Produits dérivés: des outils intéressants contre la volatilité

C'est la Bourse de Montréal (gratte-ciel noir sur... (Photo Hugo-Sébastien Aubert, Archives La Presse)

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C'est la Bourse de Montréal (gratte-ciel noir sur la photo) qui gère le marché des produits dérivés au Canada.

Photo Hugo-Sébastien Aubert, Archives La Presse

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Méconnu des particuliers investisseurs, le marché des produits dérivés est considéré par les professionnels du placement comme une boîte à outils essentielle pour gérer le risque de fluctuation de rendement dans les portefeuilles. Les petits investisseurs devraient-ils aussi s'y intéresser ? Certainement, à commencer par les options de vente ou d'achat, réputées plus accessibles.

Pour les uns, les produits dérivés, en particulier les options de vente ou d'achat d'actions, peuvent aider à gérer le risque de volatilité des rendements dans un portefeuille, selon les types d'actifs.

Mais pour d'autres, les produits dérivés, et même les options réputées plus accessibles aux petits investisseurs, ne sont que des produits compliqués et très risqués de spéculation à court terme en Bourse.

Qui dit vrai ?

En fait, de l'avis de professionnels du placement et des marchés financiers, la réponse se situe entre ces deux extrêmes.

« Les petits investisseurs entretiennent une certaine méfiance, sinon une perception négative, du rôle des produits dérivés dans les marchés financiers depuis la crise financière et bancaire de 2008. Mais cette perception est en partie faussée », explique Jean-Philippe Tarte, enseignant en finances et gestion de portefeuille à HEC Montréal.

« Ce qui a beaucoup aggravé la crise de 2008, c'est l'effondrement du marché des produits structurés. Il s'agissait de gros assemblages de titres de dette, dont les fameuses hypothèques subprime aux États-Unis, que les grandes banques échangeaient entre elles, en dehors des marchés financiers réglementés. »

« En comparaison, le marché des produits dérivés qui sont négociés sur des Bourses spécialisées et réglementées s'est comporté plus normalement. » - Jean-Philippe Tarte, enseignant en finances et gestion de portefeuille à HEC Montréal

« D'autant que ces produits dérivés, notamment les options de vente ou d'achat, sont habituellement basés sur des actifs sous-jacents reconnus comme des actions, des obligations ou des devises », poursuit M. Tarte.

Cette perception mieux informée des professionnels du placement envers le rôle des produits dérivés dans la gestion de portefeuille explique en bonne partie leur popularité croissante au fil des ans... et des cycles boursiers.

VOLUME DE TRANSACTIONS RECORD

À la Bourse de Montréal, qui gère le marché des produits dérivés au Canada, on inscrit des records de volume de transactions d'année en année.

Au point même d'en faire une filiale vedette pour la croissance et la rentabilité au sein du groupe boursier TMX, qui gère aussi la Bourse de Toronto et la bourse TMX-Croissance des petites capitalisations.

Toutefois, le marché des produits dérivés demeure dominé par de grands investisseurs institutionnels et des gestionnaires de fonds d'investissement, qui s'en servent comme outils importants de gestion de risque de volatilité de rendement des portefeuilles.

Du côté des particuliers-investisseurs, notent des conseillers en placement, l'utilité des produits dérivés, en particulier les options de vente ou d'achat de titres, demeure largement méconnue et sous-estimée.

« Bien utilisées, en marché haussier, par exemple, les options peuvent servir à bonifier le rendement à court terme d'un titre déjà en portefeuille, mais avec une mise de fonds très inférieure à celle d'un achat additionnel de ce titre. » - Charles Langford, conseiller en placements qui enseigne la gestion de portefeuille à l'École des sciences de gestion de l'UQAM

« À l'opposé, si l'on appréhende une correction des cours en Bourse, les options peuvent servir de protection pour compenser, en partie du moins, le mauvais rendement à court terme des titres que l'on veut conserver en portefeuille », ajoute M. Langford.

M. Langford dirige aussi des séances d'information sur les options à la clientèle de petits investisseurs de Desjardins Courtage en ligne. La plupart des firmes de courtage, dont Banque Nationale Courtage Direct (BNCD), tiennent régulièrement des séances de formation sur les options pour leur clientèle.

« Une bonne compréhension des produits dérivés est nécessaire pour en tirer le meilleur parti possible dans la gestion de son portefeuille, tout en réduisant le risque d'erreurs coûteuses avec des produits qui, d'emblée, sont plus spéculatifs », avertit Jean-Philippe Tarte, de HEC Montréal.

Comment ça fonctionne ?

Dans le secteur des marchés financiers, les options négociées sur des bourses spécialisées en produits dérivés, comme la Bourse de Montréal, sont considérées comme des « valeurs mobilières », à l'instar des actions et des obligations.

La grande différence, cependant, c'est que les options ont été conçues par les Bourses pour servir de compléments à ces titres de base sur les marchés financiers, afin de faciliter la gestion du risque en période de volatilité accrue des cours.

Pour l'essentiel, les options sont des contrats négociables en Bourse qui procurent à leur détenteur la possibilité d'acheter ou de vendre le titre dit « sous-jacent » qui lui est associé (actions, obligations, devises, etc.). Les options fonctionnent avec des conditions prédéterminées de prix, de quantités (par blocs de 100 titres) et de périodes de quelques mois avant leur échéancier.

Ces conditions rattachées à chaque option sont aussi les principaux déterminants de leur « prix » en Bourse, en fonction aussi des attentes de fluctuations à court terme de la valeur des titres sous-jacents.

Les options sont considérées comme un moyen de « couvrir le risque » ou de spéculer sur la volatilité prochaine d'un titre sous-jacent, mais à un coût initial très inférieur - à quelques points de pourcentage - de celui de l'achat direct et complet de ce titre réel.

Pour les particuliers investisseurs, il y a deux types d'options considérés comme les plus accessibles sur les marchés boursiers : 

OPTIONS D'ACHAT

Les options d'achat concernent le droit d'acheter un actif sous-jacent (bloc de 100 actions, obligations, unités de devise, etc.) à un prix et pour une période prédéterminés. Les investisseurs et les spéculateurs qui achètent une option d'achat misent sur une forte montée du titre sous-jacent, et donc de la valeur de l'option d'achat qu'ils détiennent.

Ils espèrent réaliser un gain sur le prix de revente de l'option avant son échéance, au fur et à mesure que s'accroît l'écart favorable entre le prix d'achat prédéterminé de l'actif sous-jacent et son prix courant plus élevé en Bourse.

Ce gain peut être très supérieur au coût initial de l'option. Par conséquent, le rendement par « effet de levier » du capital utilisé pour l'achat de l'option d'achat peut aussi être beaucoup plus élevé que celui réalisé par l'achat direct et à plein prix du titre sous-jacent, durant la même période d'appréciation en Bourse.

En contrepartie, le coût initial d'une option d'achat - la « prime », dit-on dans le jargon boursier - sera perdu par son détenteur si le scénario d'une montée de prix de l'actif sous-jacent ne se réalise pas avant l'échéance de l'option.

OPTIONS DE VENTE

Les options de vente concernent le droit de vendre un actif sous-jacent à un prix et dans un délai déterminés. Les investisseurs et les spéculateurs qui achètent une option de vente espèrent que le cours de l'actif sous-jacent (bloc de 100 actions, obligations, unités de devise, etc.) va baisser avant l'échéance de l'option.

Par conséquent, ils misent sur un gain lors de la revente de l'option avant son échéance selon l'ampleur de l'écart entre le prix de vente prédéterminé de l'actif sous-jacent et son prix courant et abaissé en Bourse.

Mais comme pour une option d'achat, la valeur d'une option de vente peut s'anéantir si le scénario de dépréciation boursière du titre sous-jacent ne se réalise pas avant l'échéance de l'option.

N'empêche, les options de vente sont les plus utilisées par les gestionnaires de portefeuille et les petits investisseurs qui veulent « couvrir » le risque de baisse de valeur de titres qu'ils ont déjà en portefeuille.

Ils s'attendent ainsi à ce que le rendement à court terme élevé du petit capital utilisé pour l'achat et la revente d'option de vente compense en bonne partie le rendement négatif à court terme du titre sous-jacent qu'ils veulent conserver en portefeuille.

Quels types d'options sont à considérer ?

Les professionnels consultés par La Presse recommandent de s'en tenir à des options qui concernent des titres que l'on a déjà en portefeuille. Ou que l'on envisage d'ajouter bientôt au portefeuille ou de l'en soustraire. Pour la plupart, il s'agit d'actions d'entreprises et des fonds d'investissement reproduisant les principaux indices de marché et de secteurs importants. Options sur actions

Les options sur les actions d'entreprises de grande capitalisation figurent parmi les produits dérivés à la Bourse de Montréal qui sont le plus facilement identifiables à un actif sous-jacent avec lequel les investisseurs sont plus familiers.

D'ailleurs, parce que cet actif - les actions de grande entreprise - est plus courant dans les portefeuilles de particuliers, les options sur les actions sont aussi les plus suggérées par les professionnels pour démarrer dans le marché des produits dérivés.

À la Bourse de Montréal, on retrouve des options d'achat et de vente pour les actions de 300 entreprises cotées à la Bourse de Toronto.

On y retrouve entre autres le Canadien National, Alimentation Couche-Tard, Saputo, Banque Nationale, CGI, Dollarama, SNC-Lavalin et WSP Global, Bombardier, etc.

Options sur FNB

La popularité des fonds négociés en Bourse (FNB) ne se dément pas chez les investisseurs. Même que de gros FNB se hissent certains jours parmi les titres les plus négociés à la Bourse de Toronto. Par ricochet, cette popularité a engendré un marché pour des options sur les FNB.

À la Bourse de Montréal, le menu des produits dérivés compte maintenant des options sur 47 FNB d'importance, provenant de gros « émetteurs » comme iShares/Blackrock, BMO/Banque de Montréal et Horizons.

Ces options concernent aussi des FNB dans une variété d'actifs, pour l'ensemble du marché ou par secteurs réputés plus volatils. On y retrouve entre autres les actions canadiennes, les actions en pétrole et gaz, les actions américaines et le secteur aurifère.

Options sur indices

Avec seulement trois titres, la catégorie des options sur des indices boursiers canadiens apparaît bien petite. Néanmoins, en raison de la portée de leur actif sous-jacent (indices d'actions de grande capitalisation et de gros volumes échangés), ces options figurent régulièrement parmi les produits dérivés les plus négociés à la Bourse de Montréal.

Ces options portent sur trois grands segments de la Bourse de Toronto : l'indice sectoriel S & P/TSX des banques, l'indice S & P/TSX 60 des plus grandes capitalisations, et l'indice sectoriel S & P/TSX des services publics.

Leur utilité ? Elles servent aux gestionnaires de portefeuille et aux investisseurs qui recherchent un moyen unique de « couverture » ou de spéculation sur les fluctuations de valeur d'un segment entier de leurs placements.




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