Trop de bébés, pas assez de temps

Catherine a 35 ans et plusieurs enfants. Elle... (Photo Charles Laberge, Collaboration spéciale)

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Catherine a 35 ans et plusieurs enfants. Elle souhaiterait arrêter de travailler pendant au moins cinq ans à la fin de son congé de maternité afin de passer plus de temps avec ses enfants.

Photo Charles Laberge, Collaboration spéciale

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Marc Tison
La Presse

C'est le bébé qui fait déborder la baignoire : avec le dernier-né, cette fois, ça suffit, Catherine veut cesser de travailler pendant quelques années pour s'occuper de sa progéniture pléthorique. Mais l'avenir financier de la famille s'en trouvera-t-il fragilisé ?

LE PROBLÈME

Appel téléphonique pour donner suite à son courriel. Est-ce qu'on la dérange ?

« J'ai un bébé dans les bras, mais il ne pleure pas. On devrait être corrects. »

Catherine en a plein les bras, en effet. La femme de 35 ans a plusieurs enfants - elle ne veut pas en préciser le nombre, pour ne pas être reconnue.

« Ça fait deux fois que je change d'emploi pour essayer d'avoir plus de disponibilités, d'avoir un horaire plus facile à concilier avec une famille. »

Cette fois, elle songe à arrêter le travail pour au moins cinq ans. « Je m'apprête à démissionner après la fin de mon congé de maternité, en juin prochain. »

Le revenu familial se trouverait amputé de 65 000 $, mais selon ses calculs, le salaire de son conjoint Julien devrait leur permettre de tenir le coup. Elle prévoit y ajouter quelque 14 000 $ en travaillant à temps partiel.

« Est-ce que ma décision mettra en danger les finances de notre famille ? s'enquiert-elle néanmoins. Devrons-nous beaucoup modifier notre rythme de vie ? » - Catherine

Ni Catherine ni Julien n'ont de régime de retraite avec leur employeur.

« Quel devrait être notre plan pour la retraite ? Si j'arrête de travailler, quel sera l'impact ? »

Ils sont propriétaires. « On a acheté au bon moment sur l'île, ce qui fait qu'on a revendu à profit avant d'acheter la maison qu'on a présentement. »

- Hah, hahhhh...

C'est bébé qui commente la démarche hypothécaire.

« Nous n'avons pas de projet de déménagement, rénovation, voyage ou autre pour lequel nous voulons épargner, lui rétorque sa mère. Juste celui de passer du bon temps en famille sans trop avoir à courir. » - Catherine

Les dépenses ? « Mon chum et moi, on n'a pas vraiment de passe-temps. Notre passe-temps, c'est nos enfants. »

Malgré son régiment juvénile, le couple n'a pas de voiture. « On habite à côté d'un métro. On se déplace à pied ou en transports en commun. »

Catherine reconnaît toutefois posséder « une belle collection de poussettes, trottinettes, vélos et autres objets à roues ».

Malgré tout, une inquiétude surnage. « Devrons-nous changer nos habitudes du tout au tout et diminuer de beaucoup notre épargne en perdant un salaire ? »

LA RÉPONSE

Devinez quoi : il n'y aura pas de problème.

Vous vous en doutiez, direz-vous, avec le salaire de Julien. Mais il fallait le confirmer.

Pour le vérifier, la planificatrice financière Josée Laframboise, de BMO Groupe financier, a établi un scénario sur les cinq ans que Catherine demeurera à la maison.

BAISSES DE REVENUS ET DE DÉPENSES

En soustrayant les frais de garde de 5680 $, le coût de vie du couple s'établit théoriquement à 57 600 $ par année.

À ces dépenses sont opposés des revenus de 98 500 $ en salaire pour Julien, 14 000 $ en revenus autonomes pour Catherine et environ 14 000 $ en allocations familiales, soit au total 126 500 $. « On a une baisse de revenus de 48 500 $ », note la conseillère.

BEAUCOUP DE REER

À vue de nez, en tenant compte sommairement des impôts, la planificatrice dégage un excédent budgétaire de plus de 30 000 $. « C'est beaucoup, commente-t-elle, et je mettrais un bémol. » Nous reviendrons plus loin sur cette restriction musicale.

Cet excédent lui permet d'inscrire au budget une généreuse contribution au REER de Julien. Elle s'assure qu'il y verse près de 18 % de son revenu, soit quelque 16 800 $ par année.

PAS MAL DE CELI

Il en reste encore. En second lieu, elle remplume le CELI.

« Pourquoi ? On pourrait en ressortir des fonds s'ils en ont besoin en cours de route. Ce serait un peu un fonds d'urgence. » - Josée Laframboise

Elle prévoit que des sommes de 5000 $ sont versées chaque année dans les CELI de chacun.

UN PEU DE REEE

Le régime enregistré d'épargne études (REEE) arrive en troisième lieu, « s'il en reste ».

« Ils ont d'abord une préoccupation pour leur retraite », justifie Mme Laframboise.

Durant les cinq années d'arrêt de travail, les parents continueront leur contribution actuelle, au rythme de 200 $ par mois pour l'ensemble de la tribu. Ils pourront accélérer le rythme après le retour de Catherine à temps plein.

RÉSULTAT : UNE RETRAITE RASSURANTE

Les contributions REER réduiront substantiellement les impôts. Malgré tous ces versements en épargne, le couple réussira tout de même à dégager un surplus budgétaire de plus de 8000 $ par année durant les cinq années d'interruption de travail.

Pas d'inquiétude pour la retraite, donc.

« On ne connaît pas encore leur coût de vie à la retraite, mais s'ils mettent tout ça en place, leur retraite sera vraiment améliorée. » - Josée Laframboise, planificatrice financière chez BMO

LE BÉMOL

Revenons à notre bémol. « Je trouve que j'obtiens un excédent qui est élevé », soulève la planificatrice.

Il y a une contradiction, peut-être seulement apparente, entre l'épargne accumulée jusqu'ici et le surplus budgétaire que le couple aurait dû dégager avec de pleins revenus. « Est-ce que les dépenses sont bien évaluées ? », s'interroge la planificatrice.

Catherine les a estimées à l'aide de l'outil budgétaire de leurs comptes bancaires.

Certaines dépenses assumées par Julien n'y apparaissent pas, notamment les sorties aux restaurants. Mais y en a-t-il d'autres ? Les impôts fonciers sont-ils compris dans les mensualités hypothécaires ? Où sont les dépenses de santé, l'assurance habitation ?

« Catherine ne prévoit plus de frais de garde, mais elle veut travailler à temps partiel », observe encore Josée Laframboise. Qui gardera les jeunes enfants pendant ce temps, et à quel coût ?

Il faut aussi considérer que les 14 000 $ de revenus apportés par Catherine ne sont pas garantis, alors qu'ils procurent en bonne partie la confortable marge de manoeuvre.

Ce sont des éléments à avoir à l'oeil. Mais rien qui empêche Catherine de rester à la caserne pour prendre soin de son régiment.

LA VIE EN CHIFFRES

Catherine : 35 ans

Revenus à temps plein : 62 500 $

Revenus projetés à temps partiel : 14 000 $

Épargnes enregistrées : 48 500 $

Julien : 38 ans

Revenus : 98 500 $

Épargnes enregistrées : 55 000 $

Allocations familiales : 14 000 $

Épargne REEE enfants : 4500 $

Dépenses annuelles estimées : 63 280 $

Maison : 600 000 $

Hypothèque : 290 000 $

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