Travailleur autonome: s'incorporer ou pas?

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Gaétan Veillette, fellow administrateur agréé et planificateur financier, Services financiers Groupe Investors.

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Il y a un demi million de travailleurs autonomes au Québec, soit 15% de la population active. Être son propre patron comporte de nombreux avantages, mais aussi quelques inconvénients, comme des revenus qui fluctuent au gré des contrats et des commandes, ce qui peut amener son lot de stress et de sueurs froides. Comment adapter sa gestion financière à une telle réalité? Y a-t-il des stratégies qui peuvent s'avérer bénéfiques pour les travailleurs autonomes? Par exemple, faut-il s'incorporer, c'est-à-dire créer une entreprise pour chapeauter ses activités professionnelles, même si on travaille seul?

Ce sont les questions que se pose Philippe, 43 ans, de Québec. Il y a deux ans et demi, Philippe a fait le grand saut: il a laissé son emploi pour se lancer à son compte. Fini le chèque de paye qui rentrait chaque semaine dans son compte en banque. Fort d'une expérience de plus de 20 ans dans son domaine, la publicité, et en y mettant beaucoup d'énergie, il n'a pas mis trop de temps à dégoter de lucratifs contrats.

Mais voilà que l'année dernière, il a perdu son plus gros client, dont les contrats lui procuraient des revenus d'environ 35 000$ par an. Au même moment, un autre client important réduisait ses commandes d'environ 12 000$. Manque à gagner: 47 000$. «Je ne m'attendais pas à ça et je n'avais pas de marge de manoeuvre financière, raconte le publicitaire. Ce fut une période très stressante, et je me pose maintenant de nombreuses questions sur les stratégies à employer pour me prémunir contre les coups durs.»

Gaétan Veillette, Fellow Administrateur agréé et planificateur financier au Groupe Investors, s'est penché sur les questions de Philippe, notamment la pertinence de s'incorporer. Sa réponse: oui, Philippe aurait intérêt à créer une société. «Comme il est encore jeune et a l'intention de travailler plusieurs années à son compte, il y a certains avantages pour lui, dit M. Veillette. Si ses revenus étaient inférieurs à 50 000$, ou s'il s'agissait d'une personne qui s'approche de la retraite, ma recommandation serait différente.»

L'incorporation consiste à créer une société par actions (SPA), une entité indépendante de son propriétaire (ou actionnaire), le travailleur autonome. À partir de ce moment, c'est la SPA qui génère des revenus. Elle verse ensuite un salaire ou des dividendes au travailleur autonome.

La création d'une SPA comporte plusieurs avantages, souligne Gaétan Veillette, notamment au point de vue fiscal. L'entreprise de Philippe serait admissible à la déduction pour petite entreprise, qui viendrait réduire son taux d'imposition: le taux combiné de l'impôt fédéral et provincial s'établirait à 19% sur les revenus de la société.

Ensuite, l'entreprise verserait à Philippe sa rémunération. Le planificateur financier recommande à Philippe de se verser un salaire de 50 100$, pour maximiser ses droits aux prestations de la Régie des rentes du Québec (RRQ). Le reste de sa rémunération serait versé sous forme de dividendes. Il y a bien sûr des impôts à payer sur ces revenus, mais il y aurait un léger avantage pour Philippe à procéder de cette façon, selon M. Veillette.

L'expert suggère aussi une autre stratégie: le fractionnement des revenus de l'entreprise avec des membres de sa famille ayant un taux d'imposition inférieur. Philippe a deux enfants: une fille qui a tout juste 18 ans, et un garçon de 14 ans. «Par exemple, il peut intégrer sa fille majeure dans l'actionnariat et lui verser des dividendes de façon discrétionnaire, explique M. Veillette. Comme sa fille a des revenus peu élevés, son taux d'imposition est plus faible.»

Gaétan Veillette note enfin un autre bénéfice de la SPA: en cas de poursuite ou de difficulté financière, c'est la compagnie qui est responsable, et non pas ses actionnaires. C'est une façon pour un individu de protéger son patrimoine personnel. Toutefois, l'actionnaire est souvent forcé de devenir garant sur le plan personnel d'emprunts ou d'engagements de la SPA.

S'il décide de créer une société, Philippe devra prévoir des honoraires professionnels de 1500 à 2500$. Il doit aussi s'attendre à plus de formalités administratives, qui peuvent demander plus de temps. Par exemple, deux déclarations de revenus distinctes devront être remplies, une pour lui et une pour la société.

«À long terme, Philippe sortirait gagnant de la création d'une société par actions, à cause de la combinaison de plusieurs facteurs, conclut M. Veillette. Il devrait se retrouver avec plus d'argent dans ses poches, après le paiement de ses impôts.» De plus, s'il décide de laisser certaines sommes dans sa corporation, elles pourraient lui servir de fonds de retraite, ajoute-t-il.

Maintenant, il ne reste plus qu'à trouver pour l'entreprise de Philippe un nom digne de ses ambitions!LA QUESTIONPhilippe, 43 ans, séparé, père de deux enfants de 14 et 18 and, s'est lancé à son compte il y a plus de deux ans. Il constate que ses revenus de travailleur autonome peuvent être très variables. Serait-il avantageux pour lui de s'incorporer, créant une entreprise pour chapeauter ses activités professionnelles?

 

 

GAÉTAN VEILLETTE, Fellow Administrateur agréé et planificateur financier,

Groupe Investors.

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