Pluie de dollars pour la culture

À Québec, on nous chante sur tous les tons que l'heure est à l'austérité budgétaire. Le moins que l'on puisse dire, c'est que cela ne paraît pas beaucoup dans le financement des activités culturelles.

Selon des chiffres publiés hier par l'Institut de la statistique du Québec (ISQ), le gouvernement Charest a dépensé 943 millions à ce chapitre en 2008, contre 820 millions l'année précédente, 794 millions l'année d'avant et 738 millions en 2005. C'est dire qu'en trois ans, l'augmentation frise les 28%, presque cinq fois l'inflation.

 

Ces dépenses comprennent les 397 millions consacrés aux dépenses directes du gouvernement (dépenses de fonctionnement du ministère de la Culture, achats de biens culturels, immobilisations), ainsi que les 545 millions versés en transferts et subventions aux organismes culturels.

Elles couvrent tout ce que l'on entend habituellement par «industries culturelles»: soutien aux arts visuels, aux arts de la scène (théâtre, musique, danse), conservation du patrimoine, musées, bibliothèques, aide financière au cinéma, à la radio, à la télévision (incluant le budget de Télé-Québec), soutien à l'édition de livres et de périodiques, enseignement des arts, subventions aux événements culturels, etc.

À peu près tous ces secteurs ont profité de substantielles augmentations de budgets entre 2006 et 2008. Parmi les principaux gagnants, l'enseignement des arts a vu son financement augmenter de 53%, le soutien financier à la radio et à la télévision de 57%, le budget de la Bibliothèque nationale de 87%, le financement des bibliothèques scolaires de 115%.

Cette pluie de dollars est fort inégalement répartie entre les régions.

À elles seules, deux régions, Québec et Montréal, accaparent 82% de toutes les dépenses culturelles du gouvernement québécois. Et encore, quand on parle de Montréal, ici, cela ne comprend que le territoire de la Communauté urbaine, ce qui exclut Laval, la Rive-Sud et la couronne nord.

Ces territoires de la banlieue montréalaise, sur le plan du financement public des activités culturelles, font figure de véritables enfants pauvres.

Comme il faut s'y attendre, c'est la région de Québec, toutes proportions gardées, qui reçoit la part du lion. Dans l'ensemble de la province, les dépenses culturelles représentent 122$ par habitant. À Québec, ce montant bondit à 318$. C'est un peu normal: Québec se doit d'avoir des services culturels et des institutions muséales dignes d'une capitale. D'ailleurs, à elle seule, la région dévore 57% de l'enveloppe affectée au financement des musées. Cela n'en laisse pas beaucoup pour les 16 autres régions administratives.

Au deuxième rang arrive Montréal avec 294$ par habitant, mais ce chiffre est trompeur parce que Montréal abrite deux institutions culturelles majeures: la Bibliothèque nationale et Télé-Québec. Contrairement à d'autres dépenses culturelles, comme le protection des édifices historiques ou le soutien aux festivals de musique, ces deux postes de dépenses ne peuvent pas être répartis entre les régions même si elles profitent à l'ensemble des Québécois.

La présence de ces deux institutions à Montréal fait en sorte que la ville gobe à elle seule 63% des dépenses gouvernementales de soutien aux bibliothèques, et 90% des dépenses en radio et télévision. En fait, si on ne tient pas compte de ces deux postes, le financement des activités culturelles à Montréal tombe à 152$ par habitant

À l'autre bout de l'échelle, ce sont les régions de la périphérie de Montréal qui sont les grandes négligées du financement culturel.

Dans les Laurentides, on doit se contenter d'un maigre 16,64$ par habitant, 19 fois moins qu'à Québec. La situation n'est guère meilleure à Laval, en Montérégie et dans Lanaudière. Dans ces conditions, on comprend que la moyenne québécoise de 122$ ne signifie pas grand-chose.

Dans certains secteurs, ces différences régionales entraînent des disproportions effarantes. On a vu plus haut que Québec bouffe 57% de tout le financement dirigé vers les musées. Cela représente 105$ par habitant. On veut bien croire que les musées, c'est important pour la capitale, mais le déséquilibre avec les régions de la périphérie montréalaise dépassse l'entendement. Le financement des musées de la Montérégie ne représente que 1,34$ par habitant. Dans Lanaudière, c'est 95 cents; à Laval, 34 cents, et dans les Laurentides, un misérable 19 cents, 553 fois moins qu'à Québec...

 

DÉPENSES CULTURELLES PAR RÉGION

(2008) Dépenses totales /Dépenses(millions de dollars) par habitant

Capitale-Nationale 216,5/ 318,29

Montréal 552,9/ 294,44

Gaspésie 7,6/ 80,66

Mauricie 18,3/ 69,80

SaguenayLac-Saint-Jean 19,0/ 69,12

Bas-Saint-Laurent 13,6/ 67,43

Abitibi-Témiscamingue 9,7/ 66,75

Estrie 19,6/ 64,30

Côte-Nord 6,0/ 62,67

Nord-du-Québec 1,4/ 34,71

Outaouais 11,2/ 31,89

Centre-du-Québec 5,6/ 24,51

Chaudière-Appalaches 9,6/ 23,86

Lanaudière 8,0/ 17,62

Laval 6,7/ 17,46

Montérégie 23,9/ 16,87

Laurentides 8,9/ 16,64

TOTAL 943,3/ 121,70

 

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