Attentes élevées, valeur gonflée ?

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Une succursale de la Banque Royale à Orlano, en Floride.

Des revenus totaux qui devraient dépasser les 100 milliards de dollars pour la première fois. Des profits nets encore en hausse au-delà des 27 milliards, un nouveau record.

À parcourir les prévisions d'analystes, les attentes demeurent élevées pour les prochains résultats des principales banques canadiennes.

Elles ont terminé leur exercice 2012 mercredi dernier, le 31 octobre. Et leurs résultats réels seront divulgués dans quelques semaines, alors que se multiplient les signaux d'un ralentissement économique au Canada.

N'empêche, en comparaison des maux qui embêtent encore les grandes banques d'Europe et des États-Unis, les banques canadiennes continuent d'être le symbole de valeur refuge pour les investisseurs boursiers. À preuve, depuis un an, leur rendement total (prix " dividende) s'affiche tout près de 12% en moyenne, loin devant le rendement de l'indice principal S&P/TSX de la Bourse de Toronto.

Ce rendement total moyen devance aussi celui des principaux indices boursiers d'Europe et il talonne celui des grands indices des Bourses américaines, en beaucoup moins volatil cependant.

Mais de l'avis d'analystes, aussi, cet intérêt soutenu des investisseurs d'ici et de l'étranger pour les actions des banques canadiennes pourrait en avoir gonflé la valeur boursière à court terme.

C'est une hypothèse examinée notamment par John Aiken, analyste des banques et services financiers au Canada pour la firme Barclays Capital, d'origine britannique.

Dans un rapport comparatif, M. Aiken constate que «la valeur boursière des banques canadiennes apparaît chère par rapport à leurs perspectives de croissance réduite à moyen terme».

Toutefois, enchaîne-t-il, «si l'on considère leur rentabilité et leur dividende, cette valeur boursière apparaît justifiée, sinon même un peu sous-évaluée dans certains cas».

L'analyste de Barclays apprécie trois éléments en particulier parmi les banques canadiennes.

D'abord, leur rentabilité, pleinement rétablie du récent épisode de crise financière et de ralentissement économique, est encore attendue «parmi les plus fortes du secteur bancaire» au cours des prochains trimestres.

En second lieu, souligne M. Aiken, le rendement en dividende des actions de banques canadiennes demeure l'un des plus élevés mais aussi des plus fiables parmi toutes les grandes banques des principales économies industrialisées.

Par ailleurs, conséquence de la bonne tenue de l'économie canadienne par rapport aux États-Unis et à l'Europe, les banques d'ici affichent une solidité d'actif (portefeuille de prêts) et un risque de crédit inférieur qui leur procurent un «avantage significatif» par rapport à leurs semblables ailleurs dans le monde.

Chez la firme UBS Securities, filiale d'un géant bancaire d'origine suisse, l'analyste du secteur financier au Canada, Peter Rozenberg, estime que la valeur boursière attribuée aux banques canadiennes demeure «justifiée et modérément attrayante» pour les investisseurs à la recherche de titres de valeur fondamentale.

Toutefois, à l'instar d'autres analystes, M. Rozenberg met un bémol à sa note encore favorable envers les banques canadiennes. Ce bémol découle surtout du ralentissement de l'économie canadienne, en particulier le marché des prêts personnels et des hypothèques résidentielles.

«La croissance des prêts commence à décliner en raison du ralentissement de l'économie, du niveau élevé d'endettement des ménages et du prix élevé des propriétés résidentielles. De plus, le resserrement des normes des prêts hypothécaires accentue ce ralentissement», résume l'analyste de Barclays dans une récente note à ses clients-investisseurs.

Cette perspective de croissance ralentie pour les banques canadiennes prévaut aussi parmi les professionnels de la gestion de portefeuille.

«Le ralentissement de l'économie canadienne affectera la croissance des revenus des banques. Néanmoins, je ne m'attends pas à un effet de cassure au niveau de leur rentabilité», indique Luc Fournier, gestionnaire des fonds d'actions canadiennes à l'Industrielle Alliance.

«Tout au plus, les banques pourraient rehausser leurs provisions pour pertes sur prêts, ce qui affecterait un peu leur bénéfice net. Mais encore là, ce risque m'apparaît faible. Pour les investisseurs boursiers, les banques canadiennes demeureront des machines à faire de l'argent et à verser des dividendes. Ce sont des qualités que tout le monde recherche ces temps-ci», selon M. Fournier.

Dans ce contexte, dit-il, les actions des banques canadiennes continuent d'être «une partie essentielle» de tout portefeuille moindrement équilibré. Et en particulier pour leur «portion prudente», d'une importance singulière en ces temps de malaise boursier face au ralentissement économique mondial.

En contrepartie, Luc Fournier admet que la valeur boursière attribuée aux banques canadiennes ne l'incite pas ces temps-ci à en rajouter aux portefeuilles qu'il gère. Il reste donc dans l'«équipondéré» envers le secteur bancaire par rapport à l'ensemble du marché boursier canadien.

C'est aussi la suggestion de Stéfane Marion, économiste en chef et stratège des marchés à la Banque Nationale.

Dans son plus récent «Mensuel boursier» distribué aux clients-investisseurs de la Nationale, M. Marion accorde une recommandation «équipondérer» au secteur bancaire, qui pèse à 21% de l'indice de marchés S&P/TSX de la Bourse de Toronto.

Chez la firme montréalaise Montrustco Bolton, le vice-président et directeur des placements en actions canadiennes, Christian Godin, préfère conserver une note de «surpondération» à propos des actions des banques canadiennes.

Du moins, tant que le secteur des ressources naturelles, prédominant à la Bourse de Toronto, ne retrouvera pas un meilleur potentiel qui devrait découler d'un regain de croissance dans les économies émergentes.

D'ici là, M. Godin s'attend à un impact «peu significatif» du ralentissement de l'économie canadienne sur les prochains résultats attendus des banques canadiennes.

D'autant plus que, souligne-t-il, quelques banques, comme la TD, la Scotia et la Banque de Montréal (BMO), ont augmenté leurs activités à l'étranger ces dernières années. Cette diversification outre-frontière a réduit leur dépendance envers l'économie canadienne pour la croissance future de leurs résultats.

En revanche, M. Godin s'attend à ce que les banques qui sont demeurées plus concentrées au Canada, comme la Royale et la Nationale, voient leurs prochains résultats touchés davantage par le ralentissement de l'économie canadienne.

D'ailleurs, comme un mauvais présage de cette conjoncture, la Banque Nationale a confirmé cette semaine l'élimination d'au moins 300 postes, dont une dizaine parmi ses 75 vice-présidents.

La raison officielle? Une «réorganisation de structure» après des années de croissance soutenue de l'effectif.

Mais du point de vue d'investisseurs boursiers, ça peut aussi être un moyen rapide pour la Nationale de réduire ses coûts d'exploitation en prévision d'un marché moins favorable.

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