Se méfier des marchés synchronisés

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Sylvain Ratelle, vice-président et stratège des marchés mondiaux chez Valeurs...

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Sylvain Ratelle, vice-président et stratège des marchés mondiaux chez Valeurs mobilières Banque Laurentienne.

Chaque samedi, un financier répond à nos questions. Il donne sa lecture des marchés, offre son point de vue sur la Bourse et lance quelques conseils d'investissement. Cette semaine, Sylvain Ratelle, vice-président et stratège des marchés mondiaux chez Valeurs mobilières Banque Laurentienne.

À votre avis, quel est l'événement le plus significatif des derniers jours à la Bourse?

C'est le retour soudain d'une plus grande synchronisation de la volatilité parmi les principaux marchés. D'une part entre l'Amérique du Nord et le reste du monde, d'une part parmi les principaux types d'actifs: obligations, actions. Or, une telle synchronisation survient habituellement en période de tensions accrues sur les marchés et de regain d'incertitude envers la conjoncture économique. Quand tout bouge en même temps, et dans le même sens, ça augure souvent d'un contexte difficile, sinon négatif, à moyen terme pour les investisseurs. Une telle synchronisation des marchés complique beaucoup la diversification du risque de volatilité dans un portefeuille entre les divers types de titres.

Quel indicateur suivez-vous le plus attentivement en ce moment?

Les indices de volatilité dans le marché des titres de crédit. Parce qu'ils reflètent l'impact des propos de la Fed (Réserve fédérale américaine) quant à une éventuelle normalisation des taux d'intérêt. Nous avons vu récemment que l'impact de la Fed sur les taux obligataires aux États-Unis s'est répercuté de façon plus importante dans les pays d'économies émergentes et dans les pays d'Europe encore en difficultés, comme le Portugal. Or, une remontée importante des coûts de financement dans ces pays pourrait provoquer un autre coup de frein à leur économie, avec un impact négatif sur la croissance mondiale. De plus, la remontée des taux obligataires aux États-Unis, si elle persiste, pourrait accroître l'attrait des investisseurs internationaux pour les titres de dette américains au détriment des autres marchés, en particulier les économies émergentes.

Que feriez-vous avec plusieurs milliers de dollars à investir?

Je maintiens trois principes : rechercher des titres d'émetteurs de qualité, identifier un prix d'achat raisonnable, préférer les titres à momentum haussier. Cela dit, nous sommes en période de revirement de cycle dans les marchés, alors que les taux obligataires ont amorcé une remontée après le bas niveau atteint en mai dernier. Aussi, la Fed dit que l'économie américaine s'améliore et que ça pourrait justifier une éventuelle hausse de taux. Comme investisseur, ça m'incite à réduire la pondération en titres dont la valeur est sensible aux taux d'intérêt (services publics, immobilier, obligations à long terme, etc). En contrepartie, j'augmenterais la pondération en titres sensibles à la croissance économique, comme les grandes sociétés industrielles et d'énergie, avec une préférence pour celles qui pourraient hausser leurs dividendes.

Quant à l'allocation géographique des placements, je serais surpondéré en actions américaines et européennes, mais sous-pondéré au Canada. Parce que l'économie américaine ira mieux pour l'avenir prévisible. Mais aussi parce que la Bourse canadienne est très influencée par les ressources qui, elles, sont défavorisées par la faible croissance de l'économie mondiale. Par ailleurs, je garderais un oeil sur la dépréciation boursière dans les économies émergentes. On se rapproche d'un point d'entrée, à mon avis, avec des occasions d'achat de titres de bonne valeur.

Quel placement évitez-vous à tout prix?

Dans un contexte de remontée des taux, je me méfierais des titres à revenu fixe. Surtout les obligations corporatives à taux élevé, de même que les obligations à longue échéance. Leurs prix demeurent trop élevés par rapport au risque de dépréciation marquée lorsque surviendra une remontée de taux par la Fed.Aussi, ces prix élevés se traduisent par un rendement au comptant très inférieur à leur niveau habituel, en fonction de leur risque. Par exemple, avec les obligations corporatives à haut rendement, ou «junk bonds», le rendement courant de 6 % environ est inférieur de moitié à la moyenne autour de 13 %. Cela dit, c'est important d'avoir des titres à revenu fixe, notamment à des fins de protection de capital. Mais c'est tout aussi important de ne pas les payer trop cher ! Ces temps-ci, je m'en tiendrais aux obligations à courte échéance afin de garder une flexibilité de remplacement par des titres plus rentables, au fur et à mesure que les taux remonteront.

Qu'est-ce que les marchés sous-estiment le plus actuellement?

C'est le risque de forte dépréciation des titres à rendement (obligations à taux élevés, actions à dividende élevé mais fragile) lorsque surviendra une remontée de taux d'intérêt par la Fed. Déjà, ces titres ont été très volatils et baissiers ces dernières semaines, alors que nous n'en étions qu'aux premiers signes d'une éventuelle remontée des taux, dans plusieurs mois. Cette volatilité s'est atténuée ces derniers jours. Mais je crois qu'il ne s'agit que d'une pause par rapport à ce qui surviendra lorsque les taux remonteront pour de bon. Certes, des obligations à haut rendement qui offrent un taux de 6 % paraissent avantageuses à court terme. Mais elles encourent le risque d'une dépréciation de 15 à 20 % lors d'une remontée des taux d'intérêt.

Sylvain Ratelle est vice-président et stratège des marchés mondiaux chez Valeurs mobilières Banque Laurentienne. 

Il participe à la supervision de gestion de quelque 36 milliards en actifs des clients-investisseurs de la Laurentienne. Ces actifs gérés sont répartis dans des comptes d'investissement, de courtage et des fonds communs de placement.

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