Le mirage de l'an 1 de la retraite

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De nombreux baby-boomers s'interrogent sur la somme qu'ils devront retirer de leur REER pour plonger dans leur nouvelle vie à la retraite.

Annie Bourque

Collaboration spéciale

La Presse

Depuis 25 ans, Monsieur Fernand travaille comme spécialiste financier dans le domaine immobilier pour une institution financière de Montréal.

L'homme de 66 ans commence à réfléchir sérieusement à la possibilité de prendre une douce retraite. Actuellement, son épouse Rita, 66 ans, est parvenue à cette étape. Elle reçoit un montant de 2100$ de la CARRA, (Commission administrative des régimes de retraite et d'assurances), 4500$ de la Régie des Rentes du Québec et 6500$ de la Sécurité de la vieillesse.

Fernand a déjà calculé qu'il aura besoin de 43 000$ net s'il veut maintenir son rythme de vie avec sa conjointe.

«En prenant ma retraite, j'obtiendrai annuellement 13 000$ d'un régime de pension à prestation déterminée».  

Depuis son 65e anniversaire, il reçoit 12 150$ de la Régie des rentes du Québec (RRQ) et 6500$ de la Sécurité de la vieillesse.

M. Fernand a confié qu'il envisage toutes les possibilités, dont celle de réduire la cadence au boulot. Chose certaine, il veut prendre une retraite définitive à 70 ans et peut-être avant... s'il en a les moyens. «Si j'arrête de travailler en septembre, quel montant aurais-je besoin de retirer de mes REER»?

*

Le portrait

Fernand, 66 ans

Spécialiste financier dans le domaine immobilier

Revenu brut par année : 90 000 $

REER : Fernand : 320 000 $

REER : Rita : 80 000 $

CELI : 25 000 $

CELI (de sa femme) : 25 000 $

Actif : Résidence d'une valeur de 400 000 $ (payée)

Aucune dette

Deux véhicules automobiles payés

*

La solution

La fiscaliste et planificatrice financière de Focus Retraite & Fiscalité, Josée Jeffrey estime que Fernand pourrait prendre sa retraite dès septembre prochain. «Il pourrait retirer environ 2000 $ par année de son REER (Régime enregistré d'épargne-retraite) ou 1500 $ de son CELI (Compte d'épargne libre d'impôt) afin de combler son coût de vie désiré de 43 000 $.»

À l'heure actuelle, Fernand est pénalisé au point de vue fiscal. «Dans sa prochaine déclaration de revenus de 2013, il devra rembourser au gouvernement presque la totalité de sa pension de la Sécurité de la vieillesse (PSV) compte tenu de son revenu d'emploi de 90 000 $ additionné avec les autres revenus de retraite», précise Mme Jeffrey. Depuis le 1er juillet 2013, le gouvernement permet de reporter à plus tard la PSV. «Dans le cas de M. Fernand, il est trop tard. C'est dommage, car cela aurait pu être avantageux.»

De son côté, le planificateur financier François Morency de la firme Aviso a calculé une autre somme. «Si M. Fernand veut vivre avec 43 000 $ nets après impôt, il devra retirer 5328 $ de son REER. On arrive à ce montant en tenant compte du taux marginal d'impôt de 28 %. Ce retrait pourrait être réduit en planifiant un meilleur fractionnement du revenu entre monsieur et madame.»

Si Fernand prend sa retraite en 2014, le couple gagnerait un revenu net de 41 681 $.

*

Perspective

À l'approche de la retraite, de nombreux baby-boomers s'interrogent sur la somme nécessaire qu'il leur faudra retirer de leur REER (Régime enregistré d'épargne-retraite) pour plonger dans leur nouvelle vie. Le planificateur financier d'Aviso, François Morency s'inquiète du «syndrome de l'an 1» de la retraite. Un mirage, selon lui.

«De nombreux Québécois calculent le budget de leur première année d'indépendance financière sans tenir compte de la longévité et de l'indexation.» «Un Québécois sur deux, ajoute-t-il, va dépasser le cap des 90 ans. Chaque année, le coût de la vie augmente. Souvenez-vous de la livre de beurre à 25 cents: elle coûte aujourd'hui autour de 5 $. Pensons au prix de l'essence qui a grimpé à 1,50 $.» 

Citant les normes de projections de l'Institut québécois de planification financière, la fiscaliste Josée Jeffrey estime à 25% le taux de probabilité que le couple formé de Rita et Fernand soit encore en vie à l'âge de 96 ans.

Rente non indexée

Mme Jeffrey entrevoit une belle retraite pour Fernand. «Je ne vois aucun problème puisque l'hypothèque de la maison est payée et le couple n'a aucune dette. De plus, ses REER ne seront décaissés qu'à compter de 72 ans et seront soumis aux retraits obligatoires. Il n'en aura pas besoin avant cet âge.»

L'experte en planification financière appréhende une seule difficulté lors de la retraite. « Il possède une rente non indexée. Ses dépenses croîtront plus vite que ses revenus. Toutefois, il a un bon coussin de sécurité pour parer à bien des imprévus. »

Quant à François Morency, il est conscient d'être un prophète de malheur. «Comme planificateur financier, il faut envisager le pire. Qu'arrivera-t-il si on revient à un taux d'inflation de 6 % ou plus? Le capital de M. Fernand risque de fondre comme neige au soleil. Son montant de 5338 $ qu'il compte retirer de son REER vaudra 9000 $ après 10 ans.»

Je reste ou je continue? 

Si Fernand décide de demeurer sur le marché du travail, Mme Jeffrey lui recommande fortement de diviser en deux la rente de retraite de la RRQ (Régie des rentes du Québec). «Monsieur retire 12 150 $ et madame, 4500 $. La division permettra au couple de répartir équitablement ces deux montants. Cela leur permettra de payer moins d'impôt à la fin de l'année étant donné les écarts importants des taux d'imposition de chacun.» 

Mme Jeffrey ajoute que la somme de cette division est calculée en fonction du nombre d'années de vie commune du couple. De son côté, M. Morency favorise une prise de retraite en douceur en travaillant, par exemple, à temps partiel. «Cela permettra à Fernand une période de sevrage. Quand on travaille, on s'habitue à cette dose d'adrénaline que nous amène le stress. Quand on arrête soudainement, cela crée un manque chez certains professionnels.» 

De plus, M. Morency recommande de prévoir une marge de manoeuvre financière advenant des imprévus comme une opération de la cataracte. « Par souci de maintenir leur qualité de vie, certains voudront éviter de vivre les longues listes d'attente et se faire soigner au privé. Un coussin financier est alors essentiel.»

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