Patience avant de réinvestir

Luc Desbiens est vice-président gestion tactique d'allocation d'actifs... (Photo André Pichette, La Presse)

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Photo André Pichette, La Presse

Luc Desbiens est vice-président gestion tactique d'allocation d'actifs chez Intact gestion de placements, la filiale de gestion de l'assureur Intact Corporation financière. Il compte plus de 20 ans d'expérience, dont 10 ans à l'emploi de la Banque Pictet, notamment à Genève en Suisse. Intact gestion de placements gère plus de 12 milliards.

Chaque samedi, un financier différent répond à nos questions. Il donne sa lecture des marchés, offre son point de vue sur la Bourse et lance quelques conseils d'investissement. Cette semaine, Luc Desbiens, d'Intact...

À votre avis, quel est l'événement le plus significatif des derniers jours à la Bourse?

Le ralentissement de l'économie américaine a beaucoup attiré mon attention dernièrement. Le premier trimestre avait donné beaucoup d'espoir. L'embellie nous laissait entrevoir que les Américains pourraient sauver l'économie mondiale. Mais depuis avril, les indicateurs sont clairement moins bons. On l'a vu cette semaine encore avec les données sur les ventes au détail. C'est un point d'inquiétude pour moi. L'économie américaine semble avoir perdu son élan.

Quel indicateur surveillez-vous le plus attentivement en ce moment?

Je surveille beaucoup les taux d'intérêt. Tant que les taux des obligations des pays cotés AAA demeurent près de leur creux historique, je vais demeurer prudent, voire négatif. Cette semaine, les obligations américaines de 10 ans sont à 1,6%, tout près du creux historique de 1,45% atteint la semaine dernière. C'est un aveu que les investisseurs n'ont pas d'appétit pour le risque et qu'ils se réfugient dans les valeurs sûres.

Ça se vérifie aussi à travers le prix des matières premières industrielles, comme le prix du pétrole (WTI) qui est autour de 82$US le baril (son niveau le plus bas depuis huit mois). C'est un autre signe que la reprise économique est faible.

Que feriez-vous avec 10 000$ à investir?

Si j'avais 10 000$, je le garderais en cash, car il y aura de meilleures occasions d'investir d'ici la fin de l'année. Les notes encourageantes sont assez limitées, en ce moment. On risque d'avoir une baisse additionnelle des Bourses de 10 à 15%.

Mais l'aspect positif, c'est que la correction boursière est déjà bien enclenchée au Canada. Le secteur des ressources a déjà largement anticipé la baisse du prix des matières premières. Certains titres commencent à être intéressants. Mais il n'en demeure pas moins qu'il pourrait y avoir encore de mauvaises surprises, en raison du contexte macro-économique.

Les plus téméraires qui veulent spéculer un peu, peuvent acheter de l'or. Avec tout ce qui se passe en Europe et le ralentissement économique, il peut être intéressant d'avoir un peu d'or dans son portefeuille, en guise de protection.

Quel placement évitez-vous à tout prix?

J'éviterais l'euro, comme devise, ainsi que les placements en Europe, même si on y trouve de belles sociétés, notamment dans le secteur de la consommation et de l'automobile. Mais il est encore un peu tôt pour chasser les aubaines. À mon avis, l'euro est encore beaucoup trop élevé, considérant tous les problèmes auxquels l'Europe fait face.

Qu'est-ce que les marchés sous-estiment le plus présentement?

Je pense que les économistes sous-estiment le ralentissement économique en Chine. Tout le monde parle d'un atterrissage en douceur. Mais je n'en suis pas convaincu. Les Chinois sont en train d'opérer une transition économique, en diminuant leur dépendance au secteur de l'exportation et en développant davantage leur économie intérieure. Mais je ne suis pas certain que la transition se fera aussi bien que les gens le souhaitent.

L'année dernière, les Chinois ont augmenté beaucoup leurs taux d'intérêt pour ralentir leur économie, en sous-estimant peut-être les problèmes européens. Or, la Chine qui exporte beaucoup en Europe, est plus vulnérable aux problèmes de l'Europe que les États-Unis. L'Europe reçoit 21% des exportations chinoises, ce qui en fait le premier client de la Chine.

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