La valeur de la débrouillardise

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Tanguy Marquer (au centre) et son équipe.

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Êtes-vous un automate de la consommation ? Un produit est brisé, vous en rachetez un neuf ? Trop cher, trop long, pas réparable ? Et si on vous aidait à le faire vous-même ? Plusieurs initiatives inspirées d'ailleurs ont vu le jour au Québec. Et pas seulement pour la réparation. Le « fais-le toi-même » gagne aussi en popularité. La Presse a évalué la valeur de cette débrouillardise.

En créant la page Facebook Touski s'répare, Annick... (Photo Marco Campanozzi, La Presse) - image 1.0

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En créant la page Facebook Touski s'répare, Annick Girard voulait elle aussi lutter contre la piètre qualité des produits et militer pour une durée de vie plus longue des produits.

Photo Marco Campanozzi, La Presse

AVOIR L'AUDACE D'ESSAYER

Envahi d'une motivation soudaine, vous voulez réparer votre grille-pain. Oui, ce produit qui vaut 19,99 $ et que l'humoriste Martin Matte a tenté par mille et un moyens de ne pas jeter aux ordures. Eh bien, contrairement à la croyance populaire et aux discours des responsables du service après-vente, c'est possible, clament en choeur les créateurs des pages Facebook Repair Café Montréal et Touski s'répare.

« Un grille-pain, ça se répare ! affirme avec conviction Tanguy Marquer, l'étudiant en génie mécanique à l'origine de la page Repair Café Montréal. La plupart du temps, ce sont des pièces assez simples à changer, comme l'élément chauffant. Juste de le nettoyer, ça aide énormément. »

Chargé de projet pour le comité étudiant de développement durable de l'École de technologie supérieure (ETS), Tanguy Marquer a organisé deux ateliers de réparation gratuite (en février et en juillet), dans le hall de l'établissement scolaire. Des centaines de personnes s'y sont présentées avec leurs cafetières, fers à repasser, vêtements, vélos, drones et autres appareils électroniques.

« On a beaucoup d'étudiants à l'ETS qui font des choses poussées en électronique et en mécanique, explique-t-il. On a aussi des personnes plus âgées qui se sont jointes à nous parce qu'elles veulent transmettre l'expérience de la réparation. Le but de la démarche, c'est d'inclure les gens qui viennent avec leurs objets brisés et de démystifier la réparation. »

« Ça coûte moins cher que d'envoyer l'objet chez un professionnel et les gens repartent avec une expérience. » - Tanguy Marquer, chargé de projet pour le comité étudiant de développement durable de l'École de technologie supérieure

Les ateliers de Repair Café Montréal ont été organisés en collaboration avec le réseau des laboratoires de fabrication Fab Lab. Tanguy Marquer s'est inspiré du concept Repair Café créé à Amsterdam en 2009. L'idée de l'ancienne journaliste néerlandaise Martine Postma a d'ailleurs séduit plusieurs opposants au gaspillage et à l'obsolescence rapide comme Tanguy Marquer. La planète compte actuellement plus de 1300 Repair Cafés gratuits.

« On peut tout réparer, soutient Tanguy Marquer. Il faut avoir l'audace d'essayer. Ce qui freine souvent les gens, c'est la peur de se retrouver avec des morceaux en trop et de ne pas être capables de les remonter. On est là pour les accompagner. »

En créant la page Facebook Touski s'répare, Annick Girard voulait elle aussi lutter contre la piètre qualité des produits et militer pour une durée de vie plus longue des produits.

« La réparation est une solution à portée de main pour contrer cette déplorable obsolescence des objets, affirme celle qui travaille aussi chez Équiterre. En parlant à différentes personnes, je me suis rendu compte que les gens ont des astuces et des trucs, mais l'information n'est pas partagée. Je voulais offrir des solutions, car d'un point de vue environnemental, c'est une catastrophe de se débarrasser aussi rapidement des produits. »

En deux clics, vous trouverez rapidement des sites internet d'autoréparation européens. Or, pour un Québécois, la mauvaise expérience est assurée, car les produits ne sont pas les mêmes. Annick Girard aimerait bien un jour transformer Touski s'répare en site internet avec un moteur de recherche. En attendant d'avoir les fonds nécessaires pour le faire, elle invite les Québécois à nourrir sa page Facebook de leurs trucs.

« Les gens écrivent, par exemple : "Mon lave-vaisselle est brisé, voici la photo, voici ce qui est arrivé." En général, ils vont avoir de cinq à huit réponses, que ce soit pour le réparer soi-même ou des ressources qui pourront le faire. »

Que faire maintenant pour insuffler la dose de motivation nécessaire à ceux qui arguent le manque de temps ? Peut-être une loi d'inspiration suédoise qui donnerait un crédit d'impôt à la réparation d'objets brisés ?

PROCHAINS ÉVÉNEMENTS

RÉPAROTHON

Dimanche 22 octobre, de 14 h à 17 h, à Insertech, 4820, rue Molson, Montréal

REPAIR CAFÉ

Mercredi 25 octobre, de 16 h à 19 h, à l'atrium Lorne-M.-Trottier de Polytechnique Montréal, 2500, chemin de Polytechnique, Campus de l'Université de Montréal

COMBIEN ÉCONOMISE-T-ON ?

Êtes-vous inspiré par la tendance do-it-yourself (DIY), en français « fais-le toi-même », bien présente sur les réseaux sociaux et YouTube ? Bien sûr, la débrouillardise vous fera gagner... de la confiance en vous. Mais combien d'argent économiserez-vous ? Voici quelques exemples.

RÉPARER SON LAVE-VAISSELLE

au moins 100 $Le tarif pour un technicien qui se déplace et fait l'évaluation du problème oscille entre 97,73 $ et 103,42 $, taxes incluses.

Avant de faire venir un technicien à la maison, Annick Girard, d'Équiterre, et créatrice de la page Facebook Touski s'répare, suggère de procéder à quelques vérifications de base. « Plusieurs fois, j'ai seulement éteint le lave-vaisselle, je l'ai débranché et rebranché, puis il fonctionnait de nouveau. Une fois, je croyais qu'il était brisé. Je l'ai alors bien nettoyé et j'ai constaté qu'il y avait des aliments qui l'obstruaient. » Si vous avez envie de réparer vous-même les roulettes d'un panier, de changer une pompe ou de la débloquer, YouTube regorge de bonnes vidéos explicatives.

FAIRE SON PAIN

155 $ pour 52 semainesLe coût d'un pain revient à 0,67 $, voire 0,50 $ si vous achetez la farine en solde. « Les économies sont grandes, d'autant plus que j'achète la farine en sacs de 10 kg, explique Fannie St-Cyr, qui fait son pain maison depuis deux ans. À la fin de l'année, j'ai sauvé de l'argent, mais surtout 52 sacs de plastique et le transport du pain en camion. Je diminue l'empreinte écologique de ma famille. Quand on décide de faire son pain, je pense qu'il ne faut pas que le motif économique soit prioritaire. C'est un tout. J'ai beaucoup de plaisir à le faire avec les enfants. Je calcule environ 10 minutes pour la préparation et le pliage. »

CHANGER SES PNEUS

290 $ en quatre ansPour que l'investissement en vaille la peine, il est préférable de prendre la décision de changer ses pneus soi-même dès l'achat du véhicule avec quatre pneus neufs d'hiver et quatre pneus neufs d'été. L'achat de quatre jantes de base supplémentaires coûtera environ 200 $, plus la pose des jantes sur les pneus, 70 $. Selon les mécaniciens du dimanche que nous avons consultés, changer les quatre pneus déjà montés prendra de 30 minutes à une heure... si vous n'êtes pas dérangé par votre enfant qui veut une collation. Moins de temps que le déplacement et l'attente au garage en période de pointe. Le changement des pneus coûte en moyenne 70 $ deux fois par année. Ainsi, après quatre ans, vous aurez économisé 290 $.

RECOUDRE UN BOUTON

de 2 à 3 $ chacunLe tarif moyen est de 2 à 3 $ le bouton, plus deux déplacements. Pour le même prix, vous aurez quelques aiguilles et une bobine de fil qui vous serviront pour plusieurs dizaines de boutons. Le temps estimé pour coudre soi-même un bouton simple : moins de 5 minutes. « Dans les Repair Cafés que nous avons coorganisés, plusieurs personnes ont apporté leurs boutons à recoudre, indique Monique Chartrand, de Fab Labs. C'est comme la fin du monde de trouver le bon fil, la bonne aiguille, la bonne façon de le coudre. Moi-même, j'avais des vestons et des chemisiers que je ne mettais plus à cause d'un bouton tombé. »




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