Changement de garde observé

Benoit Mayer-Godin, d'Alizé Capital.... (Photo Bernard Brault, La Presse)

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Benoit Mayer-Godin, d'Alizé Capital.

Photo Bernard Brault, La Presse

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Richard Dufour

Chaque dimanche, un financier répond à nos questions. Il donne sa lecture des marchés, offre son point de vue sur la Bourse et lance quelques conseils d'investissement. Cette semaine, Benoit Mayer-Godin, d'Alizé Capital.

Quel a été l'événement le plus significatif des derniers jours en Bourse?

La saison des bénéfices est très importante. Le grand nombre d'entreprises annonçant leurs résultats ces jours-ci, principalement aux États-Unis, nous permet de réévaluer la qualité de nos positions. Depuis le début du mois de mars, un nombre élevé de ces sociétés avaient prévenu que leurs bénéfices seraient moins élevés qu'attendu, car l'hiver rigoureux a ralenti l'ardeur des consommateurs, selon plusieurs. Résultat, au moment de lancer la saison il y a deux semaines, les attentes étaient pour une croissance quasi nulle des bénéfices du S & P 500 (par rapport au premier trimestre de l'an dernier).

Pour la deuxième semaine, nous observons une plus grande quantité de surprises positives : Netflix, Harley-Davidson, Apple et Facebook sont quelques exemples. Somme toute, ces bons résultats et la résilience de l'économie mondiale au premier trimestre expliquent en partie le retour des indices boursiers près des sommets historiques cette semaine. À la suite d'un début de mois difficile, nous constatons encore qu'une certaine ambivalence habite les places boursières, et ce, depuis quelques semaines déjà.

Quel indicateur suivez-vous le plus attentivement?

En ce moment, nous suivons attentivement le NASDAQ, et plus particulièrement la « nouvelle » technologie. Tout comme certaines entreprises à la mode du secteur de la santé, ces titres de croissance à haut bêta ont connu une très forte progression depuis quelque temps. Un exemple est le fonds négocié en Bourse (FNB) de médias sociaux globaux SOCL, qui a atteint un sommet de 23 $ US au début du mois de mars, après une progression de 85 % en 15 mois. Depuis, le titre est en recul de plus de 20 % à ce jour. Même constat du côté du NASDAQ, en recul de 6 % sur la même période.

Depuis la crise financière de 2008, cet indice à forte pondération en technologie et en santé a surpassé haut la main le S & P 500, beaucoup plus représentatif de l'économie en général. Le phénomène s'est même amplifié en 2013, mais une cassure s'opère, depuis le début du mois de mars, au profit des titres de valeur.

SOCL est-il un indicateur avancé des titres de croissance ? Est-ce que le comportement du NASDAQ depuis sept semaines est précurseur de temps difficiles pour les marchés en général ? Nous croyons qu'une baisse du NASDAQ sous les 4000 points pourrait être précurseur d'un déclin plus important pour l'ensemble du marché.

Que feriez-vous avec plusieurs milliers de dollars à investir?

Dans ce contexte de transition, nous continuons de privilégier une approche diversifiée et prudente. Depuis quelques semaines, nous avons légèrement revu à la baisse notre allocation en actions. Pour ces raisons, je recommande le maintien d'un portefeuille bien équilibré par catégories d'actifs, mais avec un niveau de risque légèrement inférieur à la normale. Cela étant dit, comme notre scénario principal table plutôt sur un marché en consolidation qu'en correction, nous continuons de voir de belles valeurs dans le marché boursier.

Bref, en plus de quelques banques et blue chips nord-américaines à dividendes, je favoriserais des titres offrant, entre autres, une combinaison intéressante de valeur, de croissance des bénéfices et de révision positive aux bénéfices futurs attendus. Depuis quelques mois, nous avons ajouté des titres comme EnCana, Canadian Tire, General Electric, Hewlett-Packard, Micron Technologies, Southwest Airlines, SanDisk et Goodyear Tire.

Je prêterai également une attention particulière à la gestion des risques. Chez Alizé Capital, nous utilisons certaines stratégies d'options permettant à la fois de protéger le capital et de générer du revenu excédentaire. Cela nous semble très pertinent dans l'environnement actuel.

Quel placement évitez-vous à tout prix?

D'abord, j'éviterais autant que possible de détenir un portefeuille concentré dans quelques titres ou catégories d'actifs. Mais, de façon plus précise, j'éviterais les titres à la mode de la « nouvelle » technologie et certaines biotechs, par exemple. D'ailleurs, nous observons depuis le début du mois de mars la fin des inflows massifs dans les FNB de biotechnologies globaux aux États-Unis. Du côté des « nouvelles » technologies, nous observons une certaine dichotomie entre les bons résultats de certaines sociétés et la progression des titres en Bourse.

Par exemple, après de bons résultats annoncés et des gains boursiers initiaux pour Netflix et Facebook, les titres finissent la semaine en queue de poisson. Même constat pour Amazon, avec des résultats décevants cette fois-ci. Tout cela est peut-être précurseur d'un changement de garde dans le leadership du marché. Par conséquent, nous préférons, entre autres, la « vieille » technologie à la « nouvelle » et les pharmaceutiques aux biotechs.

Du côté du revenu fixe, j'éviterais les obligations à long terme pour le reste de l'année. Nous privilégions actuellement les obligations d'entreprises de qualité et les FNB équivalents (ZCS-T, ZCM-T, etc.), de manière à pouvoir facilement ajuster les portefeuilles éventuellement.

Qu'est-ce que les marchés sous-estiment le plus?

En général, les investisseurs sous-estiment ou surestiment, selon les périodes, la volatilité des marchés. Nous suivons le VIX et d'autres indicateurs de volatilité de très près. Depuis 2011, nous pouvons compter sur les doigts d'une seule main les épisodes où le VIX a dépassé le niveau symbolique de 20. En réalisant que nous nous trouvons dans une longue période de stabilité relative depuis cette période, nous ne pouvons que conclure que le marché est extrêmement résilient. Cela ne veut pas dire que les titres sont abordables, surtout les titres « à la mode », loin de là. Disons que tout est relatif et qu'un marché relativement cher ne veut pas dire qu'il va s'effondrer à tout moment. Toutefois, les probabilités d'une correction augmentent, ça va de soi.

Bref, nous suivons de très près le niveau de confort du marché. Nous essayons de déterminer de manière approximative le point d'inflexion qui ferait basculer les marchés d'une situation « risquophile » à « risquophobe ». Quand le goût du risque disparaît ou diminue, les choses peuvent changer très rapidement. Pour l'instant, même des chars d'assaut T-80 dans les rues de Kiev ne semblent perturber personne.

***

Benoit Mayer-Godin est gestionnaire de portefeuille chez Alizé Capital, firme spécialisée en stratégies quantitatives et en dérivés. Alizé Capital offre des services de comptes gérés dans les actions nord-américaines et en revenu fixe et des stratégies d'options visant la génération de revenus additionnels ou la protection du capital. Benoit Mayer-Godin a déjà travaillé chez Fiera Capital et à la Financière Banque Nationale.

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