Un CRI d'alarme

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Réceptacle des fonds accumulés dans un régime complémentaire de retraite, le compte de retraite immobilisé est une forme de REER dont on ne peut pas faire de retrait, sauf en cas de situation particulière.

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Marc Tison
La Presse

C'est au début de l'été que le CRI a résonné par surprise aux oreilles de Jean-Pierre. CRI comme dans « compte de retraite immobilisé ».

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Réceptacle des fonds accumulés dans un régime complémentaire de retraite, le compte de retraite immobilisé est une forme de REER dont on ne peut pas faire de retrait, sauf situations particulières.

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Guylaine Dufresne, directrice principale et conseiller sénior à la Banque Laurentienne

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« Je viens de prendre ma retraite à 63 ans et j'apprends que mon fonds de retraite sera transféré dans un CRI, donc à décaissement limité », explique-t-il.

Il a alors compris que son régime de retraite à cotisations déterminées, qu'il assimilait à un REER ordinaire, était en fait un REER collectif qui se transforme en CRI à la retraite - l'équivalent financier de la citrouille de Cendrillon à minuit.

LE PROBLÈME

Pour en tirer des revenus, le CRI doit être transformé en fonds de revenu viager, dont la formule de décaissement est assez contraignante.

« Ce qui fait que dans environ 10 ans, je ne pourrai décaisser suffisamment pour une période d'environ cinq ans, même si mon argent est là. Je devrai donc vendre la maison un peu plus tôt que prévu. »

C'est ce que lui démontre la planification de retraite qu'il a fait effectuer.

Jean-Pierre évalue son coût de vie de retraite à environ 60 000 $ par année, incluant un petit voyage. Dans sept ans, il prévoit que ce budget pourrait baisser de 5000 $.

Sa conjointe Hélène, âgée de 62 ans, travaille à temps partiel, sans régime de retraite. Elle pense quitter son emploi dans environ deux ans.

Leur propriété vaut entre 200 000 et 240 000 $.

Jean-Pierre pensait la conserver pendant encore une quinzaine d'années, jusqu'à 78 ou 79 ans, et la vendre ensuite pour louer un appartement. Pourquoi si jeune ? « Je vais avoir besoin de l'argent pour mes revenus de retraite », répond-il.

Pour franchir le fossé financier de cinq ans et conserver sa maison plus longtemps, il se demande s'il pourrait emprunter sur une marge hypothécaire ou demander une hypothèque inversée.

« Y a-t-il d'autres solutions ? »

LA SOLUTION

D'autres solutions ? Avant de résoudre son problème de manque à gagner temporaire, il fallait d'abord préciser s'il se posait vraiment.

C'est à cette tâche que se sont attaqués les planificateurs financiers Guylaine Dufresne et Pierre-Raphaël Comeau, respectivement directrice principale et conseiller sénior, investissement et planification financière, à la Banque Laurentienne.

Ils ont commencé par déterminer si le compte de retraite immobilisé (CRI) de Jean-Pierre est assujetti aux lois fédérales ou québécoises, dont les règles sont fort différentes.

L'employeur de Jean-Pierre n'était pas de compétence fédérale (une banque ou une compagnie aérienne, par exemple) et son lieu d'emploi était au Québec.

Son CRI relève donc de la Loi sur les régimes complémentaires de retraite du Québec.

UN MOT SUR LE CRI

Réceptacle des fonds accumulés dans un régime complémentaire de retraite, le compte de retraite immobilisé est une forme de REER dont on ne peut pas faire de retrait, sauf en cas de situation particulière.

Pour en retirer de l'argent, il faut acheter une rente viagère avec les sommes qu'il contient, ou les transférer dans un Fonds de revenu viager (FRV). Cette opération doit se faire au plus tard dans l'année du 71e anniversaire.

C'est de ce FRV que Jean-Pierre pourra tirer chaque année un revenu viager.

« Du revenu viager, ça sous-entend qu'il faut que j'aie du revenu toute ma vie, précise Pierre-Raphaël Comeau. Il y a un montant minimum qui doit être retiré chaque année, mais il y a aussi un montant maximum qui ne peut pas être dépassé, pour ne pas épuiser l'actif trop rapidement. »

D'où le souci de Jean-Pierre.

LE FRV BIEN COMPRIS

Or, Guylaine Dufresne et Pierre-Raphaël Comeau soupçonnent que les auteurs de la première planification de retraite de Jean-Pierre n'ont pas profité de la possibilité de tirer des revenus temporaires de son FRV.

« Ils n'ont pas tenu compte de cet avantage, et ça change un tas de choses », relève Guylaine Dufresne.

En sus d'un revenu viager, une personne âgée de 54 à 64 ans peut demander chaque année à retirer une somme supplémentaire de son FRV. Ce revenu temporaire ne peut dépasser 40 % du MGA (maximum des gains admissibles) - le salaire maximal sur lequel des cotisations à la RRQ doivent être versées. Pour 2017, le MGA est fixé à 55 300 $. Le revenu temporaire peut donc atteindre 22 120 $.

Cette somme s'ajoute au revenu viager, qui est cependant réduit en conséquence. S'il n'avait retiré que le revenu viager, Jean-Pierre aurait pu toucher 31 050 $.

Avec le revenu temporaire, « dans son cas, ça lui donne 47 762 $ », indique Pierre-Raphaël Comeau.

« On envoie ce montant dans son REER jusqu'à concurrence de ses cotisations REER inutilisées. Ça nous permet de le faire sans impact fiscal et ça va lui donner plus de souplesse plus tard. »

- Guylaine Dufresne, planificatrice financière

Jean-Pierre dispose encore de 67 000 $ en droits de cotisation REER inutilisés pour 2017, et ses revenus de travail pour les six premiers mois de l'année 2017 en ajouteront encore.

On peut demander un revenu temporaire jusqu'au 31 décembre de l'année de son 65e anniversaire, ce qui lui laisse trois ans pour en profiter.

Selon la stratégie établie par nos deux planificateurs, 49 330 $ seront encore retirés du FRV en 2018, dont 28 500 $ seront transférés en REER.

En 2019, Jean-Pierre touchera 49 746 $, qui s'ajouteront entièrement aux revenus annuels pour couvrir les dépenses du ménage.

Où cela nous mène-t-il ?

DANS LE BON ORDRE

Dans leur projection, Guylaine Dufresne et Pierre-Raphaël Comeau ont utilisé un taux d'inflation de 2 % et un rendement de 4,2 %, correspondant à un portefeuille équilibré.

Pour produire des revenus de retraite, ils décaissent d'abord le FRV, ensuite les épargnes non enregistrées, puis le CELI, et en dernier lieu le REER - dont les retraits sont imposables - en fonction du minimum obligatoire.

« Si on change l'ordre, ça va changer le plan », souligne Guylaine Dufresne. « Plus on s'impose rapidement, moins il y a d'argent dans nos actifs, et évidemment, ça fait moins d'argent qui travaille. À long terme, ça peut faire toute une différence. »

Ces revenus soutiennent un coût de vie de 60 000 $ par année jusqu'en 2025. Il est ensuite réduit de 1800 $.

« Le coût de vie de Jean-Pierre est respecté, observe Mme Dufresne. Il prévoyait le diminuer à 55 000 $ après sept ans, et nous réussissons à le maintenir à 58 200 $ jusqu'à la fin. »

Jean-Pierre peut être rassuré. Sa maison est vendue dans l'année où il atteint 87 ans - nul besoin de le faire à 79 ans, comme il le prévoyait.

« À partir de ce moment, on conserve le même coût de vie, mais on ajoute une dépense supplémentaire de 1500 $ par mois, pour combler la différence entre la vie dans la maison et un loyer qui pourrait coûter plus cher », précise Guylaine Dufresne.

Lorsque Jean-Pierre atteint 90 ans, en 2044, les actifs nets du couple s'établissent encore à 242 000 $.

Et le fossé a été comblé.

LA VIE EN CHIFFRES

JEAN-PIERRE, 63 ANS

REVENUS  Environ 51 000 $ pour les six premiers mois de 2017

RRQ : 635 $/mois

ÉPARGNES

CRI : 450 000 $

REER : 116 200 $

CELI : 10 200 $

Droits de cotisation REER non utilisés : 67 000 $

HÉLÈNE, 62 ANS

REVENUS 20 000 $

RRQ : 614 $/moisÉPARGNES

REER : 80 500 $

CELI : 20 300 $

Propriété : 240 000 $, libre d'hypothèque




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