Fleurir sa cour sans se planter

Chaque année, les ménages canadiens dépensent en moyenne... (Photo Thinkstock)

Agrandir

Chaque année, les ménages canadiens dépensent en moyenne 650 $ pour obtenir des produits et des services reliés à l'industrie horticole ornementale.

Photo Thinkstock

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Sur le même thème

Marie Lambert-Chan

Collaboration spéciale

La Presse

La saison des fleurs s'amorce. Des milliers de Québécois s'apprêtent à envahir les centres de jardin et les pépinières. Plusieurs choisiront des végétaux sur un coup de tête, sans égard à la facture... qui peut vite grimper ! Comment enjoliver sa cour sans y laisser sa chemise de jardinier ?

L'ART DU JARDINAGE ÉCONOMIQUE

Pendant la belle saison, Hubert Beaulieu, 58 ans, entame chacune de ses journées par une balade dans son jardin en compagnie de son chien. Il examine où en sont rendues ses pivoines, ses hémérocalles, ses roses et ses plantes potagères.

« J'éprouve un tel bonheur à les voir pousser ! », s'exclame le jardinier amateur. 

S'il a déjà beaucoup dépensé pour ses plates-bandes, ce n'est plus le cas aujourd'hui. Il préfère des végétaux exigeant moins d'entretien, compare les prix entre les détaillants et sème ses annuelles au lieu de les acheter en pot.

Il divise ses propres plants pour en offrir à la famille et aux amis. « Ça me fait plaisir parce que je sais à quel point un aménagement paysager est dispendieux, surtout pour les gens qui partent de zéro », déclare-t-il.

En effet, le coût d'un jardin tout neuf représente de 5 à 10 % de la valeur d'une propriété. « Cela inclut la tourbe, le pavage, les végétaux, etc., détaille Sébastien Locas, horticulteur et copropriétaire de la Pépinière Locas à Laval. Plus on en met, plus on doit en entretenir. »

Chaque année, les ménages canadiens dépensent en moyenne 650 $ pour obtenir des produits et des services reliés à l'industrie horticole ornementale, signale un rapport préparé en 2009 par la firme Deloitte pour l'Alliance canadienne de l'horticulture ornementale.

Les achats impulsifs gonflent vite la facture des jardiniers amateurs. Dans un sondage mené en 2007 auprès de 1200 ménages québécois, la Table filière de l'horticulture ornementale a découvert que 60 % des consommateurs interviewés ne planifiaient pas leurs dépenses de produits horticoles et qu'un ménage sur cinq jette son dévolu sur des plantes uniquement en fonction de ses coups de coeur.

Cela s'avère une erreur tant pour le portefeuille que pour la réussite des plates-bandes. 

« Souvent, les gens déboursent pour des plants très en fleurs parce que c'est joli, mais ils oublient de poser une foule de questions qui leur permettront de réussir leur jardin, à savoir l'ensoleillement nécessaire, le type de sol requis, les besoins en eau, les risques de maladies et la vulnérabilité aux insectes », explique Claude Vallée, professeur en horticulture à l'Institut de technologie agroalimentaire.

Ainsi, des annuelles très colorées en serre peuvent vite dépérir si elles sont transplantées dans de mauvaises conditions.

Pour investir intelligemment, Sébastien Locas rappelle la règle universelle du jardinage : la bonne plante au bon endroit.

LA PATIENCE DU JARDINIER

Des jardiniers amateurs trouvent le moyen de s'adonner à leur passion à peu de frais. Josée Marsolais, 45 ans, débourse en moyenne 350 $ par an pour fleurir son terrain de 80 000 pieds carrés situé à L'Assomption. 

« J'ai investi dans des vivaces qui meublent pas mal d'espace et, par définition, repoussent chaque année, comme des hostas, des hémérocalles, des weigelas et des iris, raconte-t-elle. Comme elles ne fleurissent pas toutes en même temps, mon jardin est coloré tout l'été. Je rentabilise mes achats de plantes intérieures en les mettant à l'extérieur dès que la température le permet. Je me procure aussi plusieurs annuelles, mais je les arrange moi-même dans mes boîtes à fleurs, ce qui est plus économique. »

Pour obtenir des végétaux ayant un bon rapport qualité-prix, Josée Marsolais magasine tant du côté des centres de jardin et des pépinières que des grandes surfaces. « Il faut toutefois faire attention dans les grandes surfaces parce que les plantes ne sont pas toujours bien entretenues », avertit-elle.

C'est vrai, observe aussi Sébastien Locas. « Mais à leur arrivée, les végétaux présentent une qualité similaire à ceux vendus par les commerces spécialisés, car plusieurs grandes surfaces s'approvisionnent chez des producteurs québécois », ajoute-t-il.

Si les jardiniers n'ont pas la chance d'acheter des plantes fraîchement arrivées, ils peuvent s'assurer de la santé du produit en étudiant son feuillage et ses racines. « Les feuilles doivent être belles, vertes, bien embranchées et les racines bien développées, blanches et d'aspect sain », explique Claude Vallée, qui invite les consommateurs à dépoter les plantes pour mieux voir le système racinaire.

Un exercice qui vaut la peine, car les grands détaillants offrent des économies substantielles. « Les rosiers sont presque deux fois moins chers chez Wal-Mart qu'en serre », remarque Hubert Beaulieu qui, malgré tout, se rend régulièrement chez des spécialistes. « Ils ont aussi d'excellents spéciaux, et j'estime y être mieux conseillé que dans les grandes surfaces », dit-il.

Dans tous les cas, ce qui se révèle le plus payant dans l'horticulture, c'est la patience du jardinier. « Il ne faut pas être pressé quand on jardine, mais en bout de ligne, on récolte ce que l'on sème », affirme avec philosophie Sébastien Locas.

CINQ ASTUCES POUR UN JARDIN À PETIT PRIX

Voici cinq trucs dégotés auprès d'experts et d'amateurs pour jardiner sans se ruiner.

FAITES DES ÉCHANGES ENTRE JARDINIERS

Après quelques années de culture, plusieurs vivaces peuvent être divisées. En fait, c'est une étape pratiquement indispensable à leur croissance. Les jardiniers amateurs comme Hubert Beaulieu en profitent pour faire des échanges entre eux. « Je préfère les partager que de les jeter », dit-il. « Il suffit de demander : il y a toujours des gens qui veulent se débarrasser de plantes », ajoute pour sa part Josée Marsolais. 

PRIVILÉGIEZ LES PETITS FORMATS

Les consommateurs préfèrent acheter des végétaux plus costauds et bien fleuris pour un effet instantané. Pendant ce temps, les petits formats perdent en popularité. Pourtant, ils sont une meilleure solution à long terme. « Prenez un arbre, donne en exemple l'horticulteur Sébastien Locas. Les plus gros se détaillent entre 600 et 800 $. En raison de leur taille, ils subissent un choc de transplantation et ne poussent plus pendant quelques années. Au contraire, le petit arbre cultivé en pot toute sa vie reprendra facilement une fois en terre. Et il est moins cher ! »

PENSEZ AUX PLANTES POTAGÈRES

Autre idée de style « deux pour un » : égayer ses plates-bandes ou ses boîtes à fleurs avec des plantes potagères. « Des choux produiront de belles fleurs, la bette à carde impressionnera avec ses tiges rouges, et la betterave en mettra plein la vue avec son feuillage rouge, illustre Claude Vallée. C'est à la fois décoratif et nutritif ! »

SEMEZ VOS ANNUELLES

« Il existe des plantes qui se ressèment d'elles-mêmes année après année, comme les cléomes, les amarantes, les cosmos et les rudbeckies, signale le professeur en horticulture Claude Vallée. Il s'agit d'identifier les plantules au printemps et de les transplanter à l'endroit voulu. » On peut aussi faire ses propres semis, « chose plus facile à faire que plusieurs ne le croient si on prend la peine de s'informer », indique Sébastien Locas.

CRÉEZ VOS PROPRES BOÎTES À FLEURS

« On peut facilement épargner jusqu'à 25 % en faisant ses propres arrangements », estime Sébastien Locas. Josée Marsolais le fait chaque année en y mélangeant des annuelles, des plantes d'intérieur et des vivaces. « J'achète des petits pots de vivaces à 1 $ et je les cultive tout l'été dans mes boîtes, explique-t-elle. À la fin de la saison, elles sont suffisamment grosses pour que je les transplante sur mon terrain. C'est un deux pour un ! »

Des annuelles qui ne décevront pas

Chaque année, plus de 200 nouveautés de plantes annuelles arrivent sur le marché. Comment faire un choix éclairé ? En se fiant au programme Les Exceptionnelles qui, depuis dix ans, présente des annuelles triées sur le volet par des experts et des consommateurs. Testées en conditions réelles, elles fleurissent abondamment, sont faciles d'entretien et résistent aux maladies et aux insectes. Voici la sélection 2015.

  • Gomphrena Pinball™ Purple : résistante à la chaleur et à la sécheresse, cette plante fleurit toute la saison, en plus d'être un aimant à papillons.
  • Thunbergia alata « Arizona Glow » : chose rare, voici une annuelle grimpante particulièrement florifère et généreuse.
  • Osteospermum ecklonis Blue Eyed Beauty™ : une plante solide aux couleurs hypnotiques qui s'agence avec tout, au sol ou en contenant.
  • Petunia Cascadias™ Indian Summer : ce pétunia s'est révélé performant dans tous les jardins d'essais en Amérique du Nord.
  • Caladium Painted Frog™ Red-Bellied Tree Frog : une plante luxuriante aux feuilles cireuses en forme de coeur qui apporte une touche de couleur inhabituelle dans un jardin.
  • Gerbera jamesonii Patio® Karoo® : une plante vigoureuse qui produit plusieurs fleurs, ce qui permet d'en couper quelques-unes pour enjoliver l'intérieur de la maison.
  • Petunia Blanket® Yellow : un pétunia d'un joli jaune qui pousse en abondance et résiste bien à la pluie.
  • Impatiens interspecifique Big Bounce™ White : l'impatiente n'a plus bonne presse en raison d'une souche virulente de mildiou qui l'affecte depuis quelques années, mais ce n'est pas le cas de celle-ci.
  • Cuphea Vermillionaire™ : une plante parfaite pour ceux qui n'ont pas le pouce vert qui, grâce à son nectar, attire en prime les oiseaux-mouches.




publicité

publicité

publicité

publicité

image title
Fermer