Sortir de l'euro n'aidera pas la Grèce

Luc de la Durantaye... (Photo Rémi Lemée, archives La Presse)

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Photo Rémi Lemée, archives La Presse

Luc de la Durantaye

Chaque samedi, un financier différent répond à nos questions. Il donne sa lecture des marchés, offre son point de vue sur la Bourse et lance quelques conseils d'investissement. Cette semaine, Luc de la Durantaye, de Gestion globale d'actifs CIBC.

À votre avis, quel est l'événement le plus significatif des derniers jours à la Bourse?

Il me semble que c'est le rebond du prix de l'or, après la diffusion de l'indice manufacturier de la région de Philadelphie qui a été plus faible que prévu. Jusqu'ici, le marché avait écarté la possibilité d'une troisième phase d'assouplissement quantitatif de la part de la Réserve fédérale américaine (Fed). Mais le rebond de l'or, ainsi que la faiblesse du dollar américain face au yen, me laissent croire que le marché commence à penser que la Fed pourrait intervenir. Je ne pense pas que la Fed annoncera une prochaine phase d'assouplissement lors de sa réunion du 20 juin. Mais il faudra être attentif au langage qu'elle utilise pour guider le marché.

Quel indicateur suivez-vous le plus attentivement en ce moment?

Je surveille les taux d'intérêt sur les obligations espagnoles de 2 ans. Les récentes interventions de la Banque centrale européenne (BCE) visaient à stabiliser le financement des banques, qui à leur tour pouvait aider le financement des pays souverains. Mais depuis une semaine, on a vu les taux espagnols remonter de 3,25% à 4,20%, soit presque 100 points de hausse. Cela n'auraient pas dû survenir, car les banques ont suffisamment de liquidités pour acheter les obligations souveraines espagnoles. Ce n'est pas de bon augure. Si le mouvement de hausse se poursuit, la BCE pourrait encore faire une autre opération. Ce sera intéressant d'en savoir plus sur ses intentions le 6 juin prochain.

Que feriez-vous avec 10 000$ à investir?

Sur un horizon de moyen terme, j'investirais dans les actions en Asie ou en Chine. La Chine reste une des rares régions dans le monde où la croissance est assez forte. Et on est probablement pas très loin d'un relâchement de la politique monétaire en Chine, peut-être cet été. Cela apaisera les craintes d'un ralentissement de la croissance économique.

En outre, les actions chinoises s'échangent à un ratio cours-bénéfices assez faible, à 8 fois les profits par rapport à 13 au Canada, 13,5 aux États-Unis et à 12,5 en Allemagne. Dans les périodes où les investisseurs avaient de l'engouement pour la Bourse, les actions se négociaient au-dessus de 15 fois les profits. Maintenant, les ratios sont en dessous de 10... et les gens ont peur. C'est sûr qu'il y a plus de volatilité, mais il faut avoir une psychologie inverse.

Quel placement évitez-vous à tout prix?

J'éviterais les obligations gouvernementales qui sont extrêmement dispendieuses. Les taux d'intérêt réels sont négatifs sur les obligations du Trésor américain: les investisseurs sont assurés de perdre de l'argent après inflation. Les obligations allemandes sont aussi très dispendieuses. Si on arrive à une plus grande intégration fiscale en Europe, l'Allemagne devra payer le prix de la «péréquation» et sa situation va se détériorer. Donc, il n'est pas intéressant d'investir dans les bunds allemands.Qu'est-ce que les marchés sous-estiment le plus présentement?On sous-estime la volonté européenne de poursuivre la construction de l'Europe. Mettons les choses en perspectives... L'Allemagne a engagé près de 290 milliards pour secourir l'Europe. C'est comme si les Américains avaient fait un TARP (Trouble Asset Relief Program) de 1,6 milliard$US! Et comparez les efforts de l'Italie, du Portugal, de l'Espagne et la Grèce pour freiner leur déficit, versus l'effort que les Américains mettent à réduire le leur!

Est-ce que la Grèce va sortir de la zone Euro?

Peut-être. Mais je pense que ça leur coûterait trop cher. Surtout que leurs exportations représentent à peine 20% de leur économie, soit le taux le plus faible en Europe. Les Grecs bénéficieraient donc très peu d'une devise faible. Par contre, une dépréciation de leur devise créerait une inflation très élevée et n'améliorerait en rien leur endettement, car leurs dettes vont demeurer en euros. Pour la Grèce, sortir de l'Euro n'est pas une façon de s'en sortir à bon compte.

Même s'il y aura encore des soubresauts, je n'ai pas l'impression que le projet européen va s'effondrer.

Chez Gestion globale d'actifs CIBC, Luc de la Durantaye est responsable de la répartition de l'actif et gestion des devises, avec une équipe qui compte près de 20 professionnels à Montréal. Fort de 26 ans d'expérience en investissement, il veille à la répartition stratégique et tactique de 20 milliards d'actifs ainsi qu'à la gestion des devises et des stratégies de rendements absolus de 13 milliards.

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