Train de vie: prise à la gorge par l'impôt

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Julie est travailleuse autonome et la gestion de ses impôts est tout un défi. Elle demande conseil à La Presse.

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Nathalie Côté

Collaboration spéciale

La Presse

Travailleuse autonome, Julie doit jongler année après année avec une importante facture d'impôts et se sent prise à la gorge. Comment remplir ses obligations alors que le budget de la famille est déjà serré ?

LE PROBLÈME

« En début d'année, je reçois toujours des droits d'auteur, explique Julie, illustratrice et graphiste. Cela représente environ la moitié de mes revenus annuels. Je les utilise pour payer mes dettes liées à mes impôts et à d'autres dépenses. Mais je ne gagne pas suffisamment le reste de l'année pour payer mes frais et l'impôt, alors je m'endette encore. Je ne vois pas comment je peux arrêter ce cycle infernal. » Cette année, il lui reste environ 8300 $ de ses droits. Elle compte les utiliser pour payer les taxes et une partie de l'impôt qu'elle doit au gouvernement.

Elle a déjà essayé de prendre davantage de contrats. « Je me suis retrouvée avec une dette encore plus importante à cause de l'impôt », déplore la maman d'une fillette de 5 ans.

Ses dettes sont accumulées sur une carte de crédit. « Je bénéficie d'un taux de 0 % pour quelques mois, explique-t-elle. Ensuite, je change pour une autre carte offrant la même promotion. Je finis toujours par recevoir une offre semblable. »

Son conjoint a récemment fait une proposition de consommateur afin de s'entendre avec ses créanciers. Il n'est donc pas en mesure de l'aider. Elle a envisagé de demander un coup de main à ses parents, mais elle n'est pas chaude à l'idée de le faire. « Je pense qu'ils pourraient, mais j'ai peur d'être incapable de les rembourser », avoue-t-elle. Julie a aussi songé à demander un prêt REER pour réduire ses impôts. Elle n'est toutefois pas convaincue que c'est une bonne solution.

Évidemment, elle a tenté de réduire ses dépenses. « Ma seule dépense en trop, c'est un contrat de vacances en temps partagé qui me coûte 145 $ par mois, en plus des 16 000 $ investis au départ, explique-t-elle. Ça me donne des points échangeables contre de l'hébergement dans différentes destinations. » Sauf qu'elle n'a pas les moyens de s'y rendre. Elle aimerait se défaire de ce contrat, mais il a été signé aux États-Unis avec une entreprise américaine. « Je vais sûrement avoir des frais de notaire ou d'avocat et je n'ai pas les moyens », explique-t-elle, découragée.

La vie en chiffres

Revenus

Isabelle : entre 35 000 $ et 75 000 $

Conjoint : 23 000 $

Allocations : 463 $ par mois

Dépenses mensuelles

Hypothèque : 850 $

Taxes municipale et scolaire : 230 $

Voiture de Julie : 218 $

Voiture du conjoint : 230 $

Assurances : 478 $

Télécommunications : 203 $

Épicerie : 500 $

Essence : 170 $

Autres : 980 $

Épargne (REER et REEE) : 200 $ (incluant le remboursement du RAP de 650 $ par an)

Actifs

Maison : 175 000 $ (hypothèque de 156 000 $)

Épargne de Julie : 8300 $ (compte d'épargne)

Dettes

Carte de crédit de Julie : 13 400 $

Marge de crédit hypothécaire : 4000 $ (limite : 5000 $)

Proposition de consommateur du conjoint : 250 $ par mois

Éric Lebel, conseiller en redressement financier et syndic... (Photo Martin Tremblay, Archives La Presse) - image 3.0

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Éric Lebel, conseiller en redressement financier et syndic autorisé en insolvabilité chez Raymond Chabot Grant Thornton

Photo Martin Tremblay, Archives La Presse

LA SOLUTION

Les cartes de crédit à 0 % peuvent sembler une solution séduisante. Éric Lebel, conseiller en redressement financier et syndic autorisé en insolvabilité chez Raymond Chabot Grant Thornton, la met toutefois en garde. 

« Elle ne recevra pas de telles offres indéfiniment. Tôt ou tard, elle va se retrouver avec un taux de 19 %. »

- Éric Lebel

Il lui suggère donc d'utiliser son épargne pour payer ses taxes et sa carte de crédit. « Pour les impôts, elle pourrait prendre entente avec les gouvernements pour étaler les paiements », suggère-t-il.

PRÉVOIR L'IMPÔT

Ces solutions ne règlent cependant pas le problème de l'impôt des années suivantes. « Cela demande de la planification et de la discipline, et c'est plus difficile lorsqu'on n'a pas de revenus stables, souligne Sylvie De Bellefeuille, avocate chez Option consommateurs. Dès qu'un revenu rentre, il faudrait prélever un pourcentage en fonction de son taux d'imposition et le mettre dans un compte à part pour les impôts. » Même chose pour les taxes qu'elle doit remettre au gouvernement.

Elle lui suggère de faire un budget très détaillé et d'en faire le suivi régulièrement. « Choisir où couper, ce n'est pas un exercice facile, convient Mme De Bellefeuille. Le couple pourrait se demander s'il a vraiment besoin de deux véhicules. C'est peut-être le cas, mais ça fait partie des questions qu'on peut se poser. Il faut voir les priorités. »

Quant aux vacances en temps partagé, Mme De Bellefeuille estime qu'il vaudrait la peine de se renseigner sur la manière de rompre ce contrat. En faisant appel au service de référence du Barreau de Montréal, Julie pourrait obtenir les 30 premières minutes de consultation avec un avocat pour 30 $ seulement.

LAISSER TOMBER LE REER

Autre élément à revoir : le REER. « Je ne recommande pas d'y investir tant qu'elle a une dette sur sa carte de crédit, tranche M. Lebel. Quand elle aura fini de payer, elle pensera à sa retraite. Par contre, elle pourrait rembourser son RAP, sinon ce sera imposable. »

D'ailleurs, il la décourage de prendre un prêt REER pour payer moins d'impôt. « C'est intéressant pour quelqu'un dans une bonne situation financière, souligne-t-il. Dans son cas, elle risque de s'enfoncer davantage. Elle va payer un peu moins d'impôt, mais elle devra rembourser le prêt. »

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