Pour le meilleur et pour... les dettes ?

Ensemble, Laurence et Julien ont un revenu net... (PHOTO JAY DIRECTO, Archives Agence France-Presse)

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Ensemble, Laurence et Julien ont un revenu net de près de 42 000 $ et leurs dépenses s'élèvent à 30 000 $.

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Kathy Noël

Collaboration spéciale

La Presse

Se marier, pour le meilleur et pour le pire, qu'ils disaient... mais qu'en est-il quand l'un des deux époux est endetté ? Quand l'un est cigale et l'autre fourmi ? Faire équipe pour accélérer le remboursement d'une dette contractée avant le mariage peut être judicieux, mais il faut savoir se protéger.

LE PROBLÈME

Laurence, 29 ans, et Julien, 34 ans, viennent de se marier et demeurent ensemble depuis peu. Ces deux jeunes musiciens ne roulent pas sur l'or, mais grâce à des boulots alimentaires et un suivi serré de leur budget, ils réussissent à dégager un surplus qui leur permet d'envisager l'achat d'une maison dans un avenir rapproché.

Le hic est que Julien, qui a étudié en Ontario, traîne une dette étudiante de plus de 25 000 $ et un prêt personnel sans intérêt de 7740 $ contracté auprès de membres de sa famille. Jusqu'ici, en raison de ses faibles revenus, il a bénéficié du Programme d'aide au remboursement (PAR) du gouvernement canadien, qui a couvert les paiements minimums requis, y compris les intérêts.

Étant maintenant marié, Julien risque bientôt de ne plus avoir droit au PAR, car c'est le revenu du ménage qui sera dorénavant pris en compte dans le calcul de sa capacité de remboursement. Il n'aura donc pas le choix de rembourser un minimum de 297 $ par mois, selon un taux de 3,5 %, pour les 9 à 10 prochaines années.

Laurence, de son côté, n'a pas de dette et réussit à verser de 4000 à 5000 $ par année dans un Régime enregistré d'épargne-retraite (REER). « Mon premier réflexe est de le laisser gérer ses dettes puisque c'est lui qui les a contractées et de continuer mon épargne dans le but de nous acheter une propriété, dit la jeune femme. Mais je me demande si nous ne serions pas mieux de mettre notre énergie financière à rembourser le plus vite possible ses dettes à deux. »

La vie en chiffres

Laurence, 29 ans

Revenu net : 21 653 $ 

REER du fonds FTQ : 11 200 $ 

CELI : 3700 $ 

Compte d'épargne stable (Boni dollars) : 500 $

Julien, 34 ans

Revenu net : 20 000 $ 

Prêt étudiant : 25 633 $

Prêt personnel (famille) : 7740 $

Aucune épargne

Dépenses mensuelles 

Loyer : 680 $ tout inclus (internet, chauffage, électricité)

Épicerie : 450 $

Cellulaire : 40 $ chacun

Restaurants, sorties : 300 $

Vêtements : 125 $

Activités professionnelles : 500 $

Transport : 100 $ 

Assurances : 25 $

Dépenses maison : 40 $

Impôts en prévision : 200 $

Total : 2500 $ par mois = 30 000 $ par année

Charles-Antoine Gohier, planificateur financier à la Financière Banque... (Photo Hugo-Sébastien Aubert, La Presse) - image 3.0

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Charles-Antoine Gohier, planificateur financier à la Financière Banque Nationale

Photo Hugo-Sébastien Aubert, La Presse

LA SOLUTION

Tranchons d'abord la question : accélérer le paiement de la dette est une bonne idée dans le cas de Laurence et Julien, surtout s'ils envisagent l'achat d'une maison, selon Charles-Antoine Gohier, planificateur financier à la Financière Banque Nationale. 

Mais avant d'aller plus loin, il suggère en tout premier lieu au couple de faire un bilan individuel afin d'établir la valeur nette de chacun avant le mariage. 

« L'amour rend aveugle ! Les gens se marient souvent sans d'abord faire leur bilan et en cas de divorce, ils n'ont pas de preuves de ce que chacun possédait avant le mariage. » - Charles-Antoine Gohier

Cela est d'autant plus important si l'un des conjoints aide l'autre à payer une dette contractée avant le mariage, comme l'envisage Laurence. En cas de divorce, celle-ci pourrait bénéficier d'un ajustement lors du partage des biens pour compenser les efforts consentis au remboursement de la dette de Julien.

HARO SUR LA DETTE

Ensemble, Laurence et Julien ont un revenu net de près de 42 000 $ et leurs dépenses s'élèvent à 30 000 $. Ils réussissent donc à dégager un surplus annuel de près de 12 000 $ par année qu'ils peuvent allouer à la dette ou à l'épargne.

Le taux d'intérêt d'une dette étudiante est généralement bas. Aussi, entend-on souvent dire que rien ne presse pour rembourser ce genre de dette, surtout si l'on peut investir ces sommes à un taux de rendement net plus élevé que le coût de la dette. 

Dans le cas de Laurence, en tenant compte d'un taux d'imposition de 28,53 %, le planificateur financier établit à 4,9 % le rendement brut minimum devant être généré en investissant pour équivaloir à un coût de la dette de 3,5 %. Il exclut donc d'emblée l'option de sortir les placements de Laurence pour payer la dette de Julien, puisque ceux-ci ont un rendement supérieur. 

Toutefois, il estime que le couple aurait quand même intérêt à consacrer ses surplus budgétaires au remboursement accéléré de cette dette. « Une dette reste un coût, peu importe le rendement des placements », dit Charles-Antoine Gohier. Et en planification financière, il faut toujours regarder en avant, ajoute-t-il. « Dans leur cas, c'est le projet d'achat d'une maison qui justifie ce choix. En se débarrassant de cette dette, ils améliorent leur ratio d'endettement et seront en meilleure position pour obtenir un prêt hypothécaire. »

En contrôlant ses dépenses comme il le fait actuellement, le couple peut venir à bout de la dette d'étude en trois ans. En resserrant encore plus, par exemple en réduisant dans les restos ou les sorties, il pourrait dégager 500 $ supplémentaires par mois, portant les surplus à 18 000 $ par année. Il serait ainsi possible de rembourser la totalité de la dette en moins de deux ans, y compris celle contractée auprès de la famille...

« Tout dépend de l'entente qu'on a, mais de façon générale, il vaut mieux s'acquitter rapidement de ce genre de dette. On ne veut pas se retrouver dans un souper de famille à raconter son voyage dans le Sud devant des parents à qui on doit encore de l'argent. » - Charles-Antoine Gohier

Enfin, il conseille à Laurence de continuer de cotiser à ses REER au même niveau, ce qui permettra éventuellement de constituer une mise de fonds pour la maison en bénéficiant du Régime d'accession à la propriété (RAP), par exemple. 

UN PEU DE DISCIPLINE !

Voilà pour les mathématiques financières. Mais un fait demeure : « En ce moment, malgré des revenus nets équivalents, elle est capable d'épargner, mais pas lui », constate Charles-Antoine Gohier. 

Bienvenue dans l'univers de la finance comportementale ! En plus de faire leur bilan, les deux époux auraient tout avantage à faire un budget individuel, dans lequel Julien aura un poste de dépense de plus que Laurence : la dette étudiante. 

En d'autres mots, il devrait assumer seul le paiement minimum requis afin de limiter la contribution de Laurence à l'effort supplémentaire requis pour accélérer le remboursement et non au remboursement de la dette en tant que telle. 

« Techniquement, c'est lui qui fait le paiement minimum pour acquérir une discipline de remboursement. Comme c'est lui qui a contracté la dette, il doit l'assumer », précise le planificateur financier.

Par conséquent, Laurence se retrouvera peut-être à assumer une plus grande part de certaines dépenses, car Julien en aura moins dans ses poches, mais le couple pourra toujours décider de cesser le paiement accéléré ou de réduire certaines dépenses communes.

Sans oublier qu'une maison ne vient jamais seule, il faut calculer l'entretien, les taxes, le toit qui coule... « Leur capacité d'épargne va nécessairement baisser, alors c'est d'autant plus pertinent de se débarrasser de ses dettes avant. »

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Vous planifiez un projet qui demande une utilisation judicieuse de votre argent? Une nouvelle maison, l'arrivée d'un enfant, une année sabbatique, un changement d'emploi, le règlement de vos dettes ou le retraite? Écrivez-nous!

traindevie@lapresse.ca




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