Train de vie: étirer les économies jusqu'à 90 ans

Actuellement, le coût de vie d'Agathe est d'au... (PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE)

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Actuellement, le coût de vie d'Agathe est d'au minimum 20 000 $ par année. Elle doit réduire cela à 18 000 $, au maximum, afin d'avoir assez d'argent pour se rendre à 90 ans.

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Marie-Claude Morin

Collaboration spéciale

La Presse

Agathe a pris sa retraite à 45 ans. Son bas de laine, gonflé par une indemnité de départ, semblait alors suffisant pour filer jusqu'à 80 ans, minimum. À 67 ans, c'est la douche: si elle continue comme ça, ses économies seront épuisées dans à peine trois ans. Que faire ?

LE PROBLÈME

Le constat est brutal. C'est ce que lui a expliqué sa nouvelle conseillère financière, qu'elle aime beaucoup moins que celle qui lui a dit d'arrêter de travailler lorsque son poste a été aboli il y a 25 ans. « Elle me fait paniquer bien raide ! », dit Agathe, qui vit en appartement dans une région éloignée du Québec.

La dame est toutefois lucide : ses économies fondent bel et bien plus vite que prévu. «  J'ai fait des erreurs  », reconnaît-elle. Comme acheter une voiture neuve et déménager fréquemment, souvent dans des coins où le coût de la vie est plus cher qu'ailleurs. Elle a aussi perdu le supplément de revenu garanti en encaissant trop de placements.

Pour juguler l'hémorragie, Agathe a revendu sa voiture et réduit les retraits de son fonds enregistré de revenu de retraite (FERR) de 1800 $ à 1000 $ net par mois. Elle planifie de déménager à Laval, où le transport en commun et plusieurs activités sont gratuits pour les aînés. Elle y louerait une chambre plutôt qu'un appartement, ce qui ferait passer son coût de logement de 678 $ à 350 $. Est-ce que ces changements seraient suffisants pour assurer son autonomie financière ?

« Je veux à tout prix éviter de me retrouver en résidence et j'aimerais pouvoir m'offrir des soins à domicile au besoin. » - Agathe, 67 ans

Célibataire de longue date, sans enfant et en froid avec sa famille, Agathe craint d'être à court de moyens si, comme plusieurs membres de sa parenté, elle devait souffler plus de 90 bougies. Elle a séjourné quelques mois dans deux résidences pour retraités, il y a un an ou deux, et même si elles étaient très différentes, elle les a détestées autant. « J'ai pris des photos pour m'en souvenir jusqu'à mes 95 ans, au cas où je me dirais que ce n'est pas si pire que ça », dit-elle d'un ton décidé.

Elle serait prête, si nécessaire, à chercher un emploi à temps partiel, idéalement avec de bonnes conditions de travail comme celles offertes chez Costco.

« Avant de bouger, j'aimerais savoir si mon plan tient la route à long terme. Si je peux arrêter de stresser avec l'argent ! »

LA VIE EN CHIFFRES

AGATHE, 67 ans

REVENUS MENSUELS

Sécurité de la vieillesse (PSV) : 579 $ brut

Régie des rentes : 364 $ brut

Crédit d'impôt pour solidarité : 75 $

Retrait du FERR : 1000 $ net

PLACEMENTS

REER : 31 544 $

FERR : 46 065 $

CELI : 622 $

DÉPENSES MENSUELLES

Appartement : 678 $

Épicerie : 570 $

Cellulaire et câble : 88 $

Transport : 80 $

Assurances et électricité : 43 $

Médicaments : 20 $

Argent de poche : 180 $

TOTAL : 1659 $

LA SOLUTION

Martin Gervais, planificateur financier et conseiller en sécurité financière chez De Champlain Groupe Financier, arrive au même constat que la conseillère d'Agathe : au rythme actuel, elle manquera d'argent à 71 ans. «  Au moins, elle est consciente que son budget ne fonctionne pas et elle envisage des solutions  », souligne-t-il.

Actuellement, le coût de vie d'Agathe est d'au minimum 20 000 $ par année. Si elle déménage à Laval et y trouve une chambre à 350 $ par mois, elle économisera 328 $ en logement et 21 $ en électricité. Le transport sera gratuit, ce qui lui laissera 80 $ par mois dans ses poches, et elle réduira sa facture d'épicerie d'une centaine de dollars. Son coût de la vie passerait ainsi à 13 560 $ par an. Ce que, bonne nouvelle, elle est capable de se payer !

Selon les calculs de Martin Gervais, Agathe peut dégager un revenu annuel net de 18 000 $, indexé à 2 %, tout en ayant suffisamment d'argent jusqu'à 90 ans.

« En planifiant bien les retraits du FERR et du REER, Madame aura droit au supplément de revenu garanti, ce qui augmentera significativement ses revenus. » - Martin Gervais, planificateur financier et conseiller en sécurité financière

Jusqu'à ses 71 ans, Agathe gagnerait à ne retirer que 2719 $ brut de son FERR chaque année. Avec ces revenus moindres, elle aurait droit à 4825 $ de supplément de revenu garanti (SRG), non imposable. Cela s'ajouterait à la Sécurité de la vieillesse (6948 $), à la Régie des rentes (4368 $) et au crédit d'impôt pour solidarité (900 $), qui demeureraient inchangés. Après le paiement d'environ 1650 $ d'impôts sur la PSV, la RRQ et le retrait du FERR, il lui resterait un peu plus de 18 000 $ pour vivre.

À partir de 71 ans, elle sera légalement obligée de convertir son REER en FERR et de retirer 3767 $. Cela réduira le SRG, mais augmentera tout de même légèrement le revenu disponible.

MAXIMISER LE SUPPLÉMENT DE REVENU GARANTI

Martin Gervais pousse la réflexion plus loin et suggère à Agathe de liquider rapidement et stratégiquement ses placements enregistrés afin de maximiser les paiements futurs de SRG. Elle pourrait, par exemple, retirer un gros montant cette année et un autre à 71 ans, et verser les fonds dans un compte d'épargne libre d'impôt (CELI) et, si elle excède la limite, dans un compte d'épargne. Comme elle n'aurait plus à faire de retrait de son FERR chaque année, ses revenus seraient moindres, ce qui augmenterait le SRG. « Elle paierait un bon montant d'impôts et perdrait momentanément le SRG [l'année suivant un retrait], mais ça serait payant à long terme. »

Des revenus d'emploi au-delà du seuil d'exemption de 3500 $ diminueraient aussi le SRG (1 $ de réduction par 2 $ de revenus). « Mais jusqu'à 3500 $, ça vaut la peine de travailler, si elle le souhaite. »

S'OFFRIR DES SOINS À DOMICILE

Si Agathe diminue son train de vie comme prévu, elle aurait les moyens de souscrire à une assurance soins de longue durée comme elle le désire.

Une police de 50 000 $, versée à raison de 500 $ par mois lorsque la personne est diagnostiquée fonctionnellement dépendante, lui coûterait 112 $ par mois si elle est en bonne santé et non fumeuse. Elle devra cependant peut-être attendre un peu puisqu'il faut ne pas avoir séjourné dans une résidence avec services au cours des 24 derniers mois.

Agathe devrait toutefois souscrire une police dès que possible si ça l'intéresse, prévient Martin Gervais. « Elle est dans une tranche d'âge pivot. À 70 ans, elle devra payer presque deux fois plus cher. »

Avec ses revenus de 18 000 $ et ses dépenses réduites, Agathe pourra vivre jusqu'à 90 ans sans angoisser. La seule différence majeure sera qu'elle habitera en chambre. « Elle pourrait même se payer une chambre un peu plus luxueuse qu'elle pense, autour de 450 $ par mois. »

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traindevie@lapresse.ca

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