La répression financière

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Photo Armand Trottier, archives La Presse

Benoît Durocher est vice-président à la direction et chef stratège économique Addenda Capital, firme montréalaise qui a fait sa marque dans la gestion d'obligations.

Chaque samedi, un financier différent répond à nos questions. Il donne sa lecture des marchés, offre son point de vue sur la Bourse et lance quelques conseils d'investissement. Cette semaine, Benoît Durocher, d'Addenda Capital.

> À votre avis, quel est l'événement le plus significatif des derniers jours à la Bourse?

C'est l'entrée en Bourse de Facebook qui nous a amené des relents de l'engouement généralisé qu'on a connu au début du millénaire. À l'époque, on évaluait les entreprises qui ne faisaient pas de profits en utilisant plutôt leurs revenus. Avec Facebook, on a eu recours à ce même multiple cours-vente. L'action a été lancée à 20-25 fois les ventes par action, beaucoup plus que Google dont le titre se négociait à un ratio cours-vente de 8 lors de son émission. J'en perds mon latin!

L'engouement pour Facebook est passé avant une évaluation plus objective du placement. Mais dans le marché actuel, il s'agit d'un cas isolé. Et le titre de Facebook est retombé après l'émission.

> Quel indicateur surveillez-vous le plus attentivement en ce moment?

Je vais suivre les indicateurs de santé de l'économie, plus particulièrement du secteur de l'immobilier qui a causé les plus graves soucis aux États-Unis. Dernièrement, les données sont plutôt encourageantes. Je veux voir si cette stabilisation va se poursuivre, car cela aura un impact important sur la politique monétaire.

Avec l'opération «twist» qui se poursuit jusqu'en juin, la Réserve fédérale américaine (Fed) achète des obligations de long terme émises par le gouvernement américain, en vendant des obligations à court terme qu'elle possède. Cela a pour effet de réduire les taux d'intérêt à long terme et d'aider les ménages américains dont les hypothèques sont souvent à long terme (jusqu'à 30 ans).

Si l'immobilier se redresse, peut-être que l'opération «twist» ne sera plus nécessaire, et peut-être même que la Fed pourrait être disposée à relever son taux directeur plus vite qu'on le pense. La Fed a dit qu'elle était prête à maintenir son taux bas jusqu'à la fin de 2014... mais elle n'a pas dit qu'il resterait à zéro. Le langage des banquiers centraux est très subtil!

> Que feriez-vous avec 10 000$ à investir?

Même si la Bourse reste volatile, je pense que les titres à dividende sont un endroit de prédilection. Les marchés ne sont pas surévalués présentement. Les entreprises qui hésitent à réinvestir leurs liquidités ont tendance à distribuer davantage de dividende à leurs actionnaires. Et le dividende de l'indice de la Bourse canadienne offre un rendement de 2,6%, davantage que les obligations.

> Quel placement évitez-vous à tout prix?

Il faut être prudent avec les obligations. Il suffirait que les taux d'intérêt remontent de seulement 0,35% pour que les obligations canadiennes subissent une perte en capital (-2,4%) qui effacerait complètement tous leurs revenus d'intérêt. Ça ne prend pas grand-chose!

Présentement, les obligations canadiennes offrent un rendement à l'échéance de 2,4%, si on se fie à l'indice DEX (obligations fédérales, provinciales et de sociétés) dont l'échéance moyenne est de 9,6 ans. Les obligations du gouvernement du Canada versent encore moins : 1,6% pour une échéance moyenne de 7 ans. Avec un taux d'inflation de 2%, il s'agit d'un rendement réel négatif.

C'est une illustration très claire de ce qu'on appelle la répression financière, une forme de «taxe» souvent utilisée pour éponger les excès de dettes après une guerre ou une crise financière. En gardant les taux artificiellement bas, on permet d'alléger le fardeau de ceux qui sont endettés, au détriment de ceux qui détiennent de l'épargne et qui ne sont pas en mesure d'obtenir les rendements auxquels ils pourraient s'attendre.

> Qu'est-ce que les marchés sous-estiment le plus présentement?

L'incertitude géopolitique pèse beaucoup sur les entreprises qui hésitent à investir, sur les ménages qui restent plus prudents, et sur les investisseurs qui craignent les actions et se réfugient dans les obligations. C'est dommage parce que toute cette incertitude nous obnubile et nous empêche de voir les progrès de l'économie en Amérique du Nord.

Benoît Durocher est vice-président à la direction et chef stratège économique d'Addenda Capital, une firme montréalaise qui a fait sa marque dans la gestion d'obligations. En 2008, Addenda s'est mariée à une filiale du Groupe Co-operators. La firme gère aujourd'hui plus de 29 milliards de dollars en obligations et en actions.

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