Dépenses de saison: mon pays, c'est... cher

L'arrivée des jours froids gèle souvent le budget... (PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE)

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L'arrivée des jours froids gèle souvent le budget des familles en raison de plusieurs dépenses incontournables : chauffage, vêtements, déneigement...

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L'hiver est à nos portes et se fait déjà sentir sur nos portefeuilles. Alors que l'été, les camps de jour, la rentrée scolaire et les sorties grugent une bonne part du budget familial, l'hiver particulièrement rude du Québec se révèle coûteux en vêtements, en déplacements et en chauffage.

Des conseils pour réchauffer l'hiver

L'arrivée des jours froids gèle souvent le budget des familles en raison de plusieurs dépenses incontournables : chauffage, vêtements, déneigement...

Voici des conseils et astuces pour éviter les mauvaises surprises.

Cette année, les Canadiens prévoient de dépenser en moyenne 1517 $ en cadeaux, voyages et loisirs, uniquement pendant le temps des Fêtes, selon un sondage récent de BMO Banque de Montréal. C'est moins que les 1810 $ de l'année dernière, mais c'est néanmoins un montant important que certaines familles n'ont pas.

Les planificateurs financiers le disent et le répètent : pour être en mesure de prévenir de tels coûts, il faut faire un budget mensuel, et, éventuellement, constituer un fonds de roulement.

Par exemple, pour des dépenses exceptionnelles de 1200 $ - des pneus d'hiver, un voyage, des cadeaux de Noël -, un ménage pourrait mettre de côté dans un tel fonds 100 $ par mois.

« Ces dépenses arrivent tout le temps au même moment de l'année. On dépense à Noël comme si on n'avait pas prévu de faire des cadeaux, mais on peut le prévoir », affirme Lisanne Blanchette, conseillère budgétaire chez Option consommateurs.

Acheter d'occasion

Au Québec, l'hiver augmente le coût du chauffage, mais aussi des déplacements (entretien de la voiture, pneus d'hiver, vélo plus difficile à pratiquer) et des vêtements (achats de bottes, manteaux, habits de neige).

Plusieurs choses peuvent toutefois être achetées d'occasion : vêtements, équipement de sport et même pneus d'hiver. Pour les familles qui pratiquent des sports hivernaux, il existe les ventes-échanges organisées par les centres de ski, généralement en début de saison. Des magasins louent également de l'équipement pour la saison.

Profiter des soldes de fin de saison et consulter régulièrement les petites annonces comme Kijiji et LesPAC s'avèrent des options intéressantes, surtout pour les familles dont les enfants grandissent encore.

« Faire tourner la roue comme ça, échanger l'équipement, ça permet de pratiquer un sport sans que ça se transforme en coûts astronomiques chaque fois », souligne la planificatrice financière chez Desjardins Sophie Sylvain.

Réduire la facture d'énergie

Qui dit hiver dit chauffage. Les ménages québécois dépensent en moyenne 1700 $ par an en eau, combustibles et électricité. Et sur une facture d'énergie annuelle, « le chauffage correspond à 50 % du total et à 80 % en hiver », rappelle Olivier Bourgeois, analyste en énergie à Option consommateurs.

Il existe plusieurs moyens de réduire la note de chauffage et d'économiser en même temps sur l'énergie. Cela nécessite souvent d'apporter des ajustements autant à ses habitudes de consommation qu'à son logement, en tirant profit des divers crédits d'impôt et subventions du gouvernement.

Le programme Rénoclimat, par exemple, donne jusqu'à 12 000 $ aux propriétaires qui font des rénovations écoénergétiques (travaux d'isolation, installation d'un système de ventilation ou d'une thermopompe...).

ÉcoRénov promet pour sa part une remise de 20 % sur des rénovations vertes sous forme de crédit d'impôt, jusqu'à concurrence de 10 000 $.

S'isoler sans se ruiner

Au-delà des grandes rénovations, les locataires ou propriétaires peuvent également empêcher le froid de s'introduire dans leur maison sans se ruiner.

Quelques astuces : sceller les joints des portes et fenêtres, installer des contre-fenêtres, se doter d'un ventilateur pour mieux faire circuler l'air et fermer les rideaux devant les grandes fenêtres la nuit.

Hydro-Québec a également mis en ligne un outil, le diagnostic résidentiel « Mieux consommer », qui permet d'analyser sa consommation d'énergie et de l'optimiser. Après avoir rempli un questionnaire, l'internaute peut obtenir la répartition exacte de sa consommation d'énergie et se situer sur une échelle d'efficacité.

Hydro-Québec et Gaz Métro permettent, en outre, à leurs clients d'adhérer au mode de versements égaux, ce qui évite du coup les mauvaises surprises en hiver.

Changer ses habitudes

Les propriétaires ou locataires doivent également faire attention à leurs habitudes de consommation. Ils peuvent commencer par régler à 21 °C la température de leur habitation et l'abaisser à 18 °C la nuit. Et surtout, se munir d'un thermomètre pour mesurer la température intérieure, plutôt que de se fier aux thermostats muraux, souvent imprécis.

Les Québécois savent néanmoins très peu comment optimiser leur consommation d'énergie, constate Olivier Bourgeois. « Dans les sondages, on demande aux gens ce qu'ils font en matière d'efficacité énergétique... Ils ne savent pas. Il n'y a pas de cours à l'école sur ces choses », poursuit l'analyste d'Option consommateurs, qui offre, par l'entremise du programme Éconologis, des visites gratuites aux ménages à faible revenu et des conseils en matière d'efficacité énergétique.

« L'efficacité énergétique, ce n'est pas fermer les lumières dans une pièce. Ça fait une différence, oui, mais ce n'est pas énorme », souligne-t-il.

- Laurence Niosi

Hauts et bas des coûts reliés à l'hiver

Incroyable, mais vrai : les prix de certains biens et services offerts durant la saison hivernale au Québec n'ont pratiquement pas augmenté au cours des dix dernières années. Même si chauffer sa maison, se vêtir et acheter des pneus d'hiver coûte un peu plus cher tous les ans, acquérir une souffleuse, aller skier ou voyager dans le Sud n'est pas tellement plus onéreux qu'il y a dix ans. Compte rendu.

Choisir le bon mode de chauffage

Si vous chauffez votre maison au gaz naturel, vous avez fait le bon choix. Malgré quelques hausses annuelles, le prix de ce combustible fossile a chuté de 11 % de 2003 à 2013, selon Statistique Canada et Gaz Métro. À l'inverse, le prix du mazout et des autres combustibles destinés au chauffage a explosé de 115 % en 10 ans. Le bon vieux chauffage à l'huile n'a décidément plus la cote. Entre les deux, les tarifs d'électricité ont connu, durant la même période, une hausse avoisinant les 20 %, ce qui correspond sensiblement à l'inflation, explique Patrice Lavoie, porte-parole d'Hydro-Québec. La hausse des tarifs d'électricité pour une maison unifamiliale dépasse à peine l'Indice des prix à la consommation (IPC), qui a atteint 18,7 % au Québec entre 2003 et 2013. Quand on se compare, on se console. Ou on se désole, c'est selon.

Se tenir au chaud à bon prix

À moins qu'on soit insensible au froid, un manteau et des bottes sont essentiels pour survivre à l'hiver québécois. Les prix dans cette catégorie de biens ont augmenté à divers degrés au cours des 10 dernières années. Le prix d'un manteau Kanuk a grimpé de 20 % en 10 ans, indique Véronique Blais, du service du marketing. « Le prix des matières premières, le polar et le nylon, par exemple, ont augmenté, dit-elle. Même chose pour le transport de ces matières qui viennent de l'extérieur du Canada. Malgré tout, 20 % sur 10 ans, ce n'est pas énorme. Surtout pour un produit de luxe fabriqué par 40 couturières à Montréal. » En matière de bottes d'hiver, les prix n'ont pratiquement pas bougé. « En 10 ans, la Rocket, notre botte d'hiver pour enfants la plus populaire, n'a augmenté au détail que de 4 ou 5 $, explique Michel Benoit, chef de la direction, marketing, chez le fabricant québécois Kamik. Ça vous dit dans quel genre de monde compétitif on joue. » Le prix de certains modèles pour hommes, dont la Nationplus, a même baissé, soutient M. Benoit. « La concurrence des pays émergents fait en sorte que nous devons maintenir de produits de qualité à un prix qui respecte le budget d'une famille », dit-il.

Pneus à pression variable

Difficile de chiffrer la fluctuation qu'a connue le prix des pneus d'hiver ces 10 dernières années. Selon Patrick Boivin, président de l'Association des spécialistes pneu et mécanique du Québec, la hausse serait de 20 %, soit environ 2 % par année. « Mais ce ne sont pas toutes les marques qui ont augmenté leurs prix, explique M. Boivin. Une de mes clientes m'a montré une facture d'il y a 10 ans. Or, les quatre pneus Toyo de même catégorie que je lui ai vendus la semaine passée ne lui ont coûté que 16 $ de plus. » Chez Pneus Robert Bernard, le directeur des ventes, Jean-Louis Dion, fait état de hausses de prix d'environ 10 et 20 $ sur les modèles les plus populaires (15 et 16 pouces) du fabricant Michelin. Cela représente une hausse d'à peine 3 % sur 10 ans ! L'arrivée massive sur le marché québécois ces dernières années des marques Pirelli, Continental et Cooper, ainsi que de plusieurs marques chinoises, a exercé une pression à la baisse sur les prix, croit Jean-Louis Dion. « Le nombre de détaillants a lui aussi augmenté, dit-il. Ça fait plus de concurrence, donc de meilleures offres pour le consommateur. »

Jouer dehors : à l'épreuve de l'inflation

Sauf exception, skier ou jouer au hockey coûte sensiblement la même chose qu'il y a 10 ans. L'Association des stations de ski du Québec (ASSQ) ne tient pas de statistiques à cet égard, mais selon Julie Coulombe-Cloutier, porte-parole, les abonnements « tout temps » pour étudiants au mont Saint-Sauveur sont passés de 250 à 299 $ en 10 ans, soit une hausse annuelle d'environ 1,9 %. À Ski Bromont, où on a été les premiers à offrir des abonnements à rabais, l'abonnement de ski de soirée se vendait 99 $ en 2002. En prévente, et selon certaines conditions, ce même abonnement se vendait 110 $ en octobre dernier. Une hausse d'à peine 10 % sur 10 ans. Encore mieux : les frais d'inscription au hockey mineur (pour les 5 à 21 ans) n'ont pas bougé depuis 15 ans, explique Daniel Côté, directeur du marketing et des communications à Hockey Québec. « Ça coûte encore entre 180 et 250 $ d'inscription, dit-il. Les frais de location de glace pour les ligues de garage [de 200 à 250 $ l'heure] n'ont pas augmenté depuis 20 ans », dit-il. En contrepartie, l'équipement de ski et de hockey s'est raffiné avec le temps, et certaines pièces haut de gamme (bâton de hockey à 300 $, manteau de ski à 500 $) coûtent aujourd'hui une fortune.

Chassez cette neige

Depuis 10 ans, les frais associés au déneigement n'ont presque pas bougé. Le prix d'achat d'un abri d'auto a même diminué. Selon Daniel Péloquin, copropriétaire de Chasse-Neige, le plus important regroupement de déneigement à Laval, faire déneiger son entrée (de 225 à 350 $) en 2014 coûtera à peine 10 % de plus qu'en 2004. « Nous avons amélioré nos techniques, dit-il. Nos tracteurs ont des GPS pour éviter les détours. » Le prix des souffleuses à neige est le même qu'il y a 10 ans, explique Jean Guglia, qui vend plus de 500 souffleuses par année. « Nous achetons notre équipement en dollars américains, dit le commerçant montréalais. Ça nous coûtait plus cher il y a dix ans. » Les abris d'auto sont, quant à eux, plus abordables que jamais. On trouve des modèles pour une voiture (11 x 20) pour environ 250 $, sinon moins. « Mais attention, ils sont entièrement fabriqués en Chine, explique Pierre H. Vincent, président, de la PME Les abris Harnois. La qualité n'est plus la même. » Ce chef d'entreprise de Lanaudière vend certains modèles dont la toile vient de Chine, mais il mise sur la qualité en offrant des modèles fabriqués entièrement au Canada.

Le client est roi

Oui, c'est au Canada que les taxes aéroportuaires sont parmi les plus élevées au monde. Eh oui, le prix du carburant ne cesse d'augmenter. Étonnamment, cela ne se traduit pas nécessairement par des hausses de prix pour les forfaits dans le sud. Il y a 10 ans, Air Transat dominait le marché des destinations dans le Sud en hiver. L'arrivée de nouveaux joueurs (Sunwing, WestJet, etc.) a changé la donne. « Nos marges de profit ont fondu, explique Debbie Cabana, du service des relations avec les médias. On ne peut plus refiler les hausses de prix du carburant et des taxes au client. Le consommateur en sort donc gagnant. Le client est roi. » Entre 2003 et 2103, le nombre de destinations et le nombre de vols (donc de sièges offerts) ont augmenté. La qualité des installations et les activités ont été bonifiées. « Les voyageurs en ont plus pour leur argent », dit Debbie Cabana. Cela semble s'avérer, car le nombre de Québécois qui séjournent dans une destination soleil est en hausse. Selon Aéroport de Montréal, en 2011, 987 000 Québécois se sont fait dorer la couenne au soleil. En 2013, ils étaient 1,02 million.

- Stéphane Champagne

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