Transférer son régime de retraite, une bonne idée ?

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Les participants à un régime à prestations déterminées, comme le RREGOP et les autres régimes gouvernementaux, ne souffrent pas des faibles taux d'intérêt ou des soubresauts des marchés boursiers, contrairement aux retraités qui vivent de leurs placements ou d'un régime à cotisations déterminées.

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Marie-Claude Morin

Collaboration spéciale

La Presse

Angèle prendra sa retraite en avril. Après 35 ans dans les hôpitaux québécois, l'infirmière de 58 ans compte bien en profiter en toute quiétude. Son conseiller financier brouille toutefois les cartes en insistant pour qu'elle lui confie son régime de retraite. Le jeu en vaudrait-il la chandelle ?

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Les participants à un régime à prestations déterminées, comme le RREGOP et les autres régimes gouvernementaux, ne souffrent pas des faibles taux d'intérêt ou des soubresauts des marchés boursiers, contrairement aux retraités qui vivent de leurs placements ou d'un régime à cotisations déterminées.

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Le problème

« Il dit qu'il fera fructifier mon capital et que j'aurai encore plus d'argent. Mais est-ce qu'un transfert de mon régime de retraite serait dans mon intérêt ou dans le sien ? », demande Angèle, qui dit préférer la sécurité au risque.

L'infirmière participe au Régime de retraite des employés du gouvernement et des organismes publics (RREGOP) depuis 35 ans. Elle ne connaît pas encore le montant qu'elle obtiendrait d'un transfert, mais l'estime entre 500 000 et 600 000 $. Elle sait cependant qu'elle aura droit à une rente brute de 47 252 $ à sa retraite et de 34 409 $ à partir de 65 ans lorsqu'elle recevra des versements de la Régie des rentes du Québec (RRQ). Elle possède aussi près de 300 000 $ dans ses REER.

Angèle et Bertrand, son conjoint depuis 25 ans, sont également propriétaires d'une maison et d'un chalet en Mauricie. « Comme elles ne nous coûtent que les taxes et l'entretien, on aimerait bien garder les deux résidences, explique Bertrand. Par contre, on vendra l'une ou l'autre, ou les deux, si on a besoin d'argent. »

Âgé de 59 ans, Bertrand est officiellement à la retraite depuis un an, mais il continue de travailler pour le plaisir. L'idée de l'imiter ne déplaît pas à Angèle, quoiqu'elle préfère se laisser la liberté de choisir en temps et lieu.

« Avec le RREGOP, j'aurais une rente garantie tous les mois. J'aurais peut-être plus avec mon courtier, mais je crains que les rendements ne soient insuffisants. » - Angèle, 58 ans

En plus des rendements, le courtier d'Angèle lui fait miroiter le contrôle qu'elle aurait sur son capital. Non seulement elle l'investirait à sa guise, mais encore elle pourrait le laisser à sa succession. Bertrand hériterait ainsi de tout le capital si elle décédait avant lui, plutôt que de recevoir une rente de conjoint survivant de 50 %. Et il pourrait lui aussi léguer le capital à sa succession.

L'argument a peu de poids aux yeux d'Angèle, qui n'a pas eu d'enfants avec Bertrand. Ce dernier a bien un fils et une fille d'une union précédente, mais ce sont des adultes autonomes et sans enfants. « J'ai travaillé fort pour gagner mon argent. Je veux en profiter », résume l'infirmière.

Bertrand et Angèle aimeraient séjourner trois ou quatre mois en Amérique centrale ou en Amérique du Sud chaque hiver, en plus de visiter l'Europe ou l'Asie tous les deux ans. Des voyages pas trop luxueux - ils ont déjà visité plusieurs pays avec leur sac à dos pour moins de 100 $ par jour -, mais qui demandent un certain budget. Devraient-ils accepter de prendre plus de risques pour en avoir les moyens ?

LA VIE EN CHIFFRES

ANGÈLE, 58 ans

BERTRAND, 59 ans

REVENUS DE RETRAITE BRUTS

RREGOP d'Angèle : 47 252 $ jusqu'à 65 ans  ; 34 409 $ ensuite

Régime à prestations déterminées de Bertrand : 21 480 $ jusqu'à 65 ans  ; 17 623 $ ensuite

RRQ et PSV à partir de 65 ans

ACTIFS

Maison : évaluée à 100 000 $, libre d'hypothèque

Chalet : évalué à 215 000 $, libre d'hypothèque

REER d'Angèle : 278 800 $

REER de Bertrand : 166 300 $

CELI et autre épargne : 107 500 $

DETTES

Prêt pour le camion : 20 600 $

Prêt pour la voiture : 15 800 $

LA SOLUTION

Léon Lemoine, planificateur financier chez Whitemont, a analysé la participation d'Angèle au RREGOP et est vite arrivé à un constat sans appel : l'infirmière n'a tout simplement pas le droit de transférer son régime de retraite du gouvernement chez son courtier. Pour deux raisons plutôt qu'une, même. 

D'abord, Angèle compte plus de 35 années de service, ce qui la rend admissible à une rente immédiate. En plus, elle a atteint l'âge de 55 ans, ce qui la rendrait admissible à une rente même si elle n'avait pas complété ses 35 années de service. « Lorsqu'un participant [du RREGOP] a droit à une rente, il ne peut plus bénéficier d'un remboursement de cotisations ou du transfert de la valeur de la rente différée dans un CRI [compte de retraite immobilisé] », confirme Dominique Viens, conseillère en communications chez Retraite Québec.

« C'est très curieux que l'autre conseiller ait utilisé un discours contraire aux règles prescrites par le régime », commente Léon Lemoine. Cela dit, le planificateur n'est pas réellement surpris. Devant des clients à fort potentiel, certains conseillers salivent au point d'entreprendre des démarches de transfert et d'ouvrir un CRI et un compte REER... avant de se faire dire par le gestionnaire du régime que le client n'est pas admissible à un transfert ! Et même lorsque cela est possible, il faut bien en évaluer la pertinence.

« C'est un peu aberrant de vouloir transférer son RREGOP quand on a fait toute sa carrière dans la fonction publique. C'est un super régime, avec des rentes garanties à 100 %. » - Léon Lemoine, planificateur financier chez Whitemont

Les participants à un régime à prestations déterminées, comme le RREGOP et les autres régimes gouvernementaux, ne souffrent pas des faibles taux d'intérêt ou des soubresauts des marchés boursiers, contrairement aux retraités qui vivent de leurs placements ou d'un régime à cotisations déterminées.

L'an dernier, 1100 participants du RREGOP ont demandé à transférer leurs billes dans un CRI, selon Retraite Québec, qui administre le régime. Ces participants avaient en moyenne 44 ans.

« Nous n'offrons aucun service-conseil, car tout dépend de la situation personnelle de chacun [âge, situation financière, habiletés à gérer des placements, etc.]. Lorsque de telles questions [sur la rentabilité d'un transfert] surviennent, les clients sont invités à consulter un planificateur financier », précise Dominique Viens, conseillère en communication.

Un transfert peut parfois être intéressant, mais ce sont généralement des cas où les participants n'ont cotisé au régime que quelques années, ajoute Léon Lemoine. Comme cette cliente de 51 ans qui avait cotisé pendant 15 ans au RREGOP, de 1987 à 2003. La dame avait le choix entre recevoir une rente annuelle de 15 700 $ à partir de 65 ans ou transférer 237 500 $ dans un CRI et un REER.

Pour profiter d'une rente équivalente à celle du RREGOP jusqu'à 90 ans, elle devait obtenir un rendement annuel de 3,19 %. Concluant « qu'il était possible d'obtenir un taux de rendement équivalent ou supérieur sans prendre de risques inconsidérés », le planificateur lui a recommandé de transférer son régime. « Ça reste toujours du cas par cas », insiste-t-il.

UN PORTEFEUILLE À AMÉLIORER

Bonne nouvelle pour Angèle et Bertrand : ils devraient avoir suffisamment d'économies pour réaliser leurs rêves de voyages à la retraite. « Ça prendrait un examen plus approfondi, mais à première vue, il n'y a pas lieu de s'inquiéter financièrement », dit Léon Lemoine.

Par contre, il faudra absolument revoir la composition de leur portefeuille de placements. Ce dernier est vraisemblablement trop risqué pour des gens à l'orée de la retraite, en plus d'être mal diversifié géographiquement et par secteurs. « Je serais curieux de leur faire remplir un questionnaire pour voir s'ils sont réellement téméraires à ce point. »

En plus, le rendement a été « pour le moins médiocre » pour un portefeuille aussi risqué. S'ajoutent à cela des commissions de suivi et des frais de sortie relativement élevés. « Je donnerais à peine un 3 sur 10 à leur portefeuille », résume le planificateur.

Dernier élément, mais non le moindre : il faudra planifier soigneusement le décaissement des placements. « Autrement, ils risquent de payer le maximum d'impôts. »

Une fois le portefeuille bien construit et la stratégie de décaissement judicieuse mise en place, Angèle et Bertrand pourront savourer sans s'inquiéter leur retraite bien méritée.

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