Moderniser la SAQ

En quoi la SAQ perd-elle quoi que ce... (PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, ARCHIVES LA PRESSE)

Agrandir

En quoi la SAQ perd-elle quoi que ce soit si une autre épicerie veut aussi vendre du vin? Qui est-elle pour déterminer comment le public est le mieux servi si, pour tout le reste de la vente alimentaire, on laisse les lois du marché fonctionner?

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, ARCHIVES LA PRESSE

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Le Québec, nous apprend un nouveau sondage CROP, est légèrement majoritairement en faveur d'une privatisation de la Société des alcools (SAQ). Intéressant. Mais quand même, 45% des gens n'appuient pas un tel projet, soit par indifférence (14%), soit parce qu'ils y sont carrément opposés.

Et l'histoire de notre société nous dit que nous avons de bonnes raisons de croire que si un projet de privatisation était lancé, les 14% qui sont «très défavorables» seraient aussi très bruyants. Le Québec aime ses institutions et la solidarité, des thèmes qui seraient sans doute brandis haut et fort pour décrier toute transformation radicale du modèle du monopole d'État.

Donc, pourquoi ne pas choisir une troisième voie?

Pas le statu quo.

Pas la privatisation à l'albertaine.

Une transformation graduelle, posée, douce, intelligente de la SAQ, en cherchant à éliminer les aspects irritants pour ménager la chèvre et le chou, et pourquoi pas aussi le riesling servi en accompagnement.

Plusieurs de ces transformations pourraient n'être que le prolongement de situations déjà existantes.

***

Prenons par exemple le cas des agences d'importation.

Les agences d'importation de vins sont ces entités commerciales qui vont à la recherche de bons produits un peu partout dans le monde, ou même ici, pour ensuite les amener sur le marché de l'alcool de la province.

Parfois, ces agences réussissent à convaincre la SAQ de vendre les vins qu'elles ont dénichés dans les succursales de la société d'État. Mais parfois, elles convainquent uniquement les restaurateurs d'en acheter, ou même seulement des clients individuels privés.

Donc, ces agences font souvent - ou parfois, tout dépend de l'agence - une partie de leurs ventes à l'extérieur des mécanismes de vente au détail des succursales de la SAQ. Le client doit alors communiquer avec l'agence, acheter une caisse de vin - et non pas une ou deux bouteilles - et faire livrer le tout à une succursale. 

Le vin transite ainsi par les entrepôts et les boutiques de la SAQ, mais le marketing du vin, l'acte de vente, la conversation au sujet du produit, se fait uniquement entre l'agence et le client, que ce soit un restaurateur ou un individu.

Est-ce une façon logique et efficace de fonctionner?

Non.

Si on reconnaît aux agences d'importation la capacité de trouver et de mettre en marché des produits intéressants, la moindre des choses serait de leur permettre de faire de la vente directe. 

La SAQ pourrait demander que le vin passe encore par ses entrepôts et pourrait taxer le tout comme elle le fait déjà. Il pourrait y avoir des limites sur le volume de vin vendu dans ces boutiques si on veut au début commencer doucement.

Mais permettre aux agences d'avoir des boutiques décoincerait grandement le marché.

Peut-être que certaines trouveraient trop cher de commencer à gérer des points de vente de détail. Peut-être que certaines ouvriraient des magasins, au contraire, super intéressants et offriraient ainsi une concurrence saine à la SAQ.

Voilà comment je verrais le début d'une simple mise à jour du modèle.

***

Autre idée.

Les agences d'importation ne sont pas les seules agences au Québec, il y a aussi ce qu'on appelle les «agences de la SAQ», qui sont des points de vente pour l'alcool dans des épiceries, dans les régions ou les villages où il n'y a pas de succursale officielle. 

Ces points de vente ressemblent donc à ce que pourraient être les épiceries québécoises si elles avaient le droit de vendre de l'alcool, comme ces épiceries françaises ou américaines qui peuvent vendre de l'alcool au même titre que les poireaux, les biscuits au chocolat ou le yaourt.

Ces permis, toutefois, sont généralement donnés à un seul commerce sur un territoire, ce qui donne à cet établissement un avantage commercial notable.

Quand la SAQ choisit ces agences, elle choisit donc à qui elle donne cette gigantesque tape dans le dos.

Mais pourquoi exactement devrait-elle avoir ce droit de favoriser un commerce ou une enseigne en particulier? Quelle est la logique derrière cela?

La SAQ veut maximiser ses ventes en allant chercher les plus grandes surfaces possible, celles aux longues heures d'ouverture qui écouleront de gros volumes. Cela oriente souvent ses choix.

Mais en quoi la SAQ perd-elle quoi que ce soit si une autre épicerie veut aussi vendre du vin? Qui est-elle pour déterminer comment le public est le mieux servi si, pour tout le reste de la vente alimentaire, on laisse les lois du marché fonctionner?

J'imagine aisément un village où on a un supermarché qui propose les gros vendeurs abordables de la SAQ et une épicerie fine où on sélectionne des produits plus spécialisés pour plaire à la clientèle qui vient chercher des fromages, des charcuteries ou des viandes différentes de ce qui est offert en supermarché.

Si la SAQ croit à sa mission sociale, elle devrait aussi comprendre qu'elle est un levier majeur dans le développement des communautés rurales au Québec, ce qui passe de plus en plus par le tourisme gourmand. Elle devrait donc appuyer les petits commerces indépendants qui veulent offrir des produits artisanaux, locaux, différents, en leur permettant de vendre de l'alcool. Il n'y a pas de raison pour que ces commerces soient nécessairement perdants face aux plus grandes surfaces dans la course aux permis d'agence.

***

Voici deux petites idées pour amorcer un changement, mais ce qui serait vraiment intéressant, c'est que ce débat bifurque de sa polarisation simpliste et que les idées se mettent à circuler, à croître, à devenir franchement modernes et à venir de partout pour bien alimenter - arroser? - le débat.

Quand j'étais enfant, la SAQ - pardon, la «Régie» - ressemblait à un comptoir soviétique. Depuis, elle s'est immensément transformée avec ses succursales de tailles variées, ses heures d'ouverture prolongées, la vente en ligne, etc. Aujourd'hui, on est mûrs pour un autre coup de barre. Il serait dommage de s'empêcher d'avancer uniquement parce qu'on n'a pas envie de faire du privé comme les Albertains ou les Américains et parce qu'on s'entête à enfermer la discussion dans cette dichotomie. Il n'y a pas qu'une seule voie.

Changeons la SAQ, tout simplement, à notre façon.




publicité

publicité

publicité

publicité

image title
Fermer