Danny Williams n'est pas le seul

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(Montréal) Quand il a choisi de subir une chirurgie au coeur dans un hôpital américain, il y a quelques semaines, le premier ministre de Terre-Neuve, Danny Williams, a déclenché une vaste controverse des deux côtés de la frontière.

Beaucoup de Canadiens, non sans raison, considèrent cela comme un bien mauvais exemple. Mais c'est surtout aux États-Unis que l'affaire a pris des proportions énormes. Comme on s'en doute, les adversaires de la réforme Obama (réforme de portée bien modeste, pourtant) ont sauté sur l'occasion pour faire valoir à quel point le système de santé canadien est loin d'être aussi bon qu'on le dit.

M. Williams est loin d'être le seul à se faire soigner à l'extérieur du Canada. Bon an, mal an, quelque 42 000 Canadiens, plutôt que d'attendre leur tour pour avoir accès à une chirurgie, préfèrent subir leur traitement à l'extérieur, à leurs frais. De loin, les États-Unis constituent la première destination de ces patients, mais d'autres pays, comme le Mexique et l'Inde, sont également actifs dans le domaine.

Ce chiffre de 42 000 représente la moyenne des six dernières années. Il constitue une évaluation prudente. Chaque année, l'économiste Nadeem Esmail, de l'Institut Fraser, mène une vaste enquête auprès des médecins spécialistes. Il s'agit principalement de mesurer les délais d'attente pour avoir accès à une chirurgie, selon les spécialités et les provinces. Quelque 2700 médecins spécialistes participent à l'exercice, ce qui représente un échantillonnage largement suffisant pour ce genre de recherche. Les participants doivent notamment répondre à une question portant spécifiquement sur leurs patients qui ont décidé de recevoir leur traitement à l'extérieur. Comme les chiffres sont basés sur les réponses des médecins, ils ne tiennent forcément pas compte des patients qui décident de se faire soigner ailleurs sans en parler à leur médecin.

Avec les années, on ne note aucune tendance à la hausse ou à la baisse du nombre de Canadiens qui décident de subir leur chirurgie à l'extérieur. On ne possède pas non plus leur profil socioéconomique, mais il semble assez évident que la formule s'adresse surtout à ceux qui en ont les moyens. Ainsi, entre 2004 et 2009, la moitié des Canadiens qui ont choisi un traitement à l'étranger sont des résidants ontariens, bien que l'Ontario ne compte que pour 39% de la population canadienne. Une seule autre province connaît une situation semblable, et c'est l'Alberta. Les deux provinces les plus riches. Partout ailleurs, la proportion de citoyens qui optent pour l'extérieur est inférieure au poids démographique.

Le cas du Québec est assez intéressant à cet égard. En moyenne, 6000 Québécois par année se font traiter ailleurs. Alors que le Québec compte pour 23% de la population canadienne, il ne fournit que 14% des «touristes médicaux».

Même si le chiffre de 42 000 paraît élevé, il représente toujours en phénomène marginal. C'est à peine 1% de tous les gens traités en chirurgie. Cela ne signifie pas automatiquement que 99% des Canadiens sont satisfaits du système et sont prêts à s'accommoder des longs délais d'attente; beaucoup d'entre opteraient sans doute aussi pour l'étranger s'ils en avaient les moyens.

Ceux qui choisissent de se faire traiter à l'extérieur contribuent à désengorger le système et à réduire les délais d'attente. Ainsi, on s'aperçoit que, lorsque le nombre de patients à l'extérieur augmente, comme c'est le cas en 2009, les délais d'attente diminuent. C'est vrai dans l'ensemble du Canada, c'est largement ce qui arrive aussi au niveau provincial, où on observe la même tendance dans sept provinces sur dix. M. Esmail ne fait pas de lien direct entre la hausse du «tourisme médical» et la baisse du temps d'attente. Avec seulement 1% des gens qui choisissent d'aller ailleurs, ce serait trop téméraire. N'empêche: la coïncidence est frappante.

On se rend à l'étranger pour deux raisons: ou bien le traitement n'est pas disponible au Canada, ou bien, ce qui est beaucoup plus fréquent, les délais d'attente sont trop longs. Il tombe sous le sens que si les mêmes services étaient accessibles plus rapidement (même en les payant dans un établissement privé), jamais ces patients ne se donneraient le trouble de voyager pour se faire opérer. Il est difficile de chiffrer ce que tout cela coûte à l'économie canadienne, mais on peut certainement parler de centaines de millions. En comptant les coûts de la chirurgie, entièrement assumés par le patient, ainsi que les frais de déplacement et de séjour, on peut de façon très prudente évaluer chaque voyage à 20 000$. À 42 373 voyages par année, cela fait 847 millions.

 

PATIENTS QUI SE FONT SOIGNER À L'EXTÉRIEUR DU CANADA

QUÉBÉCOIS

2004 / 49 392 / 6231

2005 / 44 022 / 6340

2006 / 39 282 / 5855

2007 / 47 044 / 5888

2008 / 33 492 / 4567

2009 / 41 006 / 6917

Moyenne / 42 373 / 5966

Source : Institut Fraser

 

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