REER: une occasion pour les travailleurs autonomes

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Sur la photo, Boyan Ivanov, planificateur financier chez BMO.

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Didier Bert

Collaboration spéciale

La Presse

Pourquoi un travailleur autonome devrait-il placer de l'argent dans son REER, au risque d'immobiliser des ressources dont il pourrait avoir besoin à court terme ? Parce que le problème ne se pose pas seulement dans ces termes...

Reporter les déductions

Avec des revenus souvent fluctuants, le travailleur autonome devrait y regarder à deux fois avant de déduire ses cotisations REER de son revenu imposable. « On peut très bien contribuer à son REER sans opérer la déduction nécessairement dans la même année », rappelle Jean-François Thuot, associé en fiscalité chez RCGT. Si vous venez de réaliser une année avec de très bons revenus, et que vous prévoyez une année suivante en baisse, vous pourriez avoir intérêt à conserver votre déduction pour plus tard : quand vos revenus augmenteront de nouveau et que votre taux d'imposition sera plus élevé.

Réduire l'impôt à payer

Vous êtes un travailleur autonome assujetti à des acomptes provisionnels ?

Et malgré vos paiements versés au fisc en 2015, il vous reste un solde à payer, probablement parce que vos affaires ont été meilleures que l'année précédente. Pourquoi ne pas utiliser l'argent que vous devrez de toute façon payer au fisc avant le 15 juin pour contribuer à votre REER avant le 29 février, et ainsi diminuer ce solde restant, suggère M. Thuot.

L'argent restera finalement entre vos mains, placé dans votre REER pour vous donner du rendement, plutôt que de partir définitivement sous forme d'impôt.

Bonifier des prestations

Puisque les cotisations REER sont déductibles du revenu imposable, cela diminue le montant d'impôt à payer : votre taux d'imposition s'appliquera à un revenu plus faible. Cela peut aussi vous faire descendre au taux d'imposition inférieur... Mais ce n'est pas tout : « En réduisant votre revenu imposable, vos contributions REER peuvent aussi vous rendre admissible à certains programmes, ou bonifier certaines prestations », souligne Jean-François Thuot. L'associé en fiscalité cite l'exemple des frais de garde, qui sont devenus modulables en fonction du revenu imposable, depuis l'adoption de la loi 28 au printemps dernier par le gouvernement du Québec.

Le risque de l'incorporation

Beaucoup de travailleurs autonomes pensent que l'incorporation est synonyme de revenus versés sous forme de dividendes, pour bénéficier ainsi d'une fiscalité et de cotisations moins élevées que sur un salaire. Pourtant, les droits de cotisations au REER se calculent sur le revenu de travail salarié et non sur les dividendes. « Il est important de conserver une partie sous forme de salaire pour pouvoir contribuer à son REER », affirme Jean-François Thuot. Le partage entre salaire et dividendes devrait être arbitré en fonction du taux d'imposition de la société et de la situation personnelle, précise-t-il.

Faire des économies à court terme

« Il faut voir le REER comme un véhicule qui sert à déplacer du revenu vers une période où je serai moins imposé », décrit Boyan Ivanov, planificateur financier chez BMO Groupe Financier, qui croit que les entrepreneurs devraient utiliser le REER de manière plus « agressive ». Pour lui, ils ne devraient pas tant voir le REER comme un moyen d'épargner en vue de la retraite que comme un outil d'optimisation de leur taux d'imposition durant leur vie active. « Avec plus de 25 000 $ de revenus à la retraite, vous atteignez déjà un taux d'imposition de 28,5 % », prévient-il.

Préparer une année à zéro

Le comble de l'utilisation d'un REER, pour un travailleur autonome qui prévoit de s'incorporer, peut être carrément de ne pas être imposé du tout sur la somme épargnée. « S'il dispose de suffisamment d'économies et que sa société a besoin de liquidités, il pourrait décider de ne pas se payer de salaire... Cette année-là, le premier 11 400 $ de retrait du REER sera imposé à 0 % », illustre Boyan Ivanov. Et même si le total des retraits annuels est supérieur à ce seuil, la taxation de ces sommes sera bien plus faible qu'au cours d'une année pleine.

Et le RRI ?

En s'incorporant, le travailleur autonome peut accéder à la possibilité de lancer un régime de retraite individuel (RRI). « Dans ce régime à prestations déterminées, les cotisations sont déduites des revenus de la société et s'accumulent dans un fonds de pension », explique Boyan Ivanov.

Le planificateur financier fait toutefois une mise en garde : une fois lancé, le régime doit être alimenté chaque année, même si les résultats de l'entreprise se dégradent. Par contre, le RRI permet de cotiser davantage que le REER. Ce régime méconnu permet aussi de racheter des périodes, comme des années non cotisées en début de carrière.

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