Les défis de la retraite pour un couple de travailleurs autonomes

Éric F. Gosselin, planificateur financier.... (PHOTO ARMAND TROTTIER, LA PRESSE)

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Éric F. Gosselin, planificateur financier.

Isabelle Ducas, collaboration spéciale
La Presse

Les travailleurs autonomes sont de plus en plus nombreux au Québec: ils représentent environ 15% de la population active. En plus de vivre avec des revenus parfois irréguliers, ils ne peuvent compter que sur leurs propres épargnes quand vient le moment de la retraite.

Véronique, 60 ans, et son conjoint Alain, 56 ans, sont justement dans cette situation: ils sont tous les deux pigistes dans le secteur des médias. Toutefois, ils n'envisagent pas la retraite de la même façon. Alain n'a pas l'intention d'accrocher ses patins de sitôt. Il adore son boulot et ne pense pas arrêter avant 75 ans. C'est de famille: son père travaille toujours à 80 ans.

Sa conjointe voit les choses autrement: elle aimerait travailler à mi-temps pour les quatre prochaines années, avant de prendre sa retraite à 65 ans. «J'ai un léger handicap, explique Véronique. L'équipe avec laquelle je travaille depuis plusieurs années a trouvé des façons de m'accommoder, mais ce projet risque de se terminer bientôt. Et je trouverais difficile de m'intégrer à une nouvelle équipe. Je voudrais donc travailler à domicile, en prenant seulement quelques contrats.»

Mais Véronique s'inquiète de l'impact d'une baisse de ses revenus sur leur niveau de vie. Et elle se demande à quoi ressemblera sa retraite, étant donné l'épargne qu'elle a accumulée dans ses REER. «Je sais que nous aurions dû épargner plus, mais, comme pigistes, avec des revenus qui fluctuent, des périodes de chômage, ce n'est pas toujours facile», souligne Véronique.

14 ans d'écart entre les retraites

Le planificateur financier Éric F. Gosselin s'est penché sur la situation du couple, pour lui permettre d'y voir plus clair. Actuellement, les revenus de travailleurs autonomes de Véronique et d'Alain totalisent 137 000$, soit environ 99 000$ après impôts. Le couple n'a pas évalué quel serait son coût de vie à la retraite. Mais sa situation est un peu particulière, remarque M. Gosselin. «Dans la plupart des cas, les couples ont plutôt tendance à synchroniser la prise de leur retraite, à quelques mois près,» dit-il. Ce n'est pas le cas de Véronique et d'Alain, qui planifient de prendre leur retraite respective avec 14 ans d'écart. Ce n'est pas un problème, au contraire: puisque Alain a l'intention de travailler beaucoup plus longtemps, il pourra cotiser à ses REER sur une plus longue période et repoussera le moment où il devra s'en servir.

Si Alain reste réellement au boulot jusqu'à 75 ans et que Véronique travaille à temps plein jusqu'à 65 ans, leur épargne sera suffisante pour leur assurer une retraite sans souci. Ils peuvent aussi compter tous les deux, à partir de 65 ans, sur une petite rente du Régime de retraite des employés du gouvernement et des organismes publics (RREGOP) - 3200$ pour elle, 8700$ pour lui. Éric F. Gosselin a évalué leur coût de vie à 74 000$ par année après la retraite de Véronique, au moment où les marges de crédit et l'hypothèque seront remboursées, que Véronique cessera de contribuer à ses REER et que la fille d'Alain, encore aux études actuellement, n'aura plus besoin de l'aide financière de son père.

Par contre, si on modifie l'un des éléments de l'équation, l'équilibre est rompu, souligne le planificateur financier. «Par exemple, si Alain est contraint d'arrêter de travailler à 70 ans pour des raisons de santé, le couple devrait vendre son condo en 2034, quand Alain aurait 78 ans, pour payer l'épicerie», dit-il. Même chose si les revenus d'Alain diminuent, ou si Véronique décide de travailler moins dès l'an prochain et qu'elle puise dans ses REER pour compenser la baisse de ses revenus: l'épargne-retraite serait alors épuisée trop rapidement. Cependant, si Alain augmente ses cotisations à son REER, en les faisant passer de 4000$ à 10 000$ par année par exemple, ils peuvent cesser de travailler plus tôt sans problème.

Une décision commune

Avant de prendre une décision, Véronique et Alain devraient d'abord avoir une bonne discussion: sont-ils prêts tous les deux à diminuer leurs dépenses pour que Véronique puisse travailler moins? Si oui, Alain doit aussi accepter d'assumer une proportion encore plus grande des dépenses du couple.

S'ils ne souhaitent pas réduire leur train de vie, ou si Alain n'est pas d'accord pour augmenter sa contribution aux dépenses communes, Éric F. Gosselin suggère un compromis: Véronique pourrait demander ses prestations de la Régie des rentes du Québec dès 60 ans - elle aura droit à 7600$ par année - et réduire ses revenus de travail d'autant. Mais il ne s'agirait là que d'une réduction de 15% de son temps de travail.

Si Véronique tient absolument à travailler deux fois moins, sans réduction du coût de vie, M. Gosselin lui recommande alors d'utiliser une marge de crédit hypothécaire pour combler le manque à gagner. La marge de crédit serait alors remboursée seulement au moment de la vente du condo. Même si elle doit payer des intérêts sur cet emprunt, cela est moins coûteux que l'impôt qu'elle devrait payer si elle retirait les mêmes sommes de son REER, souligne le planificateur financier.

La passion d'Alain pour son travail et sa volonté de s'y consacrer encore longtemps sont de bonnes nouvelles pour les finances familiales. Mais Véronique doit aussi être consciente que, en cas de rupture, elle risque d'être mal prise, fait remarquer le planificateur financier. Elle a donc intérêt à tenir compte de ce facteur au moment de prendre sa décision.

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