Médecin à bout de souffle cherche qualité de vie

Alors que le débat sur la rémunération médicale fait rage, il se trouve des... (Photo Thinkstock)

Agrandir

Photo Thinkstock

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Alors que le débat sur la rémunération médicale fait rage, il se trouve des médecins qui ne diraient pas non à une diminution de salaire. C'est le cas de Simone. « Le public trouve qu'on est très bien payés, peut-être même trop bien, reconnaît la médecin spécialiste de 48 ans. Mais je suis prête à avoir un salaire moins élevé en échange de meilleures conditions d'emploi. Ce n'est pas de la paresse. J'aspire seulement à un rythme de travail régulier. » Elle travaille plus de 60 heures par semaine et ne s'est pas absentée plus de 8 jours d'affilée depuis 3 ans.

C'est pourquoi elle contemple l'idée d'accepter un poste de médecin spécialiste pour une agence étatique - une dimension méconnue de la pratique médicale qui ferait de Simone une véritable fonctionnaire avec tous les avantages que cela comporte, dont le fameux Régime de retraite des employés du gouvernement et des organismes publics (RREGOP).

Son revenu annuel en prendrait toutefois un coup, passant de 326 000 $ à 180 000 $. « Ça ne me dérange pas, car j'aurais un fonds de pension, dit-elle. Je pourrais vivre jusqu'à 95 ans sans me faire de soucis. »

DES ÉCONOMIES FARAMINEUSES À FAIRE

Les médecins sont considérés comme des travailleurs autonomes, ce qui les force à constituer leur propre épargne-retraite.

« Si je conserve mon emploi actuel, je dois accumuler des sommes faramineuses pour espérer avoir un revenu de retraite s'approchant de celui offert par le RREGOP. » - Simone

La médecin aimerait prendre sa retraite à 67 ans. Elle a évalué qu'elle doit mettre de côté 2,7 millions pour obtenir un revenu annuel de retraite de 100 000 $. « Un montant bien en deçà des 70 % de revenus de travail qu'on préconise habituellement à la retraite », signale-t-elle en ajoutant que, selon ses estimations, son pécule s'épuisera à l'âge de 90 ans.

Les calculs de Simone comprennent ses économies actuelles : 117 000 $ dans un REER, 18 000 $ dans un CELI et 136 000 $ dans des épargnes non enregistrées. La médecin a aussi pris en compte une rente de retraite européenne indexée de 6000 euros par année à laquelle elle aura droit à partir de 67 ans. C'est le fruit de plus d'une décennie de travail sur le Vieux Continent. « J'ai quitté le Québec après mes études pour pratiquer en Europe, explique-t-elle. Là-bas, j'ai rencontré mon mari et donné naissance à mes deux enfants. Nous sommes revenus au pays en 2011. Depuis, j'ai divorcé de mon conjoint et nous nous partageons la garde des enfants. »

Si Simone a peu d'épargnes, c'est qu'elle a consacré son argent au remboursement de son solde hypothécaire. Il est actuellement de 240 000 $, et Simone prévoit un amortissement sur 10 ans. Entre-temps, sa demeure a pris une valeur considérable : elle est estimée à 710 000 $, selon l'évaluation municipale. « Je n'ai aucune autre dette », précise-t-elle.

Devant tous ces chiffres, la médecin s'interroge. Un changement d'emploi est-il avisé s'il y a un régime de retraite à la clé ? Ou devrait-elle économiser des millions de dollars par elle-même ?

Et la dernière question, mais non la moindre : si elle devient fonctionnaire, sera-t-elle en mesure de payer les études postsecondaires de ses enfants qui ont maintenant 12 et 16 ans ? À leur retour d'Europe, son ex-mari et elle ont ouvert un régime enregistré d'épargne-études (REEE). Selon leur entente, ils contribueront en parts égales aux études de leurs adolescents. « J'aimerais les aider pour plusieurs années, même au-delà du baccalauréat, affirme Simone. Je considère que c'est un investissement dans leur avenir. »

PORTRAIT

Simone, 48 ans

Médecin spécialiste, divorcée, mère de deux enfants

Salaire brut : 326 000 $

ÉPARGNES

REER : 117 000 $

CELI : 18 000 $

Épargnes non enregistrées : 136 000 $

REEE : 5000 $

Régime de retraite européen (indexé) : 6000 euros/année à partir de l'âge de 67 ans

DETTES

Solde de l'hypothèque : 240 000 $ (taux fixe de 2,6 % venant à échéance en 2020)

Si Simone change d'emploi...

Salaire brut prévu : 180 000 $

Elle sera admissible au RREGOP.

UN CHANGEMENT D'EMPLOI COÛTEUX

Malheureusement pour Simone, un emploi de fonctionnaire ne réglera pas tous ses soucis. Au contraire, cela risque de lui en créer davantage. Cela dit, la situation n'est guère meilleure si elle demeure en poste. En fait, elle se trouve devant un dilemme cornélien, selon Nacim Hamane, planificateur financier principal chez Gestion de patrimoine TD. « Si elle reste médecin, elle aura un effort d'épargne considérable à fournir. Si elle change d'emploi, elle se retrouvera très loin de son objectif de retraite », résume-t-il.

CHOISIR LA FONCTION PUBLIQUE

Après plusieurs calculs, le verdict tombe : « Cette option ne fonctionne pas », déclare Nacim Hamane.

Même si Simone est admissible au RREGOP, elle n'aura pas droit à sa pleine pension. « Les règles sont claires : pour cela, il faut 35 ans de service », signale le planificateur financier. Or, en supposant que Simone accepte le poste dès maintenant et qu'elle se retire à 67 ans, elle aura seulement 19 ans de service au compteur. Si l'on se base sur un salaire actuel de 180 000 $, le montant de sa rente devrait s'établir à 32 400 $. « C'est une estimation, car on ne connaît pas les cinq meilleures années de son salaire, précise M. Hamane. Madame pourrait demander un calcul plus précis après son embauche. » Il ajoute cependant qu'elle aurait le loisir de racheter des années de service.

À ce montant de base, Nacim Hamane ajoute la rente européenne de 8700 $ (convertie en dollars canadiens avec le taux de change actuel), les rentes gouvernementales d'environ 12 000 $ (la RRQ sera peut-être réduite de moitié, car Simone n'a pas travaillé au Québec pendant plusieurs années) et quelque 15 000 $ issus des différents placements. Le revenu de retraite brut atteint 68 000 $. Après impôt, il est de 47 000 $. « On est loin des 100 000 $ souhaités », constate-t-il.

Simone pourrait bien sûr cotiser davantage à son REER. Sa contribution sera cependant limitée parce qu'elle participera déjà à un régime de retraite complémentaire. Jouant de prudence, Nacim Hamane a estimé que Simone serait autorisée à verser un maximum de 7500 $ par année dans son REER.

« Mais, au final, ça ne change pas grand-chose : son revenu net augmenterait à 53 000 $. » - Nacim Hamane, planificateur financier principal chez Gestion de patrimoine TD

La médecin pourrait faire plus, comme déposer dans son CELI la cotisation annuelle maximale de 5500 $. Elle pourrait aussi continuer de placer des sommes dans ses comptes non enregistrés - elle y épargne actuellement 6000 $ par année. Mais aucune de ces avenues ne l'aide réellement, car elle a trop peu d'épargnes au départ.

Simone pourrait toujours vendre la maison, déménager dans plus petit et faire fructifier le produit de la vente. Ou tout simplement revoir ses attentes quant à ses revenus de retraite.

MÉDECIN JUSQU'AU BOUT

Les calculs de Simone sont justes : elle doit mettre de côté 2,7 millions pour assurer ses vieux jours. Elle y parviendrait en cotisant les sommes maximales permises au REER et au CELI. « Ce sera beaucoup d'argent », reconnaît Nacim Hamane.

En revanche, il y a de bonnes nouvelles. D'abord, Simone touchera un revenu net de 125 000 $ à la retraite, et ce, sans mettre un sou de plus dans ses épargnes non enregistrées qui se bonifieront avec le temps. De plus, le planificateur financier prévoit qu'elle aura de quoi vivre bien au-delà de 95 ans.

Et les études des enfants ?

Voilà des économies supplémentaires à faire qui compliquent les choses.

« Il n'y a pas assez d'argent dans le REEE et le rattrapage à faire est important. » - Nacim Hamane, planificateur financier

Si les enfants de Simone font quatre ans d'études dans une université publique québécoise, il en coûtera à leurs parents la coquette somme de 95 000 $. Une somme qui augmentera évidemment en fonction de leurs ambitions universitaires.

Pour le moment, il n'y a que 5000 $ dans le REEE. Les ex-conjoints pourraient y contribuer au maximum en profitant des dispositions de rattrapage permises : une année dans le futur permet de récupérer une année dans le passé.

« Pour l'ado de 16 ans, il reste deux années de cotisation permises pour se prévaloir des subventions gouvernementales, soit cette année et l'année de son 17e anniversaire, explique Nacim Hamane. Ces deux années donnent droit de façon rétroactive à deux années antérieures, pour un total de quatre années. » Pour décrocher les subventions du provincial et du fédéral, la contribution annuelle maximale requise est de 2500 $. Dans ce cas précis, on multiplie le montant par quatre années, ce qui donne 10 000 $. On y ajoute 3000 $, soit les 30 % de subventions combinées. La même chose vaut pour l'enfant de 12 ans pour qui on calcule 10 ans (5 ans avant, 5 ans en arrière).

Total : plus de 52 000 $, en comptant les 5000 $ déjà investis dans le REEE.

On est loin du compte. Pour Simone, la solution facile consisterait à utiliser ses épargnes non enregistrées pour financer le REEE, ainsi que le manque à gagner. Cela lui serait d'autant plus aisé qu'elle ne fournit que la moitié de la somme, l'autre étant assurée par son ex-conjoint. Si elle conserve son poste de médecin, une telle décision diminuerait son revenu de retraite à 110 000 $. Et dans le cas où elle devient fonctionnaire, « ça ne marche plus du tout », affirme Nacim Hamane.

« Madame doit entamer une réflexion sur ses attentes quant à la retraite, sur sa volonté à poursuivre ou non sa carrière de médecin spécialiste, sur sa capacité d'épargne et, forcément, sur son niveau de vie », conclut-il.

Partager

publicité

publicité

publicité

publicité

image title
Fermer