffre est tiré vers le haut par les mauvais résultats de Montréal, qui compte à lui seul pour le quart du marché québécois du travail. Ainsi, si on fait abstraction des 9,5 % de Montréal, le chômage dans le reste du Québec tombe à 6,4 %, chiffre qui commence drôlement bien à soutenir la comparaison avec les 5,8 % enregistrés en Alberta !

Un mot s'impose sur la banlieue. Le découpage administratif du Québec est hautement fantaisiste. Officiellement, la « région » de Montréal se limite uniquement à l'île de Montréal. Ce n'est pas conforme aux faits. La vraie région, celle qui correspond à la réalité que vivent des centaines de milliers de Montréalais, c'est la région métropolitaine de recensement telle que définie par Statistique Canada, et qui inclut la banlieue. Mais d'un point de vue administratif, ce territoire est éclaté en cinq régions : Montréal, Laval, Montérégie, Laurentides et Lanaudière.

Or, il se trouve que le taux de chômage n'est pas mesuré en fonction du lieu de travail, mais du lieu de résidence. Si un Lavallois trouve un emploi à Montréal, on calcule que cet emploi est créé à Laval. Pour avoir un portait plus juste de la situation, il faut donc aussi considérer la variation du nombre d'emplois en banlieue. Le résultat est proprement désolant. En un an, la Montérégie a créé un grand total de 1500 emplois. Pour 1,2 million de personnes en âge de travailler ! À Laval, seulement 700 emplois de plus en un an, autant dire rien. Lanaudière et Laurentides font mieux avec plus de 22 000 emplois ensemble, mais ce chiffre est artificiel : il ne fait que refléter l'exode des ménages vers la banlieue, et ce sont ces deux régions qui en ont le plus profité.

Au total, le portrait est clair. Montréal est fréquemment considéré, à juste titre, comme le moteur de l'économie québécoise. Le moins que l'on puisse dire à la lumière des derniers chiffres, et je me permets de paraphraser le député français Pierre Lasbordes, c'est que le moteur a la plotte à terre par les temps qui courent.

Sur un ton plus encourageant, il faut souligner que l'économie de la région de Québec continue de présenter des chiffres éblouissants : création de 16 000 emplois en un an, taux de chômage de 4,2 %. Autant dire une situation de plein emploi. La région Chaudière-Appalaches, dont la population est massivement concentrée en face de Québec sur la rive droite du Saint-Laurent (Lévis), compte pour sa part 10 000 emplois de plus qu'il y a un an, et affiche un taux de chômage de 4,4 %. À faire rêver les Montréalais...

1 : Toutes les données dans cette chronique sont non désaisonnalisés ; compte tenu de la faiblesse des échantillonnages, Statistique Canada n'ajuste pas les chiffres régionaux en fonction des variations saisonnières.

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