Le prix d'une plus longue vie

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Avec l'augmentation de l'espérance de vie, les travailleurs doivent prévoir davantage de revenus pour leur retraite.

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Rudy Le Cours
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ANALYSE

La Presse

Nous vivons de plus en plus vieux à cause des progrès de la médecine, d'une meilleure hygiène de vie et de la baisse prononcée du tabagisme.

Il nous faut donc prévoir davantage de revenus pour les années où nous ne serons plus sur le marché du travail.

Au fil des ans, le Canada a mis sur pied un système de revenus de retraite fondé sur trois piliers: la pension universelle de sécurité de la vieillesse (PSV), assortie d'un supplément de revenu garanti (SRG) pour les moins nantis; le Régime de pension du Canada (RPC) et son pendant, le Régime des rentes du Québec (RRQ), à participation obligatoire et financés moitié-moitié par les employeurs et les employés; et l'épargne privée, c'est-à-dire les régimes de retraite à prestations déterminées (RPD) ou à cotisations déterminées (RCD), l'épargne-retraite à imposition reportée, les comptes d'épargne libre d'impôt et les placements individuels en tout genre.

Ces trois piliers subissent des changements depuis quelques années pour tenir compte de la longévité accrue des Canadiens, sur qui repose davantage, désormais, la responsabilité de financer leurs vieux jours.

L'âge d'admissibilité à la PSV sera graduellement porté de 65 à 67 ans tandis que les prestations du RRQ seront bientôt diminuées pour ceux qui devancent leur retraite (donc qui la prennent avant l'âge de 65 ans) mais augmentées pour ceux qui la retardent.

Enfin, de plus en plus de promoteurs privés de RPD les transforment en RCD, afin de transférer aux participants les risques posés par la baisse des taux obligataires à long terme et l'augmentation de l'espérance de vie, qui ont pour fâcheux résultat de gonfler les coûts de leurs engagements.

Devant cette réalité, plusieurs propositions ont été mises de l'avant pour assurer un revenu décent aux retraités et, surtout, aux futurs retraités.

Pensons à la rente longévité accessible à compter de 75 ans recommandée par le Comité d'experts sur l'avenir du système de retraite québécois dans le rapport D'Amours, ou à l'engagement du gouvernement libéral ontarien de créer un complément au RPC. Quatre chercheurs (David Boisclair, Jean-Yves Duclos, Steeve Marchand et Pierre-Carl Michaud) ont étudié trois réformes possibles du deuxième pilier du système de retraite canadien en tenant compte du SRG qui diminue à mesure que les autres revenus fiscalisés de retraite augmentent.

Outre la rente longévité proposée par le rapport D'Amours, ils se penchent sur la bonification du RPC-RRQ suggérée par les économistes albertain Jack Mintz et torontois Thomas Wilson ainsi que celle, plus audacieuse, de Michael Wolfson, de l'Université d'Ottawa.

(Pour lire l'analyse des quatre chercheurs: www.cedia.ca/sites/cedia.ca/files/analyse_risque_longevite_14-05.pdf)

La proposition Mintz-Wilson vise à porter de 25% à 35% le taux de remplacement du revenu disponible au plafond actuel de 52 500$ en 2014. Pour financer le tout, le taux de cotisation serait porté de 9,9% à 12,4% partagé moitié-moitié entre les employeurs et leurs employés.

La proposition Wolfson double le gain admissible (MGA) à 105 000$ en majorant de 9,9% à 13% la cotisation pour la part de revenus de 20 000$ à 52 500$, puis la ramène à 8,3% pour celle qui va jusqu'à 105 000$, pour laquelle il n'existe aucune cotisation maintenant.

Dans leur analyse des trois propositions, les chercheurs tiennent compte de l'espérance de vie, qui varie selon le degré de scolarité. Plusieurs études ont montré sur une base empirique que la probabilité de mourir plus jeune est plus élevée quand on est moins instruit.

Un tel constat rend évidemment la rente longévité beaucoup moins attrayante pour cette catégorie de citoyens. Ils risquent de la toucher moins longtemps que des personnes plus instruites pour une période de cotisations comparable. De plus, comme ils se retrouvent en plus grand nombre parmi les bas salariés, l'accès à cette rente les privera d'autant plus du SRG, pour lequel ils n'ont pas à cotiser.

Le nouveau régime volontaire d'épargne-retraite ou le régime enregistré d'épargne-retraite ont les mêmes inconvénients par rapport au SRG, à la différence d'un capital accumulé dans un compte d'épargne libre d'impôt qui reste sans effet.

La proposition Mintz-Wilson souffre du même inconvénient. Toutefois, sa bonification est plus marquée que la rente longévité dès que le revenu admissible atteint les 40 000$, seuil à partir duquel disparaît le SRG, puisqu'elle est accessible dès l'âge de 65 ans.

La proposition Wolfson paraît plus intéressante encore. Elle ne modifie pas la situation actuelle en relation avec le SRG pour les revenus de moins de 20 000$, bien qu'elle touche elle aussi les revenus jusqu'à concurrence de 40 000$. Elle offre surtout une bien meilleure couverture pour les revenus de la classe moyenne, celle dont le taux de couverture du revenu est le plus faible à la retraite avec le système actuel.

Les travaux des quatre chercheurs montrent que toute bonification du régime public de retraite suppose une refonte du SRG.

Ils font enfin ressortir en filigrane qu'il faudra, tôt ou tard, bonifier le système de retraite actuel, sans quoi de plus en plus de futurs retraités vivront pauvrement ou, pire, aux crochets de l'État, c'est-à-dire des contribuables dans la force de l'âge.

L'épargne volontaire ne suffit pas. Il faudra majorer les cotisations obligatoires, tant celles des travailleurs que celles des employeurs.

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