Retraite: dur retour à la réalité après un projet avorté

Sophie Labonne, planificatrice financière.... (Photo Alain Roberge, La Presse)

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Photo Alain Roberge, La Presse

Sophie Labonne, planificatrice financière.

Isabelle Ducas, collaboration spéciale
La Presse

La dolce vita sous le soleil des tropiques: voilà ce qu'Eduardo avait en tête lorsqu'il a pris sa retraite en 2002, à 55 ans. L'ancien informaticien a alors liquidé ses biens et s'est envolé pour l'Amérique centrale avec l'intention de s'y installer. Mais son rêve de hamac et de pina colada a tourné court.

«J'aurais voulu devenir résidant permanent là-bas, mais les autorités de l'immigration me demandaient d'avoir une source de revenus garantie à vie,» explique Eduardo, qui est divorcé et père d'une fille adulte. Or, avant de partir, il avait retiré les sommes accumulées dans le régime de retraite qu'il détenait avec son ancien employeur pour les placer dans un compte de retraite immobilisé (CRI). Ses revenus n'étaient donc pas garantis à vie.

Eduardo est revenu au Québec après un an et a acheté un condo pour s'y installer. Mais il a bien vite réalisé que ses épargnes étaient insuffisantes. «J'aurais eu assez d'argent pour subvenir à mes besoins dans un pays où le coût de la vie est plus faible, mais pas ici», dit-il. Il s'est donc trouvé un emploi à temps partiel, 10 mois par année.

Malgré le salaire qu'il reçoit, Eduardo est encore inquiet pour ses vieux jours. Il sait qu'il ne pourra conserver son condo, mais il tente aussi de trouver une stratégie lui permettant de recevoir le supplément de revenu garanti (SRG) offert par le gouvernement fédéral aux personnes âgées à faible revenu. Il veut s'assurer de prendre la meilleure décision possible. Il a déjà commis une erreur lourde de conséquences depuis le début de sa retraite, il ne voudrait pas en faire d'autres.

«Le cas d'Eduardo démontre à quel point il est important d'avoir un plan financier avant de faire des projets de retraite», souligne Sophie Labonne, planificatrice financière pour la Banque Scotia, à qui nous avons soumis les questionnements de notre lecteur. «S'il avait obtenu les renseignements pertinents avant de prendre sa retraite et de partir pour le Costa Rica, il aurait pu maintenir son régime de retraite auprès de son employeur.»

Maintenant, il faut réparer les pots cassés. Mme Labonne a donc examiné les intentions d'Eduardo. Le retraité voudrait si possible maintenir son revenu actuel d'environ 33 000$ par année et cesser de travailler dans trois ans. Il songe à utiliser ses REER (25 000$ cette année et 25 000$ et 2013) pour diminuer son prêt hypothécaire. Puis, il compte vendre son condo en 2014 et utiliser 100 000$ provenant de cette transaction pour acheter une rente prescrite auprès d'une compagnie d'assurance, qui lui fournirait un revenu annuel de 7254$. Cette stratégie permettrait à Eduardo de recevoir le SRG pendant trois ans.

Une rente prescrite permet d'obtenir un revenu garanti, stable pour toute la durée du contrat, provenant du capital initial et des intérêts de placements. Seule la portion de revenu en intérêts est imposable et prise en compte dans le calcul de l'admissibilité au SRG. C'est pour cette raison que le retraité serait admissible à ce programme fédéral.

Mais tout bien calculé, il n'est pas certain que cela soit la meilleure stratégie pour lui, selon Sophie Labonne. Elle a calculé les revenus que pourrait recevoir le retraité dans les prochaines années, de la Régie des rentes du Québec (RRQ), de la sécurité de la vieillesse, de sa rente prescrite et du SRG: 21 650$ en 2015, 25 150$ en 2016 et 2017, 33 300$ en 2018 et 30 300$ en 2019. Il toucherait 3500$ du SRG en 2016 et 2017, et 3200$ en 2018. «Dans le seul but d'obtenir le SRG pendant trois ans, Eduardo se retrouve avec de très faibles revenus pendant deux années, souligne la planificatrice financière. La rente prescrite n'est peut-être pas une bonne idée dans son cas, parce qu'elle est irréversible et irrévocable. S'il a besoin d'un montant d'argent à cause d'une urgence, il n'aura pas accès à des retraits supplémentaires, ni à des changements dans les versements mensuels, car aucune modification n'est permise.» De plus, le retrait des REER pour réduire le montant de l'hypothèque s'accompagne d'une facture fiscale importante.

Mme Labonne note aussi que, même si les programmes gouvernementaux semblent attrayants, leurs règles peuvent changer à tout moment. «Fonder ses décisions financières sur ces programmes peut être dangereux, dit-elle. Comme planificatrice financière, je prône plutôt l'autonomie. Il faut miser d'abord sur soi-même, par l'épargne et la détention d'actifs.»

La planificatrice financière suggère un autre plan de match à Eduardo: la vente de son condo en 2015, l'investissement du produit de la vente (95 000$) dans des placements, desquels il retirerait 5700$ par année, et la conversion des REER en FERR (fonds enregistré de revenu de retraite). Ses revenus s'élèveraient ainsi à 29 600$ par année. «Il ne réussirait pas à maintenir son revenu de 33 000$, ni à recevoir le SRG, mais ce scénario lui procurerait des revenus stables, tout en lui offrant la flexibilité nécessaire pour avoir accès à ses actifs en cas d'imprévu, dit Sophie Labonne. Après toutes les péripéties vécues par Eduardo depuis le début de sa retraite, un peu de stabilité serait certainement bienvenue!»

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