La Chine décevante, l'Europe attirante

Benoit Brillon est chef des placements chez Gestion de portefeuille... (PHOTO OLIVIER PONTBRIAND, ARCHIVES LA PRESSE)

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Benoit Brillon est chef des placements chez Gestion de portefeuille Landry, à Montréal. Cette firme gère des fonds d'investissement qui réunissent quelque 120 millions en actifs financiers sous gestion.

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Chaque semaine, un financier répond à nos questions. Il donne sa lecture des marchés, offre son point de vue sur la Bourse et lance quelques conseils d'investissement. Cette semaine, Benoit Brillon, chef des placements et dirigeant-actionnaire chez Gestion de portefeuille Landry, à Montréal.

À votre avis, quel est l'événement le plus significatif des derniers jours à la Bourse?

J'en vois deux d'impact équivalent. D'une part, les données de l'emploi en fin d'année aux États-Unis et au Canada qui ont été publiées vendredi.

D'autre part, la mise à jour au début de la semaine des statistiques économiques en Chine, qui laissent entrevoir que le regain de croissance y tardera encore.

En fait, sous les 7 % par an, la croissance en Chine demeure insuffisante par rapport à son besoin de création d'emplois. Ça nuit aussi aux objectifs du gouvernement de rediriger les investissements de l'immobilier vers la production industrielle et la consommation intérieure.

De plus, on a vu l'impact négatif immédiat des statistiques chinoises décevantes sur les prix des matières premières et, par ricochet, la valeur du dollar canadien.

Quant à l'emploi en Amérique du Nord, la tendance aux États-Unis demeure positive pour l'économie malgré les chiffres de décembre un peu inférieurs aux attentes immédiates. Mais ces chiffres seront sans doute révisés en hausse dans un mois, après les ajustements dus aux intempéries hivernales.

Au Canada, les chiffres d'emploi de décembre étaient vraiment négatifs, ce qui a provoqué un autre recul du dollar canadien.

De toute évidence, ça ne va plus très bien au Canada par rapport au reste du monde, en particulier le voisin américain. En revanche, la baisse de notre dollar pourrait bénéficier à moyen terme aux secteurs d'exportation, après quelques années difficiles.

Quel indicateur suivez-vous le plus attentivement en ce moment?

Après les bons gains boursiers des derniers trimestres, je suis encore plus attentif aux indicateurs avancés liés à l'économie, plutôt que ceux liés aux marchés boursiers et financiers.

D'autant plus que les Bourses sont à risque d'une brève correction dès qu'une statistique économique importante à court terme serait moins positive qu'attendu.

Dans ce contexte, les données sur l'emploi demeurent des indicateurs économiques incontournables. Toutefois, je suis la tendance sur quelques mois au lieu d'accorder trop d'attention aux données mensuelles, avant les ajustements subséquents.

Par ailleurs, pour un indicateur plus complet, je suis surtout le «US Leading Index» de l'économie américaine qui est géré par la firme Economic Cycle Research Institute, et qui est facilement accessible sur son site internet.

De mon expérience en placements, et comme économiste de formation, cet indicateur avancé de l'ECRI est très puissant pour anticiper de quelques mois l'état de l'économie la plus influente sur les marchés boursiers.

Que feriez-vous avec plusieurs milliers de dollars à investir?

Malgré les gains forts récemment, je demeure surpondéré en actions, mais sur les Bourses des économies développées.

Selon les régions, l'Europe a ma préférence parce que le potentiel de hausse de bénéfices des entreprises - prévu autour de 40 % cette année - est beaucoup plus élevé que chez les entreprises de la Bourse américaine.

Aussi, les Bourses européennes demeurent moins chères qu'aux États-Unis, où le regain de l'après-récession est beaucoup plus avancé. En Europe, les entreprises entament le cycle de redressement de leurs profits, d'où leur meilleur potentiel de regain boursier.

Cela dit, la Bourse américaine demeure intéressante, surtout dans les secteurs qui profitent le plus du regain de croissance économique aux États-Unis (consommation, industries, services financiers).

En contrepartie, je demeure sous-pondéré en actions canadiennes en raison surtout du cycle baissier qui se prolonge dans les matières premières, qui sont très influentes à la Bourse canadienne.

Quant aux marchés émergents, dont la Chine, je préfère attendre un regain de croissance économique avant d'y investir et de mieux cerner le potentiel de rendement. C'est à suivre au cours des prochains mois.

Quel placement évitez-vous ces temps-ci?

Avec le redressement généralisé des marchés, il y a de moins en moins de placements à éviter complètement. Même le rendement des titres obligataires s'est amélioré, après quelques années de déprime.

Cela dit, au moins jusqu'en mi-année, je demeure prudent avec les placements dans les matières premières, de même que les marchés émergents et la Chine.

À mon avis, il y a encore trop de risques de recul accentué dans ces marchés, même après trois ans de sous-performance globale.

Par ailleurs, même si ça anime l'actualité financière ces temps-ci, j'évite totalement tout ce qui est lié à la folie des bitcoins. C'est une énorme farce, toute cette histoire de monnaie virtuelle.

Qu'est-ce que les marchés sous-estiment le plus actuellement?

Ça concerne surtout les investisseurs canadiens parce qu'il s'agit du risque de dévaluation accentuée de notre dollar.

Il a déjà perdu de deux à trois cents en quelques semaines par rapport au dollar américain. Et je ne serai pas surpris de voir ce repli s'accentuer sous les 85 cents US d'ici la fin de cette année, avant de se stabiliser autour de 86 à 87 cents.

Pourquoi?

À court terme, il y a le prolongement du cycle baissier des matières premières, y compris le pétrole de l'Ouest dont les Américains ont de moins en moins besoin grâce à leur boom du pétrole et du gaz de schiste.

À moyen terme, le repli du dollar canadien est accentué par le déficit persistant de la balance commerciale (importations-exportations) de l'économie canadienne. Ce déficit commercial démontre l'impact d'un dollar canadien fort depuis quelques années, lequel a grandement nui à toutes les entreprises d'exportation de biens et services.

Pour les investisseurs canadiens, c'est aussi le temps de faire des placements envisagés à l'étranger, en dollars américains notamment, avant qu'ils deviennent plus coûteux avec l'élévation du taux de change.

***

Benoit Brillon est chef des placements et co-actionnaire chez la firme montréalaise Gestion de portefeuille Landry depuis presque deux ans. Il s'est associé à son fondateur d'expérience, Jean-Luc Landry, et la Corporation financière Champlain afin d'y déployer un nouveau plan d'affaires de croissance dans la gestion de portefeuilles institutionnels.

Économiste et analyste financier certifié (CFA), Benoit Brillon a une quinzaine d'années d'expérience en gestion de placements chez des firmes multimilliardaires en actifs gérés comme Natcan (Banque Nationale) et Selexia.

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