Quand le brouillard économique persiste...

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À titre de vice-président exécutif et chef stratège... (PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE)

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À titre de vice-président exécutif et chef stratège économique chez Addenda Capital, Benoît Durocher est responsable de l'établissement du scénario économique global de la firme, sur lequel repose sa stratégie de placement.

Chaque samedi, un financier répond à nos questions. Il donne sa lecture des marchés, offre son point de vue sur la Bourse et lance quelques conseils d'investissement. Cette semaine, Benoît Durocher, vice-président exécutif et chef stratège économique chez Addenda Capital.

À votre avis, quel est l'événement le plus significatif des derniers jours à la Bourse?

Je reculerais sur un mois, en fait. Et c'est toute l'attention qui se maintient sur les énoncés de la Réserve fédérale américaine (Fed) concernant sa poursuite ou non des achats de titres obligataires du gouvernement des États-Unis et de ses agences de garantie de prêts hypothécaires (la «détente quantitative», à raison de 85 milliards US par mois). Aussi, ces énoncés de la Fed font de plus en plus écho à l'étranger, notamment à la Banque d'Angleterre, maintenant dirigée par le Canadien Mark Carney.

Le suivi des énoncés de la Fed est important parce que les marchés boursiers ont tiré profit des programmes des banques centrales, qui ont injecté beaucoup de liquidités dans l'économie et favorisé le regain de valeur de nombreux actifs.

Néanmoins, j'estime que les valeurs boursières demeurent correctes en fonction des multiples cours-bénéfice. Aussi, la plupart des grandes entreprises ont un bilan solide et des liquidités abondantes, même si elles hésitent encore à investir à des fins productives.

Quel indicateur suivez-vous le plus attentivement en ce moment?

Je surveille surtout les indicateurs liés à l'activité économique aux États-Unis et envers lesquels la Fed a établi certains objectifs, dans ses énoncés.

Entre autres, le taux de chômage que la Fed dit vouloir voir baisser autour de 7% avant de réduire ses achats de titres obligataires. C'est attendu désormais pour la mi-année en 2014.

Par ailleurs, je surveille le niveau des mises en chantier résidentielles aux États-Unis, un marché qui a profité des achats de titres des agences de garantie hypothécaire par la Fed.

Or, après une embellie, ce marché très important dans l'économie américaine semble de nouveau faire face à des vents contraires.

En parallèle, je tiens à l'oeil les données sur le crédit à la consommation aux États-Unis, qui est aussi crucial dans cette économie. Là aussi, les signaux les plus récents étaient plutôt mitigés.

Que feriez-vous avec plusieurs milliers de dollars à investir?

D'emblée, je serais méfiant envers l'évaluation des placements ou des actifs convoités, dans le contexte d'un gonflement des valeurs suscité par l'injection de liquidités dans l'économie par la Fed, qui découle de ses achats massifs de titres obligataires.

Dans ce contexte, aussi, j'éviterais les titres à revenus fixes. En contrepartie, je privilégierais les actions d'entreprises avec un bon potentiel de croissance des résultats et des dividendes. En fait, des sociétés qui sont des «leaders» dans leur marché, mais qui prennent aussi les mesures pour le demeurer.

Cela dit, je ne limiterais pas mes placements dans un marché national, aussi important soit-il. Parce que des entreprises performantes au bon potentiel de croissance se retrouvent un peu partout sur la planète, pas seulement aux États-Unis et au Canada.

Quel placement évitez-vous à tout prix?

Dans le contexte d'incertitude concernant une éventuelle remontée des taux d'intérêt, j'éviterais le marché des titres à revenus fixes comme les obligations, mais aussi les actions à dividendes fixes.

Leur rendement courant est trop peu attrayant par rapport au risque de dépréciation s'il y a un changement de politique à la Fed et une remontée des taux d'intérêt.

Par ailleurs, parmi les secteurs en Bourse, je vois plusieurs «feux jaunes» à l'intention des investisseurs. D'abord, j'éviterais les titres aurifères parce que le prix de l'or est encore très vulnérable à une éventuelle réduction des achats obligataires de la Fed, qui signalerait un renforcement de l'économie.

Sur la Bourse canadienne, je suis le plus méfiant envers les actions d'entreprises de télécommunications, étant donné l'incertitude concernant la prochaine vente de spectre de fréquences et la venue éventuelle du géant américain Verizon.

Enfin, dans les placements non boursiers, je serais prudent avant d'investir en immobilier ces temps-ci, parce que les prix risquent d'être gonflés par le long cycle de bas taux d'intérêt.

Qu'est-ce que les marchés sous-estiment le plus actuellement?

À la Bourse canadienne, c'est l'impact de la réduction de l'écart de prix entre le pétrole brut de l'Ouest canadien et celui des marchés internationaux comme le Brent.

Cet écart moins défavorable ne se reflète pas encore dans la valeur des titres pétroliers canadiens parce que les investisseurs doutent toujours de sa durabilité.

Par ailleurs, malgré leur bonne tenue récente, je crois que les marchés boursiers sous-estiment le niveau d'interrogations qui persiste sur la conjoncture économique aux États-Unis.

Aussi, un autre grand débat budgétaire s'annonce à Washington pour l'automne prochain, encore une fois sur le plafond de la dette nationale. L'issue de ce débat pourrait avoir un impact sur le programme d'achat de titres obligataires par la Fed.

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