Budget de Montréal: le grand rattrapage

(Montréal) C'était écrit dans le ciel. C'était aussi écrit dans La Presse à deux jours des élections du 1er novembre: les Montréalais vont avoir un choc en ouvrant leur prochain avis d'impôt foncier.

Troisième responsable des finances à la Ville de Montréal en trois ans, Alan DeSousa va laisser une impression durable sur les contribuables. Son premier budget prévoit une hausse des impôts fonciers de 5,3% en moyenne pour le secteur résidentiel et de 6% pour les secteurs commercial et industriel. Pour le propriétaire de la maison type d'une valeur de 278 000$, cela représente 154$ de plus par année.

Et ce n'est qu'un début, a clairement indiqué le maire, Gérald Tremblay. En simple: attachez vos tuques!

Si l'administration montréalaise va chercher plus d'argent dans les poches des propriétaires, des commerçants et des entreprises, c'est qu'elle en dépense plus. Alors que les revenus de la ville augmenteront de 5,6% cette année, à 4,3 milliards de dollars, les charges progresseront encore plus rapidement, soit de 6,5%.

Avait-on le choix? Oui et non. La récession a fini par rattraper Montréal. Ainsi, la Ville doit débourser 90 millions de dollars pour renflouer ses régimes de retraite mis à mal par la crise financière, dont 57 millions dès cette année.

Par ailleurs, certains revenus qui étaient attendus en 2009 ne sont pas au rendez-vous. Or, la situation ne se corrigera pas de sitôt.

L'an dernier, la Ville avait réussi à placer son milliard de dollars de liquidités à un taux d'intérêt moyen de 3,25%. Cette année, elle n'espère plus qu'un taux d'intérêt de 0,5% - la misère. Cette différence se traduira par une perte de 32 millions de dollars en revenus d'intérêt.

La construction de logements et de bâtiments neufs tourne aussi au ralenti. Montréal ne peut donc plus compter, comme par les années passées, sur des revenus additionnels de taxation de l'ordre de 40 millions de dollars par année. En 2010, Montréal prévoit empocher seulement 30 millions en revenus supplémentaires, une différence de 10 millions.

Et alors que le marché de la revente dans le secteur résidentiel se porte encore bien, il en va tout autrement dans les secteurs commercial et industriel, qui se sont enlisés. Ainsi, les taxes à l'achat (les droits de mutation dans le jargon), qui devaient totaliser près de 100 millions de dollars en 2009, accusent un retard d'environ 10 millions de dollars sur les prévisions. Retard que la hausse de la «taxe de bienvenue» pour les transactions de plus de 500 000$ ne fera que combler, en allant chercher 10 millions de plus chez les acheteurs d'édifices et de propriétés cossues.

Montréal n'a pas le choix d'encaisser ces coups. En revanche, l'administration Tremblay a fait le choix délibéré d'investir dans les transports collectifs et «actifs», l'expression alambiquée que le maire affectionne pour désigner le bon vieux vélo. Les sommes allouées au transport ont bondi de 17%, à 450 millions de dollars, et aucun tramway n'est encore en vue.

Ce «parti pris» pour une ville verte et humaine, comme le maire l'appelle, se défend parfaitement. L'ennui, c'est que le maire n'a pas les moyens de ses ambitions.

Certes, Montréal se sert pour la première fois de ses nouveaux pouvoirs pour taxer le stationnement au centre-ville. La ville canalisera ainsi 20 millions dans les transports en commun. Malgré tout, la Société de transport de Montréal devrait accuser un déficit de 40 millions de dollars en 2010. Or, ce déficit sera «très difficile, voire impossible à combler», selon Gérald Tremblay.

Encore une fois, le maire tend son chapeau de clochard de la rue Notre-Dame au gouvernement du Québec et aux villes voisines dans l'espoir qu'ils y déposent des sous. Faute de quoi Gérald Tremblay menace d'instaurer, «dans les plus brefs délais», un péage régional.

Le maire Gérald Tremblay tape sur un bon clou lorsqu'il remet sur le nez du premier ministre Jean Charest ses déclarations vertes et inspirées de la dernière conférence sur les changements climatiques de l'ONU, tenue à Copenhague. D'une manière ou d'une autre, Québec devra joindre le geste à la parole.

Mais le maire de Montréal doit aussi prendre ses responsabilités. Si Gérald Tremblay n'avait pas gelé les impôts fonciers des Montréalais pendant plus de huit ans, la Ville aurait pu se constituer un coussin pour faire face à la récession - ce que Québec et Ottawa ont d'ailleurs fait dans le passé. Ce sont les engagements électoralistes à courte vue du maire Tremblay qui reviennent aujourd'hui le hanter.

Tous le monde sait que le coût de la vie augmente. Or, de petites hausses graduelles sont éminemment préférables au choc foncier que les Montréalais s'apprêtent à connaître à compter de 2010.

Dans le même esprit, le maire de Montréal aurait dû avoir le courage d'afficher ses couleurs avant les élections du mois de novembre. S'il y a une chose que les électeurs sont en droit de savoir avant de se rendre aux urnes, c'est bien celle-là. Le maire Tremblay a plutôt esquivé la question et qualifié de «scénario parmi d'autres» l'information publiée par mon collègue Éric Clément sur les hausses d'impôt à venir, qui était pourtant exacte au poil près.

Dans cette histoire, le maire Tremblay s'est comporté en politicien dans le sens le moins noble du terme. À l'évidence, c'est un excellent moyen de se faire réélire. Mais ce n'est rien pour regagner la confiance éprouvée des Montréalais.

sophie.cousineau@lapresse.ca

 

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