Prudence face à l'optimisme ambiant en Bourse

Marc Dalpé... (PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE)

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Marc Dalpé

Chaque samedi, un financier répond à nos questions. Il donne sa lecture des marchés, offre son point de vue sur la Bourse et lance quelques conseils d'investissement. Cette semaine, Marc Dalpé, gestionnaire de portefeuille de l'Équipe DalpéMilette, qui est associée à la firme Richardson GMP à Montréal.

En 15 ans d'expérience, M. Dalpé et ses adjoints prétendent à une cote de premier quartile en rendement comparé parmi leurs pairs. Ils gèrent quelque 500 millions en actifs financiers provenant de particuliers et d'entrepreneurs fortunés.

À votre avis, quel est l'élément le plus significatif ces temps-ci en Bourse?

Il y a un peu trop d'optimisme ambiant en Bourse par rapport à la réalité économique et les énormes défis budgétaires qui persistent dans plusieurs pays d'économie développée. Ces temps-ci, le marché ne s'intéresse qu'aux nouvelles positives alors qu'il y a beaucoup de nouvelles négatives en suspens, qui pourraient ressortir à tout moment. Par exemple, il y a une résurgence de troubles sociaux dans les pays d'Europe qui sont durement touchés par le chômage. Si ça dégénère, il faudra surveiller de près comment ces troubles pourraient freiner à nouveau les plans d'austérité budgétaire que doivent implanter ces gouvernements.

Quel indicateur suivez-vous le plus attentivement en ce moment?

Les marchés boursiers ont monté de 20% environ depuis un an. Pourtant, il n'y a rien dans les principales économies du monde qui se soit amélioré d'autant pour justifier une telle hausse des principaux indices. En fait, des grands défis économiques, financiers et budgétaires n'ont toujours pas été solutionnés, plusieurs années après la crise financière de 2008.

Avec la faible croissance économique, ça force les banques centrales à jouer comme des jongleurs d'assiettes dans un cirque, qui pourraient en échapper une avec fracas à tout moment.

En ce sens, j'estime que les marchés boursiers sont à risque d'une correction qui pourrait être déclenchée par un imprévu d'importance, en Europe notamment.

Dans ce contexte, je ne serais pas surpris de voir une correction boursière de l'ordre de 10 à 15% d'ici la fin de cette année.

Quel feriez-vous ces temps-ci avec une nouvelle somme à investir?

Je considère qu'il y a un excès d'optimisme en Bourse, une certaine complaisance même, envers le risque encore considérable de chocs financiers ou socio-économiques à court terme.

Par conséquent, je garderais une somme à investir en liquidités. Ça rapporte très peu à court terme, certes. Mais le plus important avec les liquidités, ce n'est pas leur rendement immédiat. C'est ce que tu peux faire avec en terme de pouvoir d'achat de bons titres à moyen et long terme, surtout après qu'ils aient subi une correction temporaire. C'est à quoi nous préparons les portefeuilles de nos clients depuis quelques mois. En moyenne, ils sont sous-pondérés en actions de 15 à 20% par rapport à leur niveau habituel, ce qui est exceptionnel chez nous.

En contrepartie, quel placement éviteriez-vous à tout prix?

J'en ai deux: les obligations à long terme et l'or.

Dans le premier cas, je considère que le rendement en intérêts est beaucoup trop faible par rapport au risque croissant d'une baisse de valeur dès que se manifestera une remontée des taux. Avec les obligations à long terme, le meilleur scénario est un rendement à long terme d'à peine 2%. En contrepartie, le pire scénario est une perte de valeur qui pourrait atteindre 40% en cas de remontée des taux d'intérêt. Bref, c'est beaucoup trop déséquilibré.

Dans le cas de l'or, c'est relativement simple: son prix est rendu tellement élevé que ce n'est plus un placement, mais de la pure spéculation.

De plus, détenir de l'or à un prix aussi spéculatif ne rapporte rien entre temps, au contraire des actions à dividendes, par exemple.

Qu'est-ce que les marchés sous-estiment le plus actuellement?

En premier lieu, les marchés sous-estiment l'impact économique négatif à moyen terme des mesures d'austérité requises dans plusieurs pays d'économie développée, afin de réduire leur déficit budgétaire et leur dette publique.

En second lieu, ils sous-estiment l'activité économique considérable qui sera créée dans les pays émergents au cours des 20 prochaines années. C'est pourquoi la plupart des portefeuilles, petits et grands, demeurent nettement sous-pondérés par rapport au potentiel économique des pays émergents.

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