Vivre en VR à l'année

Les « full-timers », comme ont les appelle dans le... (Photo fournie par Serge Loriaux)

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Les « full-timers », comme ont les appelle dans le milieu, sont des gens qui vivent à temps plein dans leur VR.

Photo fournie par Serge Loriaux

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Nathalie Côté

Collaboration spéciale

La Presse

Voyager toute l'année, voilà le rêve de plusieurs à l'aube de la retraite ! Pour y parvenir, certains vendent leur maison et, tels des escargots, trimballent leur logement sur la route. Mais combien coûte une telle aventure ?

QUAND LA ROUTE DEVIENT LA MAISON

Adeptes de camping depuis les années 60, Rollande Richer et Pierre Denicolai ont d'abord adopté la tente, la tente-roulotte puis la roulotte. En 2012, ils ont vendu leurs deux propriétés pour vivre à temps plein dans leur VR. Ils sont désormais des « full-timers », comme ont les appelle dans le milieu.

Ils sont même devenus chefs de caravane, c'est-à-dire qu'ils guident des groupes de campeurs sur les routes, jusqu'au Mexique dans leur cas. Quand la température le permet, ils reviennent dans la Belle Province et installent leur autocaravane sur le grand terrain de la soeur de Mme Richer. « Nous avons un véhicule de 34 pi de long [10 m], c'est comme une maison, assure-t-elle. C'est un mode de vie agréable, ça nous permet de voyager. »

Vivre dans un VR ne convient cependant pas à tous. « J'ai connu des gens qui sont partis sans expérience et l'un des deux est revenu en avion alors que l'autre ramenait le véhicule », raconte Paul Laquerre, rédacteur en chef du magazine Camping Caravaning qui a lui-même été « full-timer » pendant 15 ans. 

Louer un véhicule s'avère donc une option intéressante pour tenter l'aventure avant de tout vendre. Le prix de location peut varier entre 700 $ et 2600 $ par semaine, selon le type de véhicule, l'équipement et la saison. À cela s'ajoutent les frais d'essence, bien entendu. « Certains commerçants acceptent de déduire le montant de location du prix d'achat si on choisit de l'acquérir par la suite », souligne M. Laquerre.

ACHETER UN VR

Les autocaravanes les moins chères se vendent autour de 60 000 $. Les plus coûteuses peuvent dépasser 2 millions ! Les petits véhicules comme ceux de classe B, aussi appelés fourgonnettes de camping, sont plus pratiques puisqu'on peut les utiliser facilement pour tous ses déplacements. Ils sont toutefois loin d'offrir tout l'espace de ceux de classe A, ces grands véhicules dont l'allure rappelle un peu celle d'un autobus. « Si on veut vivre dedans à l'année, on devrait privilégier un plus gros modèle pour plus de confort », recommande Guy Bergeron, conseiller aux ventes chez Horizon Lussier et ancien « full-timer ». 

Souvenez-vous cependant que certains véhicules trop longs peuvent être refusés dans certains terrains de camping, faute d'espace. Si vous prévoyez voyager beaucoup, assurez-vous aussi que le véhicule demeure confortable lorsque les extensions sont fermées, conseille Dominic St-Cyr, de VR St-Cyr.

De plus, une autocaravane au diesel peut coûter jusqu'à 80 000 $ de plus qu'un modèle semblable à essence. « Le moteur est plus puissant et le châssis est plus fort donc il peut contenir davantage d'accessoires », explique M. Laquerre.

La caravane à sellette peut également être une option intéressante. Plutôt que de trimballer une voiture derrière son VR pour ses déplacements quotidiens, il suffit de la décrocher et d'utiliser le camion.

Pour économiser sur le prix d'achat, certains consommateurs choisissent d'acquérir leur véhicule aux États-Unis.

« Aux douanes, il y a des taxes à payer, mais on peut économiser beaucoup, souligne Serge Loriaux, directeur général de VRcamping.com. Au Québec, la concurrence est moindre, certains commerçants sont des distributeurs exclusifs d'une marque. Aux États-Unis, on peut négocier avec une kyrielle de concessionnaires. Pour mon premier VR, j'ai sauvé 85 000 $ par rapport à ce que j'aurais payé au Québec. » 

Choisir un véhicule d'occasion est une autre façon d'épargner. Surtout si l'on considère que la dépréciation du véhicule est d'environ 20 % la première année. Veillez cependant à le faire inspecter attentivement pour éviter les mauvaises surprises !

COMBIEN POUR VIVRE ?

Les personnes interviewées s'accordent pour dire que le coût de la vie dans un VR se compare avantageusement à l'habitation fixe. Il faut prévoir des frais d'essence et de location d'emplacement de camping, mais il n'y a plus de taxes municipales, de chauffage et de vêtements d'hiver à payer. Au début des années 2000, Serge Loriaux est parti avec un budget de 2000 $ par mois pendant deux ans. Il a relevé le défi sans se priver.

Pour épargner, plusieurs intervenants recommandent d'accumuler les cartes fidélité et d'être membres d'une association pour bénéficier de rabais substantiels. Le Passport America, par exemple, permet d'économiser 50 % sur la location d'un emplacement dans 1850 terrains de camping au Canada, aux États-Unis et au Mexique. 

Le choix de la destination peut aussi faire varier le prix considérablement. Le Mexique, le Texas et l'Arizona sont notamment des endroits plus abordables que la Floride.

FRAIS À PRÉVOIR

Voici quelques éléments pour vous aider à faire votre budget.

Achat d'un véhicule...

  • de classe A : 100 000 à 500 000 $ et plus
  • de classe B : 80 000 à 150 000 $
  • de classe C : 60 000 à 110 000 $

Achat d'une caravane à sellette : 50 000 à 150 000 $

Consommation d'essence : 20 à 30 litres par 100 kilomètres pour la plupart des véhicules à essence

Inspection mécanique : environ 600 $ par an (1000 $ pour un véhicule diesel)

Assurances : 600 à 1500 $ par an

Sources : Horizon Lussier, VR St-Cyr, Paul Laquerre, rédacteur en chef de Camping Caravaning

ACHETER SON PROPRE TERRAIN

Contraints de rester au Québec au moins la moitié de l'année pour continuer de bénéficier de l'assurance maladie, les « full-timers » québécois peuvent maintenant y acheter un emplacement de camping au lieu de le louer.

À Lévis, un terrain de camping de luxe où les emplacements sont vendus selon une formule semblable à celle des condominiums accueille ces jours-ci ses premiers propriétaires.

Les espaces, dont le prix va de 27 000 à 100 000 $, sont notamment bordés d'une haie de cèdres et dotés d'un grand cabanon aménageable. Club house, piscine, sentiers pédestres, équipements d'entraînement extérieurs sont aussi offerts. Les frais communs s'élèvent à une centaine de dollars par mois.

« Nous en avons vendu une centaine à l'heure actuelle, souligne Gilles Bélanger, promoteur du Camping international. La plupart des acheteurs sont des retraités assez aisés. » Au total, le projet devrait comprendre 371 emplacements.

Ce concept populaire en Floride est une nouvelle tendance au Québec. « Le Domaine du Lac William a aussi mis en vente des terrains, indique Serge Loriaux, de VR Camping. C'est une formule qui soulève de plus en plus d'intérêt, et les gens commencent à acheter. Un de nos caravaniers en a d'ailleurs acquis un sur la Rive-Sud de Montréal. Il doit payer un peu de taxes à la Ville, mais il est chez lui et peut aménager son terrain comme il veut. »

C'est un investissement important à la base, mais on peut le récupérer (et même plus) au moment de la vente, remarque Pierre Laquerre, rédacteur en chef du magazine Camping Caravaning. « Par contre, il faut aimer rester toujours au même endroit », note-t-il. Certains en tirent aussi un revenu supplémentaire en louant leur emplacement lorsqu'ils ne l'utilisent pas.

SIX MOIS HORS QUÉBEC, PAS PLUS ?

Sauf exception, les personnes absentes de la province 183 jours ou plus dans une même année civile cessent d'être couvertes par le régime d'assurance maladie (les séjours de 21 jours ou moins ne comptent pas dans ce calcul).

Mais ce n'est pas le seul élément à prendre en considération. « La Loi sur l'immigration américaine dit qu'on ne peut demeurer plus de 180 jours aux États-Unis par période de 12 mois, rappelle M. Laquerre. De plus, si on y passe plus de 120 jours par an, il faut remplir le formulaire F-8840 pour éviter d'avoir à payer de l'impôt aux États-Unis, même si on n'a gagné aucun revenu. »

LE CAMPING, EN CHIFFRES

4231 : Nombre de campings au Canada, dont 884 au Québec (2014)

1000 à 1235 $ : Dépenses annuelles moyennes des propriétaires de VR en 2012 pour l'achat de matériel de camping, l'entretien du véhicule, les assurances et les immatriculations (exclu l'achat du véhicule)

115 $ : Prix moyen par nuitée pour les campeurs voyageurs en VR (emplacement, nourriture, activités, transport)

37 % : Proportion des 40 000 membres de la Fédération québécoise de camping caravaning utilisaient une autocaravane en 2014.

312 millions : Valeur des VR vendus au Québec en 2012

4,7 milliards : Contribution de l'industrie canadienne du camping à l'économie

Sources : Conseil canadien du camping et du VR, Fédération québécoise de camping et de caravaning, Chaire de tourisme Transat de l'ESG UQAM

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