Le Canada à la traîne

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Photo: André Tremblay, La Presse

Stratège financier depuis plus de 15 ans, Vincent Delisle s'est joint à Banque Scotia en 2004.

Chaque samedi, un financier différent répond à nos questions. Il donne sa lecture des marchés, offre son point de vue sur la Bourse et lance quelques conseils d'investissement. Cette semaine, Vincent Delisle de la Banque Scotia...

À votre avis, quel est l'événement le plus significatif des derniers jours à la Bourse?

Cette semaine, la Réserve fédérale américaine (Fed) a décidé de prolonger son opération «twist». Mais cela n'a pas été suffisant pour satisfaire certains investisseurs qui avaient espoir que la Fed reviendrait sauver le marché avec une troisième phase d'assouplissement quantitatif (QE3).

Certains pensent, à tort, que les banques centrales peuvent sauver le marché à tout coup. Mais on voit que les options de politique monétaire sont de plus en plus limitées, tant aux États-Unis que dans les pays en développement, comme la Chine, l'Inde et le Brésil, où l'inflation et le repli de la devise mêlent les cartes.

Quel indicateur surveillez-vous le plus attentivement en ce moment?

Il y a deux choses que je suis de près. Premièrement, les taux des obligations des gouvernements, tant aux États-Unis qu'en Europe. C'est ce qui nous donne le meilleur signal de ce que les gens pensent de la situation en Europe.

Deuxièmement, je surveille le titre de Caterpillar. Pourquoi? C'est un des meilleurs baromètres des prévisions de la croissance mondiale, surtout en Chine. Le titre de Caterpillar ment rarement. Quand une donnée économique est mauvaise en Chine, son action baisse. D'ailleurs, lors de son dernier appel conférence, Caterpillar a mentionné qu'elle avait trop d'équipement en Chine. La Chine est en forte décélération économique et elle ne semble pas vouloir revenir à des taux de croissance économique de 10%, ce qui a une influence sur le prix des ressources.

Que feriez-vous avec 10 000$ à investir?

Il reste encore beaucoup de «bruit» macroéconomique en Europe et aux États-Unis. Et les révisions de profits sont négatives presque partout. Alors, je garderais les 10 000$ en encaisse et j'attendrais des occasions de réinvestir plus tard au troisième et au quatrième trimestre. Je privilégierais alors le marché américain, plutôt que la Bourse canadienne. Et ceux qui veulent être un peu plus audacieux pourraient regarder les titres reliés aux métaux de base.

Quel placement évitez-vous à tout prix?

J'évite les obligations canadiennes et américaines. Ça fait longtemps que tout le monde crie au loup. Mais ça va faire mal lorsque les projecteurs cesseront d'être braqués sur les problèmes en Europe et que la nécessité de se réfugier dans les obligations va s'estomper. Un jour, ça va arriver.

Par ailleurs, je pense qu'on assiste à un pic du prix des maisons et de l'activité immobilière au Canada. La tendance sera stable ou à la baisse, au cours des prochaines années. Et en même temps, le prix des ressources s'essouffle. Cela explique pourquoi la Bourse canadienne a vécu l'une des pires sous-performances, par rapport au marché américain, depuis les années 90.

Depuis 12 mois, la Bourse canadienne a reculé de 15%, tandis que le marché américain a gagné 4%, et même 8% pour les investisseurs canadiens compte tenu de la baisse de 4% du dollar canadien. Depuis un an, les marchés émergents et des ressources naturelles ont perdu le leadership. Et c'est la Bourse américaine, grâce à ses secteurs moins cycliques, qui va mieux.

Qu'est-ce que les marchés sous-estiment le plus présentement?

D'une part, je pense que le marché surestime les outils de politique monétaire qui sont limités. Les marchés émergents n'ont pas l'arsenal pour repartir leur économie comme en 2008-09. Beaucoup d'investisseurs se croisent les doigts en attendant que les mesures stimulantes banques centrales fassent remonter en flèche le prix des ressources naturelles.

En même temps, on sous-estime l'impact favorable que pourrait avoir la baisse du prix des ressources, comme le pétrole. C'est peut-être là que se trouve le salut de l'économie mondiale...

Stratège financier depuis plus de 15 ans, Vincent Delisle s'est joint à Banque Scotia en 2004. À l'aide d'une analyse macroéconomique, il met au point des stratégies de répartition d'actifs et des portefeuilles modèles d'actions, destinés à des gestionnaires de portefeuilles institutionnels et aux courtiers de Scotia McLeod.

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