Les nouvelles parts du Mouvement Desjardins: oui, non, peut-être?

Le Mouvement Desjardins a besoin d'une bouffée de capitaux frais. Il a annoncé... (Photo: Édouard Plante-Fréchette, La Presse)

Agrandir

Photo: Édouard Plante-Fréchette, La Presse

Le Mouvement Desjardins a besoin d'une bouffée de capitaux frais. Il a annoncé cette semaine l'émission de parts de capital d'une valeur de 1,2 milliard de dollars. Les titres seront vendus aux membres par l'entremise des caisses. Est-ce un bon placement pour vous?

D'entrée de jeu, expliquons les choses clairement: les nouvelles parts de capital de la Fédération des caisses Desjardins n'ont rien à voir avec des dépôts à terme. Bien sûr, le taux d'intérêt de 4,25% est attirant. Mais il n'est pas garanti. Pas plus que le capital. D'ailleurs, les parts ne sont pas protégées par l'assurance-dépôts. En fait, les nouvelles parts ressemblent davantage aux actions des banques qu'à n'importe quel placement garanti.

> Suivez Stéphanie Grammond sur Twitter

S'agit-il d'un bon placement? Regardons-y de plus près...

Le Mouvement Desjardins a annoncé, cette semaine, le lancement d'une émission de parts de capital d'une valeur de 1,2 milliard de dollars. Les parts d'une valeur unitaire de 10$ seront vendues strictement aux membres de Desjardins, par l'entremise du réseau des caisses.

Depuis 1989, Desjardins a fait 10 émissions de parts permanentes totalisant 2 milliards de dollars. Jusqu'ici, c'était les caisses qui émettaient les parts. Cette fois, c'est la Fédération qui procédera à l'émission des parts de capital de catégorie F dont les caractéristiques sont relativement différentes des anciennes parts permanentes, question de respecter les conditions de Bâle III (voir encadré).

Non remboursable

Première différence majeure: les parts F ne sont pas rachetables, tandis que les détenteurs des parts permanentes peuvent demander le remboursement après cinq ans, dans la mesure où ils ont atteint l'âge de 60 ans et qu'ils ont pris leur retraite, ou lorsqu'ils ont 65 ans tout simplement.

Pour les parts de capital F, il n'y a aucun droit de rachat. Et le titre ne se négocie pas à la Bourse. Pour ceux qui veulent récupérer leurs billes, il n'y aura qu'une seule façon: «Nous avons mis en place le même mécanisme que pour les parts permanentes, c'est-à-dire un fonds fiduciaire qui est géré par la Fédération afin de faciliter le transfert de parts entre les membres, sans garantie de rachat», explique Marc Laplante, premier vice-président directeur du Mouvement Desjardins et directeur général de la Fédération des caisses Desjardins.

C'est un peu comme une petite Bourse interne qui permet aux membres d'acheter et de vendre les parts. Mais les prix ne fluctuent pas. Les parts s'échangent toujours au pair, soit à 10$ l'unité, peu importe les circonstances. Et rien ne garantit qu'il y aura toujours suffisamment d'acheteurs.

Au dernier rang

Aussi pour satisfaire aux exigences de Bâle III, les nouvelles parts F n'occupent pas le même rang dans la structure de capital de Desjardins. «Elles sont subordonnées à tout ce qu'il y a dans le bilan, y compris les parts permanentes», précise M. Laplante.

Dans un scénario de catastrophe, cela signifie que les porteurs de parts F seraient les derniers à être remboursés. On est très loin de ça. Mais il n'y jamais rien d'impossible... on l'a vu avec la crise financière de 2008 et la crise de la dette souveraine qui ébranle l'Europe.

Reste que Desjardins est la plus importante institution financière au Québec, avec des actifs de près de 200 milliards, un réseau de près de 400 caisses et quelque 5,6 millions de membres et clients. En outre, le Mouvement affiche un excellent bilan, avec un des meilleurs niveaux de fonds propres en Amérique du Nord, indique M. Laplante. Avant que les détenteurs de parts F perdent leur capital, «ça prendrait toute une crise, dit-il. Je peux vous dire que ça irait mal au Canada!»

4,25% maximum

Même si les parts de capital F sont théoriquement plus risquées que les anciennes parts permanentes, elles verseront le même taux d'intérêt.

«Si les différences de caractéristiques avaient amené un niveau de risque significativement plus élevé, nous aurions instauré une tarification distincte», explique M. Laplante.

Mais pour l'instant, Desjardins a décidé d'apparier les rendements. Il y aura ainsi moins de confusion et les détenteurs de parts permanentes n'auront pas la tentation de migrer vers les parts F.

Le taux d'intérêt des parts est déterminé chaque année par le conseil d'administration. Mais il ne peut excéder 4,25% ou le taux des obligations du Canada 5 ans, selon le plus élevé des deux.

Rien n'empêche Desjardins de modifier cette politique, ce qui s'est déjà produit par le passé (voir tableau). Rien ne l'empêche non plus de verser moins que le taux maximum. D'ailleurs, le taux des parts permanentes a fluctué au fil des ans, baissant de 4,45% en 2007 à 3,5% en 2008, pour ensuite remonter à 4,25%.

REER oui, CELI non

Même si les parts de capital F ont un air de famille avec les actions des banques, elles versent des revenus d'intérêts qui sont imposés au maximum, contrairement aux dividendes des actions qui bénéficient d'un crédit d'impôt.

Cela n'a aucune importance pour ceux qui mettront les parts dans un régime de retraite enregistré à l'abri de l'impôt (REER, FERR, CRI, FRV). Par contre, les parts ne sont pas admissibles au CELI, car elles sont considérées comme un investissement à long terme, alors que le CELI se veut plutôt un outil d'épargne à court terme.

Les épargnants laisseront donc une bonne part de leurs intérêts au fisc. Pour un contribuable qui gagne de 14 000$ à 39 000$ par année, les intérêts sont imposables à 29%, par rapport à seulement 6% pour des dividendes. Pour ceux qui gagnent de 42 000$ à 78 000$, le taux d'imposition s'élève à 38% pour les intérêts versus 18% pour les dividendes. Et pour les contribuables nantis (128 000$ et plus), il atteint 48% sur les intérêts versus 32% sur les dividendes.

En fait, pour un contribuable imposé au maximum, un taux d'intérêt avant impôt de 4% équivaut à un dividende de 3% après impôt, selon le Planiguide fiscal de Raymond Chabot Grant Thornton.

Cela enlève un peu «d'intérêt» aux parts de Desjardins, par rapport aux actions des banques canadiennes.

Un bon placement?

Les parts F sont-elles un bon placement? «À 4,25%, c'est plus que les certificats de dépôt. Mais c'est un peu moins que le dividende des banques», compare Martin Boyer, professeur au département de finance de HEC Montréal.

En effet, les certificats de dépôt de 5 ans versent à peine 1,8% par année chez Desjardins. Même en magasinant, il est difficile de trouver un placement garanti qui verse plus que 3% au Canada.

D'autre part, les actions des banques offrent un dividende de 3,6% et 5%. Mais pour acheter des actions, il faut ouvrir un compte de courtage... et avoir le coeur assez solide pour encaisser les fluctuations.

«Par rapport aux actions des banques, ce n'est pas évident que (la part F) est un bon investissement. Mais peut-être que pour les membres de Desjardins, c'est une bonne idée, estime M. Boyer. C'est une manière de recapitaliser le Mouvement Desjardins, d'assurer sa pérennité à très long terme et d'en profiter en même temps avec un taux de 4,25%.»

Politique quant au taux maximum versé par les parts

1989 à 2005: Le taux d'épargne à terme de 1 an majoré de 1%

2005 à 2008: Le taux de l'épargne à terme de 1 an majoré de 1,3%

2009 à 2010: 4,25% ou le taux d'épargne à terme de 1 an majoré de 1,3%, selon le plus élevé des deux

2011 à aujourd'hui : 4,25% ou le taux des obligations du Canada 5 ans, selon le plus élevé des deux

Intérêts versés par les parts permanentes

2007: 4,45%

2008: 3,5%

2009: 4,25%

2010: 4,25%

2011 : 4,25%

Source : Desjardins

Comparaison du rendement des parts Desjardins avec d'autres types de placement

Parts de la Fédération Desjardins (intérêts)

* 4,25% ou le taux des obligations Canada 5 ans, selon le plus élevé des deux

Actions ordinaires des banques canadiennes (dividendes)

* Banque de Montréal : 5%

* Banque CIBC: 4,9%

* Banque Nationale : 4,3%

* Banque Royale : 4,3%

* Banque Scotia : 4,1%

* Banque Laurentienne : 4,0%

* Banque TD: 3,6%

Certificat de placement garanti 5 ans (intérêts)

* Caisse Desjardins : 1,8%

* Dans les grandes banques : entre 1,5% (CIBC) et 2,05% (BMO, Royale)

* Meilleur taux au Canada (Achieva Financial, Outlook Financial, etc.) : 3,1%

Sources : Desjardins, Cannex, Bloomberg

Partager

La Presse Affaires vous suggère

publicité

publicité

publicité

publicité

publicité

image title
Fermer