Le piège des dividendes

Carl Simard... (Photo: Robert Pichette, La Presse)

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Photo: Robert Pichette, La Presse

Carl Simard

Chaque samedi, un financier différent répond à nos questions. Il donne sa lecture des marchés, offre son point de vue sur la Bourse et lance quelques conseils d'investissement. Cette semaine, Carl Simard, président de Medici.

À votre avis, quel est l'événement le plus significatif des derniers jours à la Bourse?

La Réserve fédérale américaine (Fed) a annoncé qu'elle ne haussera pas son taux directeur tant et aussi longtemps que le taux de chômage ne passera pas sous la barre des 6,5%. Il s'agit d'une bonne nouvelle. Dans l'immédiat, le taux de chômage est un problème plus important que la dette américaine, même s'il fait moins la manchette. Loin de moi l'idée de diminuer la portée du problème de l'endettement américain. Mais nous croyons que la priorité doit aller aux mesures favorisant la croissance économique qui reste anémique.

Quel indicateur surveillez-vous le plus attentivement en ce moment?

Nous surveillons énormément les données qui confirment la reprise de l'immobilier aux États-Unis. Historiquement, la construction domiciliaire et les investissements reliés à l'immobilier ont toujours représenté 20% de l'économie américaine. Mais depuis deux ans, la proportion n'est que de 15%, selon la National Association of Home Builders.

Sans la bonne tenue du marché immobilier résidentiel, il est très difficile pour les Américains d'assurer une croissance économique raisonnable. Actuellement, il se crée plus de nouveaux ménages qu'il se construit de maisons, ce qui est très positif. Tant que la demande de maisons neuves est plus élevée que l'offre, cela stimulera l'économie et le marché du travail.

Que feriez-vous avec 10 000$ à investir?

Nous ferions la même chose que ce que nous avons fait depuis plusieurs années, c'est-à-dire continuer d'acheter des actions d'entreprises exemplaires, tant au niveau économique que commercial. Ces entreprises doivent livrer un rendement sur l'avoir des actionnaires supérieur à 15 % et disposer d'avantages concurrentiels importants. Enfin, comme pour tout investissement, le prix payé demeure un facteur essentiel.

Au Sud de la frontière, des titres comme Wells Fargo (WFC) et Apple (AAPL) cadrent bien avec cette stratégie. Au Canada, nous pensons plutôt à des sociétés comme Laboratoires Paladin (PLB) et Constellation Software (CSU) qui ont une performance économique et un potentiel de croissance exceptionnels.

Quel placement évitez-vous à tout prix?

Outre les obligations dont le rendement n'est pas suffisant pour protéger le capital contre l'inflation, nous croyons que les actions à dividende élevé ont atteint des niveaux d'évaluation déraisonnables, compte tenu de leur potentiel de croissance.

Par exemple, nous avons longtemps détenu des actions ordinaires de l'épicier du nord du Canada, North West Company (NWC). Mais au début de 2012, nous avons été contraints de vendre ce titre qui se négociait à 18 fois les bénéfices, un ratio déraisonnable pour cette société.

Les investisseurs se sont rués sur ce genre de titres qui versent plus de 4% de dividende en remplacement des obligations de sociétés. Mais les investisseurs oublient que les actions ordinaires à haut dividende ne sont pas des obligations et qu'elles sont très vulnérables aux variations des taux d'intérêt et la moindre défaillance opérationnelle.

Qu'est-ce que les marchés sous-estiment le plus présentement?

Plusieurs investisseurs sous-estiment grandement la performance économique des entreprises de qualité. Certaines sociétés atteignent un taux de croissance de plus de 10% à long terme, en dépit de la croissance économique plutôt morose aux États-Unis.

Prenons par exemple une société comme TJX Companies (TJX) dont les bannières Winners et HomeSense sont très connues au Canada. Cette entreprise arrive à croître de 15% par année en augmentant ses ventes de magasins comparables, en ouvrant plusieurs nouveaux magasins ainsi qu'en améliorant de façon considérable le roulement de ses stocks. Tous ces facteurs combinés font que le détaillant progresse plus rapidement que l'économie.

Avant toute chose, les investisseurs devraient se préoccuper de la performance économique des entreprises, plutôt que de se laisser aveugler par la volatilité à court terme des titres boursiers.

Actuaire de formation, Carl Simard a travaillé plus de 20 ans dans des sociétés informatiques spécialisées en information financière. En 2008, il a fondé Medici, une firme montréalaise qui gère 60 millions de dollars pour des particuliers, selon une approche qui repose sur l'analyse approfondie de la performance financière et du modèle d'affaires des entreprises.

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