Consommation: faut-il payer cher pour de la qualité ?

Pas de consensus cependant pour le pistolet, que... (La Presse photo FRANÇOIS ROY)

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Pas de consensus cependant pour le pistolet, que M. Geoffrion conseille de bonne qualité pour ne pas abîmer les plantes. « J'en utilise à 7 $, d'autres à plus de 20 $ et, honnêtement, je ne vois pas la différence de durée, rétorque M. Hodgson. Au bout d'un an ou deux, ils me lâchent. »

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Avec l'abondance de produits à très bas prix, la question se pose plus que jamais : faut-il choisir le moins cher ? Payer plus est-il un gage de qualité ? Pas moins de 12 experts répondent.

Pourquoi payer 20 $ pour un bon pinceau quand on en trouve à moins de 2 $ au Dollarama du coin ? Le shampoing à 3 $ abîmera-t-il vraiment plus les cheveux que celui à 30 $ ? Et les deux t-shirts pour 10 $ sont-ils vraiment une aubaine ? Ces questions sont devenues omniprésentes depuis que les produits de consommation à très bas prix ont envahi les tablettes. Elles se résument finalement à une grande interrogation : obtient-on de la meilleure qualité en payant plus cher ? Pour lancer le débat, La Presse l'a posée à 12 experts pour 8 gammes de produits différents. Les réponses, bien sûr, sont loin de clore définitivement la question.

Le luxe par plaisir

Un grand consensus s'est dégagé : on fait rarement une bonne affaire, en stricts termes de rapport qualité-prix, en optant pour le produit de grand luxe très coûteux.

« Quand tu paies un casque d'écoute 3000 $, c'est pour lancer un message. Dans l'audio, c'est clair qu'il y a un sentiment de satisfaction lié au prix. » - Jérémie Voix, professeur à l'École de technologie supérieure

Un domaine où les écarts de prix pour des produits de même nature sont ahurissants, c'est celui des cosmétiques. « Tout est très nuancé et subjectif », dit Judith Ritchie, ex-rédactrice en chef Beauté de Elle Québec et Clin d'oeil. « Cette question n'a aucune bonne réponse. Tout dépend de vos exigences. Plus le prix est élevé, plus on a le luxe de choisir un produit sur mesure adapté à nos besoins [...]. Ceci dit, ce n'est pas parce qu'on paye un produit à gros prix qu'il est forcément bon. »

Le moins cher, parfois utile

Mais à l'autre bout du spectre, les produits très bon marché n'ont pas la cote auprès de nos experts, à quelques exceptions près. Les câbles pour l'équipement informatique, certains accessoires de jardinage qui brisent souvent, des pinceaux impossibles à nettoyer après certains travaux et les lunettes de lecture de remplacement sont quelques exemples d'objets dans lesquels il n'est pas vital d'investir gros.

« Le gars qui achète un pistolet d'arrosage et qui le laisse traîner partout, il est mieux de payer 7 $. Après six mois, de toute façon, il va le jeter. » - Réjean Geoffrion, gérant à la Pépinière Jasmin

Entre le luxe et le « cheap », nos experts vont généralement préférer les produits à l'efficacité éprouvée qui sont rarement les plus coûteux... et pratiquement jamais les moins chers. Les pinceaux pour les travaux standards de peinture en sont un bon exemple.

« C'est un peu comme les outils : ça ne vaut pas la peine d'avoir un Makita ou un De Walt si tu fais du bricolage de temps en temps, une Black & Decker te suffira, explique Christian Dion, directeur d'une succursale Bétonel à Laval. Je n'essaie pas de vendre du haut de gamme à monsieur et madame Tout-le-Monde, ils n'en ont pas besoin et ils n'aiment pas ben ça, nettoyer... »

L'intérêt de payer plus

Un des seuls domaines où, à notre surprise, on recommandait en général d'opter pour le produit le plus coûteux, c'est celui des pneus d'hiver. Il faut cependant préciser que pour le consommateur moyen, et non pas celui qui va commander des pneus spécialisés à très grand prix, la différence de prix est plutôt minime entre le modèle déconseillé et le haut de gamme.

« Moi, personnellement, je mets toujours les meilleurs pneus d'hiver sur mon véhicule. C'est le seul contact que tu as avec le sol. Plus il est de bonne qualité, plus la distance de freinage est courte. » - Gino Cobuzzi, propriétaire du garage R. C. F. Cobuzzi

D'autres exemples où il vaut mieux payer un peu plus, selon nos experts : les boyaux d'arrosage et, surtout, les vêtements. Jocelyn Bellemare, professeur à l'École supérieure de mode de l'UQAM, est sans pitié pour ces millions de pièces vendues au rabais. « J'aimerais vous emmener magasiner pour que vous essayiez un t-shirt à 10 $ et un à 30 $. À ce dernier prix, vous avez du coton pima, qui a un effet de douceur, qui résiste au lavage, garde sa couleur et respecte l'environnement. »

HUIT PRODUITS SOUS LA LOUPE

Payer 5 $ ou 40 $ pour un câble informatique ? On y va pour le tuyau d'arrosage de luxe ou celui en plastique dur au rabais ? Et que faire avec tous ces vêtements offerts à moins de 10 $ qui ont quand même fière allure ? La Presse a fait le point.

ARROSAGE

Si une pièce d'équipement pour le jardin mérite de fouiller dans son portefeuille, c'est bien le tuyau d'arrosage. Nos deux experts, le chroniqueur Larry Hodgson et Réjean Geoffrion, gérant à la Pépinière Jasmin, s'entendent sur ce point. « T'es mieux de le payer plus cher, indique ce dernier. S'il est cheap, il risque d'éclater quand on le laisse sous pression, il ne s'enroulera pas bien, il va plier à tout bout de champ. » Pas de consensus cependant pour le pistolet, que M. Geoffrion conseille de bonne qualité pour ne pas abîmer les plantes. « J'en utilise à 7 $, d'autres à plus de 20 $ et, honnêtement, je ne vois pas la différence de durée, rétorque M. Hodgson. Au bout d'un an ou deux, ils me lâchent. »

PINCEAUX

Entre le pinceau à 1 $ et l'instrument de luxe à 40 $, que choisir ? La réponse : entre les deux. « Un bon pinceau va coûter entre 8 et 15 $ ; à 40 $, on paie pour le nom », estime Nicolas Desjardins, président et fondateur de Mon Peintre, qui emploie une vingtaine de personnes. Christian Dion, directeur de succursale chez Bétonel à Laval, recommande cependant le haut de gamme aux professionnels. « Les peintres disent qu'un bon pinceau devient meilleur à l'usage. » Les deux hommes descendent les pinceaux bas de gamme en flammes. « C'est de la scrap, dit M. Dion. Ça peut servir pour poser de la colle contact ou faire du découpage sur un plancher de ciment, mais une seule fois. »

PNEUS D'HIVER

Faut-il payer plus cher pour les pneus d'hiver ? « C'est malheureux, mais la réponse est oui, dit Jesse Caron, expert automobile à CAA-Québec. Les pneus bon marché sont bruyants, font consommer plus d'essence et ont des lacunes sur le plan de la conception. » Gino Cobuzzi, propriétaire du garage R.C.F. Cobuzzi, est plus catégorique : « Certains pneus n'ont aucune valeur, leur caoutchouc, c'est n'importe quoi, et ils ne devraient pas être acceptés au Québec. » La différence de prix sur quatre ans pour un ensemble de pneus n'est pas si grande, plaide-t-il : entre un Sunfull à 84 $ (« Je n'installerais ça sur aucun véhicule, sauf si on me l'ordonne ») et un Blizzak de Bridgestone à 122 $, « on parle de 38 $ par saison. »

LUNETTES

Ces charmantes lunettes de lecture à 2 $ ou à 15 $ feront-elles le travail ? « Oui, feu vert pour des usages temporaires », répond le Dr Langis Michaud, président de l'Ordre des optométristes du Québec. « Pour quelqu'un qui a une excellente vision de loin et qui veut des lunettes de dépannage, aucun problème. » Toutefois, lire régulièrement ou passer plusieurs heures devant un ordinateur n'est pas conseillé et va fatiguer les yeux, prévient-il. Quant aux lunettes de soleil, « le prix n'a rien à voir avec la qualité du verre », précise-t-il : il faut surtout repérer le signe UV 400. En bon président, le Dr Michaud rappelle tout de même qu'une visite chez l'optométriste permet de s'assurer de sa santé oculaire... et de la qualité des lunettes.

COSMÉTIQUES

Crème à 3 $ ou à 120 $ ? Cruelle question. « Si vous me demandez si, entre 3 $ et 60 $, il y a une différence dans la qualité du produit, la réponse est oui, répond Judith Ritchie, ex-rédactrice en chef beauté d'Elle Québec et de Clin d'oeil. S'il est essentiel de payer 60 $ pour avoir un bon shampoing ? La réponse est non. » Pour Édith Gobeil, formatrice chez Summum Beauté, « il n'est pas possible de payer le plus bas prix et avoir la meilleure qualité ». Par contre, payer cher est plus une affaire de marketing et de goût du luxe que d'efficacité. Son principal conseil : « établir un lien de confiance avec un professionnel des soins esthétiques ».

CÂBLES POUR L'ÉLECTRONIQUE

Le câble HDMI à 7 $ donnera-t-il une plus mauvaise image que celui à 40 $ ? Et le câble USB de votre iPad à 35 $ sera-t-il plus efficace ? Avis aux intéressés : le célèbre illusionniste James Randi offre 1 million à celui qui en fera la démonstration. Selon Michel Dagenais, professeur en génie informatique à Polytechnique Montréal, le test est simple quand il s'agit de numérique : « Ça fonctionne ou pas. Des câbles de haute qualité avec contacts en or, c'est une arnaque totale. » Il reconnaît toutefois que la solidité et la durabilité peuvent augmenter avec le prix - des critères quand les câbles sont dans les murs, par exemple. « Il ne faut pas payer 1 $ ou 2 $, mais on n'a pas non plus besoin de payer très cher. »

ÉCOUTEURS INTRA-AURICULAIRES

Attention, on a affaire ici à des produits se vendant entre 50 cents et 600 $. À la mi-février, le spécialiste de renommée mondiale Sean Olive a publié des résultats de recherche basés sur l'étude de 61 modèles. Sa conclusion, en très résumé : plus on paie cher, plus on se fait avoir. « Le prix ne permet pas du tout de prédire la qualité sonore : il relève surtout du marketing », estime Jérémie Voix, professeur à l'École de technologie supérieure. Pour la qualité sonore, il vaut mieux se fier aux avis des connaisseurs, précise-t-il, notamment ceux de Rtings, une entreprise montréalaise. Évidemment, la qualité des matériaux et l'élimination des bruits ambiants demandent un minimum d'investissement. « Moins cher égal souvent moins de confort, mais on n'a pas besoin de payer 3000 $ pour ça. »

VÊTEMENTS

On aura rarement eu, dans l'histoire de l'humanité, accès à une aussi grande variété de vêtements à très bas prix. Ceintures et t-shirts à 5 $, chaussures et pantalons à 20 $ sont maintenant courants et d'apparence séduisante. Mais ne demandez pas à Jocelyn Bellemare, professeur à l'École supérieure de mode de l'UQAM, de s'en réjouir. « C'est l'État-Walmart. On se ramasse avec trop de produits médiocres dans sa garde-robe, des t-shirts qui perdent leur forme au premier lavage, des ceintures qui s'écaillent rapidement. » L'expert se dit « choqué » par cette invasion de vêtements bas de gamme qui a « créé une démotivation, une espèce de détachement face au plaisir d'acheter des produits de qualité ». Son conseil : acheter moins, mieux choisir. Et oublier les t-shirts à 5 $.




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