Régime de retraite: le retirer ou non?

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Dany Provost, planificateur financier et actuaire fiscaliste, vice-président... (Photo fournie par la firme Planium)

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Dany Provost, planificateur financier et actuaire fiscaliste, vice-président de Planium.

Isabelle Ducas, collaboration spéciale
La Presse

Alors qu'il était employé municipal, Mathieu a cotisé pendant 11 ans à un généreux régime de retraite à prestations déterminées. Il a quitté son emploi il y a quelques mois et travaille maintenant dans le domaine de la construction. Comme tout salarié dans la même situation, il fait face à un dilemme: doit-il retirer les sommes accumulées dans son régime de retraite pour les placer dans un compte de retraite immobilisé (CRI) ou ne pas y toucher et être certain de bénéficier d'une rente de retraite garantie?

Mathieu, 38 ans et père de deux jeunes enfants, veut bien sûr s'assurer d'obtenir le meilleur revenu possible pour ses vieux jours. Mais il voudrait aussi que, s'il meurt, sa femme et ses enfants puissent recevoir l'argent de ses rentes.

Son nouvel emploi lui offre aussi un régime de retraite intéressant. Sa conjointe, Ariane, bénéficie également d'un régime de retraite au travail. Cependant, Mathieu n'est pas certain de conserver son emploi encore bien des années. Avec sa petite famille, il s'est installé dans une fermette à la campagne, où il s'est lancé dans la culture fruitière. Si l'expérience lui plaît, il pourrait décider d'en faire son gagne-pain.

Alors, que devrait-il faire? Ne pas toucher à son régime de retraite, et recevoir à 65 ans une rente de 12 000$ (en dollars d'aujourd'hui)? Ou en retirer les fonds - qui totalisent 165 000$ - pour les placer dans un CRI qu'il devra gérer lui-même? Nous avons posé la question au planificateur financier Dany Provost, vice-président de la firme Planium.

D'entrée de jeu, M. Provost, qui est aussi actuaire et fiscaliste, souligne qu'il est généralement plus avantageux pour les travailleurs bénéficiant d'un régime de retraite à prestations déterminées de ne pas retirer les sommes accumulées au moment où ils changent d'emploi, mais de plutôt attendre leur retraite pour toucher leur rente.

Le spécialiste ajoute cependant que chaque régime de retraite a ses règles et ses particularités, qu'il faut scruter avec attention. Il s'est donc penché sur celui de Mathieu pour tenter de vérifier si son hypothèse s'avérait fondée. Surprise: dans ce cas-ci, l'ancien employé municipal pourrait faire une bonne affaire en transférant sa cagnotte dans un CRI.

Pour en arriver à cette conclusion, Dany Provost a vérifié quels rendements Mathieu devrait obtenir sur les sommes placées dans un CRI pour s'assurer d'avoir un revenu équivalent à la rente qui lui serait versée par le régime de retraite de son ancien employeur. Évidemment, il y a une différence majeure entre les deux: un régime de retraite à prestations déterminées assure un revenu à Mathieu jusqu'à sa mort - et même jusqu'à la mort de sa conjointe, s'il choisit une rente réversible -, tandis qu'avec un CRI, s'il vit très vieux, il y a un risque qu'il épuise son capital.

Mathieu ne sait évidemment pas à quel âge il va mourir. Dany Provost a donc utilisé des probabilités pour faire sa démonstration. Par exemple, les risques que Mathieu soit mort à 84 ans sont de 50%. S'il meurt à cet âge, son CRI devrait avoir généré un rendement de 3,27% pour lui procurer des revenus équivalents à sa rente d'employé municipal, soit 12 000$, en dollars d'aujourd'hui. S'il meurt à 100 ans - il a 2% de chances de vivre jusqu' à cet âge -, il devrait avoir obtenu un rendement de 4,19% pour obtenir un revenu équivalent. Or, le planificateur financier estime que Mathieu peut espérer un rendement de 4,3% sur ses placements. Son CRI, s'il est bien administré, pourrait donc s'avérer plus payant que son régime de retraite.

De plus, en cas de mort, le CRI peut être transféré sans impact fiscal au conjoint survivant. Au décès du second conjoint, les actifs, une fois l'impôt payé, vont aux héritiers. La rente du régime de retraite, par contre, ne sera versée au conjoint que si Mathieu a choisi une rente réversible, qui lui procurera cependant un revenu moins élevé de son vivant. Par exemple, une rente réversible à 50% (qui signifie qu'Ariane recevrait la moitié de la rente de Mathieu à sa mort) donnerait un revenu annuel de 11 300$ à Mathieu pour la durée de sa retraite. Si la rente est réversible à 100%, elle s'élèverait à 10 700$ (toujours en dollars d'aujourd'hui).

Mathieu doit aussi tenir compte d'autres facteurs dans sa décision, comme l'âge prévu de sa retraite, la flexibilité dont il a besoin, la situation de sa conjointe, ses autres sources de revenus et l'âge possible de sa mort. «Chacune des deux options comporte des avantages et des inconvénients», souligne Dany Provost. Le CRI, par exemple, offre une plus grande flexibilité dans les retraits et une plus grande valeur successorale en cas de mort à court ou moyen terme, note le planificateur financier. «Par contre, la rente du régime de retraite offre la tranquillité d'esprit, et ça, parfois, ça n'a pas mettre de prix», ajoute-t-il.

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