Krach pétrolier: du plus et du moins en Bourse

Benoit Brillon, chef des placements Gestion de portefeuille... (PHOTO OLIVIER PONTBRIAND, ARCHIVES LA PRESSE)

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Benoit Brillon, chef des placements Gestion de portefeuille Landry.

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Chaque semaine, un financier répond à nos questions. Il donne sa lecture des marchés, offre son point de vue sur la Bourse et lance quelques conseils d'investissement. Cette semaine, Benoit Brillon, chef des placements à Gestion de portefeuille Landry, à Montréal.

À votre avis, quel est l'événement le plus significatif des derniers jours à la Bourse ?

J'en vois deux qui concernent la Bourse canadienne, particulièrement bousculée depuis le début de l'année.

Le premier, c'est la baisse importante du prix du pétrole, qui s'est accentuée, même, à un point - autour de 45 $US le baril - qui risque de causer de gros problèmes pour les flux de trésorerie des entreprises du secteur pétrolier. Et parmi les plus endettées de ces entreprises, ça devient périlleux pour l'avoir de leurs actionnaires.

Le deuxième élément significatif, c'est la conjoncture encore plus compliquée pour l'évolution des taux d'intérêt au Canada, en raison de l'impact de la chute des revenus pétroliers sur l'économie, mais aussi sur l'évolution des pressions inflationnistes.

C'est dans ce contexte trouble que l'on a vu, la semaine dernière, le taux des obligations Canada 10 ans passer sous 1,5 %, ce qui est inférieur au taux d'inflation.

Ce que ça signifie, c'est que le risque de déflation s'accroît. Et la déflation, c'est très mauvais, voire dangereux pour les marchés boursiers et les efforts de relance de la croissance économique.

Quel indicateur suivez-vous le plus attentivement en ce moment ?

À court terme, c'est le prix du pétrole en raison de l'influence considérable de ce secteur sur la Bourse canadienne et en particulier sur l'évolution du bénéfice par action consolidé pour l'indice S & P/TSX. Avec le pétrole à moins de 50 $US le baril, la baisse de profit de l'indice pourrait atteindre de 15 % à 20 %. C'est majeur, et ça pèse déjà lourdement sur la Bourse canadienne.

En second lieu, je surveille les principaux indicateurs avancés de l'économie américaine, parce qu'elle demeure la locomotive de l'économie mondiale.

En troisième lieu, je surveille aussi les indicateurs de l'économie européenne. La conjoncture y demeure très difficile et l'on attend encore un programme de stimulation de la Banque centrale européenne (BCE).

Mais là, après plusieurs mois de discussions parfois tendues entre les principaux pays d'Europe, tout indique que la BCE annoncera enfin un programme de stimulation à sa prochaine rencontre, le 22 janvier.

Que feriez-vous avec plusieurs milliers de dollars à investir ?

Tant que les marchés sont aussi volatils, il faut être un peu plus prudent avec de nouveaux placements. Je préfère donc les actions de grandes entreprises américaines qui sont bien établies dans leur marché aux États-Unis, mais aussi dans l'économie mondiale.

Dans les marchés outre-mer, je vois les occasions de placement les plus intéressantes du côté des grandes entreprises européennes, qui sont les mieux positionnées pour profiter de la croissance de l'économie mondiale. D'autant plus que cette croissance sera bonifiée très bientôt par la baisse du prix du pétrole.

À la Bourse canadienne, mon intérêt se limite aux entreprises d'envergure et de haute qualité dans leur secteur, mais dont les actions ont été trop dépréciées récemment. De telles occasions de placement commencent à émerger parmi les grandes entreprises pétrolières, notamment.

À l'opposé, quel placement évitez-vous ces temps-ci ?

D'emblée, les obligations négociables à long terme et à faible taux d'intérêt sont à éviter en raison de leur rendement courant presque nul, mais aussi de leur risque de dépréciation lorsque surviendra la hausse des taux.

Par ailleurs, il faut faire attention à tous les placements dont le rendement peut être compromis par la rechute des cours du pétrole et des matières premières.

Dans l'industrie pétrolière, le pire de la dépréciation des actions d'entreprises a sans doute eu lieu. Mais il faut surveiller les autres effets de cette crise des revenus pétroliers, dans l'Ouest canadien d'abord, mais aussi dans toute l'économie canadienne.

Entre autres choses, j'éviterais d'investir dans tout ce qui touche l'immobilier résidentiel au Canada, d'autant plus que ce marché est considéré comme l'un des plus chers au monde selon diverses analyses comparatives.

Qu'est-ce que les marchés sous-estiment le plus, actuellement ?

À mon avis, les investisseurs n'ont pas encore déterminé de façon claire quels pays et quels secteurs de l'économie seront les gagnants ou les perdants de la chute du prix du pétrole et des matières premières.

Pourtant, avec le pétrole à moins de 50 $US le baril, des analyses macro-économiques suggèrent une bonification d'au moins 1 % du taux de croissance annuel de l'économie mondiale.

C'est considérable. Et ça laisse présager un impact positif sur la croissance des revenus et des profits des entreprises qui sont les plus présentes sur les marchés internationaux.

Mais aussi, pour les investisseurs canadiens, c'est une autre raison d'augmenter la part internationale de leurs placements boursiers, afin d'éviter la longue période de sous-performance qui s'annonce sur la Bourse canadienne.

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Benoit Brillon est chef des placements à Gestion de portefeuille Landry. Cette firme montréalaise d'expérience a 200 millions en actifs sous gestion qui proviennent de sa propre gamme de fonds d'investissement, ainsi que de clients institutionnels.

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