«Ma femme est millionnaire, mais je ne veux pas me faire vivre par elle»

Malgré la disparité de leurs revenus - elle gagne 60 %... (photo dylan martinez, archives reuters)

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Malgré la disparité de leurs revenus - elle gagne 60 % du revenu familial et lui, 40 % -, Cristina et Fabien partagent le paiement des dépenses 50-50.

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«Ma femme est millionnaire», nous explique Fabien, quand on lui demande de nous exposer son problème. Un «problème», vraiment ? C'est que l'homme de 55 ans ne profite pas de la richesse de sa conjointe, puisque le couple partage toutes les dépenses moitié-moitié, malgré la disparité de leurs revenus. À l'approche de sa retraite, il se questionne sur les conséquences de cette façon de faire.

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Nathalie Bachand, planificatrice financière du cabinet Bachand Lafleur Groupe conseil

Photo Patrick Sanfaçon, La Presse

LE PROBLÈME

Cristina ramène à la maison un meilleur revenu que son mari Fabien. Jusque-là, pas de souci.

Mais malgré la disparité de leurs revenus - elle gagne 60 % du revenu familial et lui, 40 % -, le couple partage le paiement des dépenses 50-50.

« C'est une question de principe, je ne veux pas me faire vivre par ma conjointe, explique Fabien. Je ne veux jamais dépendre de personne. »

« Nous ne sommes pas très dépensiers. Le luxe ne nous intéresse pas. Nous avons une petite Honda Fit depuis plusieurs années et elle répond à nos besoins », dit le père de deux enfants de 17 et 19 ans.

Cette frugalité a permis à Cristina d'accumuler un impressionnant pécule (2 millions) au cours de leurs 20 ans de mariage, tandis que le bas de laine de Fabien est plus modeste (250 000 $).

« Ma conjointe a fait de bons placements à la Bourse. Moi, je suis entré sur le marché boursier plus tard, au mauvais moment, et j'ai perdu environ 50 000 $. Comme j'ai été échaudé, mes placements sont maintenant très conservateurs. » - Fabien

Même s'ils sont un « vieux couple », les époux fonctionnent de façon très indépendante. Chacun son argent, chacun ses affaires.

Par exemple, si Cristina désire entreprendre une escapade coûteuse pour les vacances mais que son mari n'a pas les moyens de l'accompagner en payant sa part, elle recrute sa soeur comme partenaire de voyage.

Même chose pour la retraite : Fabien planifie ses vieux jours en se fiant à ses seules économies, sans compter sur celles de Cristina.

Ce n'est pas que l'épouse prospère refuse de partager sa fortune. « Au contraire, elle n'aurait aucun problème à payer plus. C'est moi qui ne veux pas », précise Fabien.

Même s'ils gèrent leurs finances comme s'ils étaient deux célibataires colocataires, ils ne peuvent obliger le fisc à adopter leur point de vue. Pour calculer l'admissibilité à certains avantages fiscaux, c'est le revenu du couple qui est pris en compte, et non le revenu de chacun individuellement.

Comme Fabien veut prendre sa retraite dans les prochains mois, il commence à se rendre compte de ce que ça signifie.

« Je pense pouvoir vivre avec 21 000 $ par année à la retraite, dit-il. Si j'étais célibataire, avec un tel revenu, j'aurais droit à certains crédits, comme le Supplément de revenu garanti. Mais je crois que les revenus de ma conjointe vont m'empêcher d'y être admissible. »

Il se demande aussi s'il a assez d'argent dans sa cagnotte pour se permettre de quitter le boulot maintenant.

Quand on ne veut compter sur personne d'autre que soi-même, il ne faut rien laisser au hasard...

LA SOLUTION

L'arrangement financier de Cristina et Fabien laisse perplexe la planificatrice financière Nathalie Bachand, du cabinet Bachand Lafleur Groupe conseil.

« Quand les gens se marient sous le régime matrimonial de la société d'acquêts, en principe, ça veut dire qu'ils veulent tout partager, souligne-t-elle. Mais on a ici deux personnes mariées qui calculent tout séparément. »

Dans quel but fonctionnent-ils ainsi ? se demande Mme Bachand. « Parce que Monsieur a accumulé moins d'argent pour la retraite et qu'il est prêt à vivre avec 21 000 $ par année, Madame va-t-elle aussi limiter ses dépenses parce qu'ils doivent tout payer moitié-moitié et qu'elle doit respecter la capacité de payer de son conjoint ? »

Ce qui est à toi est à nous

La société d'acquêts est le régime matrimonial par défaut au Québec depuis 1970. Il signifie que les époux partagent la valeur des biens accumulés pendant le mariage, tout en permettant à chacun d'exclure certains biens qui leur sont propres. Parmi les « biens acquêts », par exemple, on retrouve le salaire et les revenus de placement reçus pendant le mariage, les revenus de l'entreprise de l'un des époux qui ne sont pas réinvestis et les biens achetés avec des acquêts.

Source : Éducaloi

Fabien explique qu'il ne veut « dépendre de personne ». Souvent, ce sont les femmes qui ont de telles réflexions, qui disent qu'elles ne veulent pas se faire vivre par leur conjoint, observe Nathalie Bachand.

« Mais je crois que c'est de l'orgueil mal placé, dit-elle. Les gens pensent que pour être équitable, il faut que tout soit égal, mais ce n'est pas le cas. » Il est plutôt recommandé, généralement, de partager les dépenses communes au prorata des revenus de chacun.

Parce qu'ils tiennent à gérer leurs finances séparément, ils risquent de faire des choix qui ne sont pas dans le meilleur intérêt du couple, relève Nathalie Bachand.

Par exemple, en ne profitant pas des avantages offerts par le fractionnement de revenus entre conjoints à la retraite.

Quel pourrait être l'impact dans leur cas, après 65 ans ? Voici une simulation pour illustrer l'impôt à payer et l'effet sur le versement de la pension de la sécurité de la vieillesse (PSV). 

« Si le couple ne fractionne pas ses revenus, Cristina n'aura peut-être pas droit à la pension de vieillesse en raison de ses revenus élevés », explique Mme Bachand. Fabien, lui, aura droit au maximum de 7000 $.

Mais s'ils déclarent respectivement 70 300 $ et 66 500 $ de revenus, ils toucheront chacun 7000 $ en pension de vieillesse, donc 14 000 $ au total, soit un avantage de 7000 $ pour le couple.

Si on additionne cette somme à l'économie d'impôts, on parle d'un avantage de 9100 $ par année.

Quant au Supplément de revenu garanti (SRG), Fabien n'y est pas admissible parce que le fisc tient toujours compte des revenus du couple. « Pour le recevoir, il devrait laisser sa conjointe », fait remarquer Nathalie Bachand. S'il était célibataire, il toucherait 6300 $,

Mais il faut noter que si le couple divorçait, Fabien aurait droit de toute façon à la moitié des actifs accumulés par son épouse pendant leur mariage, ce qui le disqualifierait d'emblée.

On le voit, quand on est marié, on ne peut pas faire comme si on était célibataire. Pour aller jusqu'au bout de leur logique, Fabien devrait-il demander à Cristina de lui verser 6300 $, pour compenser le fait qu'il perd le droit au SRG parce qu'il est marié avec elle ? Une telle discussion, dans un couple, serait plutôt étrange...

Si Fabien veut prendre sa retraite maintenant en comptant sur ses seules épargnes, en limitant ses dépenses annuelles à 21 000 $, il arrivera au bout de ses ressources à 70 ans, selon les projections de Nathalie Bachand. L'experte a fait ses calculs avec un taux de rendement de 2 % sur les placements, puisque Fabien investit son épargne de façon très prudente.

S'il veut quitter son boulot rapidement, Fabien devra se résigner à accepter la contribution de sa conjointe, à l'encontre de ses « principes » !




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