Économie collaborative: économiser gros grâce au partage

Un jardin communautaire de Montréal-Nord... (Photo Martin Chamberland, archives La Presse)

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Un jardin communautaire de Montréal-Nord

Photo Martin Chamberland, archives La Presse

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Martine Letarte

Collaboration spéciale

La Presse

L'économie est morose, les salaires stagnent, les inégalités sociales s'accroissent : les gens trouvent d'autres façons de répondre à leurs besoins. De l'événement de troc à l'échange de services en passant par la bibliothèque d'outils, les initiatives sont nombreuses. Et les économies, substantielles. Intrusion dans l'économie du partage.

Pourquoi acheter quand on peut emprunter?

Thomas Le Jouan vient de déménager et il a dû faire de petits travaux manuels pour s'installer. Il a assemblé une bibliothèque : il a eu besoin d'une perceuse. Il a coupé une patte de lit pour le faire entrer dans un coin de la pièce avec un plan incliné: il a eu besoin d'une scie à métaux. Il s'attaque maintenant au sablage de son îlot. Au lieu d'aller à la quincaillerie pour acheter des outils, il s'est rendu à La Remise, une bibliothèque d'outils dans son quartier.

Il a déboursé 10 $ pour devenir membre et 60 $ pour pouvoir emprunter des outils de façon illimitée toute l'année. « Si j'avais décidé de m'acheter une perceuse, ça m'aurait déjà coûté plus cher, affirme celui qui travaille dans le domaine du numérique. Puis, il y a la question de l'espace. Je n'ai aucunement envie de stocker des choses que je n'utilise presque jamais. »

D'ailleurs, une perceuse est utilisée en moyenne 1,5 minute par année, d'après le World Wide Fund (WWF). C'est 0,00029 % des heures dans l'année. Qu'en est-il d'une voiture ? L'utilisation moyenne est de 365 heures, soit 4 % du temps.

« Je suis aussi un utilisateur de Car2Go [une entreprise d'autopartage urbain]. J'adhère totalement à la logique de partage des choses plutôt qu'à la possession. » - Thomas Le Jouan, 36 ans

Sommes-nous dans l'économie du partage ? La consommation collective ? La traditionnelle économie sociale ?

« Il y a différentes étiquettes, mais la plupart de ces initiatives ont en commun de chercher une certaine innovation sociale », estime Maude Léonard, professeure spécialisée en entreprises sociales et en consommation collective à l'École des sciences de la gestion (ESG) de l'UQAM.

Lorsque le troc fait toute la différence

Il y a quelques années, Marie-Ève Leblanc a dû arrêter de travailler comme technicienne de scène en raison de problèmes de santé. Elle avait très mal aux articulations, mais elle ne pouvait pas payer pour de la massothérapie. Elle est allée cogner à la porte de l'Accorderie de Montréal-Nord, un organisme d'échange de services.

« Contre de la massothérapie, j'ai offert de l'aide logistique pour les déménagements puisque ça se rapprochait de ce que je faisais dans mon ancien travail », explique-t-elle.

Peu de temps après avoir cessé de travailler physiquement, Marie-Ève Leblanc a changé de poids et elle a dû refaire sa garde-robe. Un coût non négligeable. Dans un événement organisé par Troc tes trucs, elle a trouvé entre autres un manteau d'hiver qui l'a grandement dépannée.

« Il y a une montée des inégalités et on réalise aussi que notre fonctionnement comme société n'est pas optimal, alors on tente de trouver des solutions. » - Maude Léonard, fondatrice de Troc tes trucs

Marie-Ève Leblanc a depuis réussi, non sans fierté, à faire adhérer le garçon de son conjoint au troc.

« Les enfants ont souvent de la difficulté à se départir de leurs jouets une fois qu'ils ne les utilisent plus, mais avec le troc, c'est différent parce qu'on leur explique que ce jouet fera le bonheur d'un autre enfant, indique Marie-Ève Leblanc. D'ailleurs, il est très fier lorsqu'il voit un autre enfant choisir son jouet. »

En plus d'économiser des sous, ces initiatives permettent de consommer moins d'objets neufs.

« C'est ce qu'on voit aussi avec Kijiji, indique Maude Léonard. En faisant entrer moins de nouvelles ressources dans la chaîne, on diminue aussi les coûts environnementaux. »

Puis, bénéficier de l'économie du partage peut inciter à donner à son tour. Thomas Le Jouan, par exemple, se retrouve maintenant avec certains outils en double puisqu'il a emménagé avec sa copine.

« Lorsque nous aurons terminé de nous installer, nous irons probablement donner certains de nos outils à La Remise. »

L'économie du partage en chiffres

L'économie de partage prend de plus en plus de place et attire notamment les hommes célibataires en milieu urbain. Portrait de la dernière année au Québec.

45 %

Proportion de Québécois qui ont utilisé des plateformes web entre particuliers (ex. : Kijiji, Facebook, LesPAC, Craiglist) pour acheter/vendre/échanger/recevoir/donner des objets usagés

19 %

Proportion de Québécois qui ont utilisé des plateformes web entre particuliers afin d'offrir des services à d'autres particuliers comme le logement, le covoiturage, le cojardinage, le financement collaboratif

12 %

Proportion de Québécois qui ont utilisé des systèmes d'accès à des biens via des entreprises comme Communauto ou Car2Go, BIXI ou des entreprises de location d'outils

Qui pratique le plus la consommation collaborative ?

- les hommes

- les célibataires

- les locataires

- les urbains : plus de 40 % vivent à Montréal

- les jeunes : près des 2/3 ont moins de 44 ans

Source : Baromètre de la consommation responsable - Édition Québec 2015, Observatoire de la consommation responsable, École des sciences de la gestion (ESG) de l'UQAM.

TROC TES TRUCS

Fondé en 2006, Troc tes trucs organise plusieurs événements de troc par année dans Villeray. Le fonctionnement est simple : un type d'objet apporté donne un nombre de points. Par exemple, un chandail, peu importe la marque, vaut un point. Un appareil électronique en vaut quatre. Le tout est mis ensemble sur des tables, par thèmes, et on magasine avec ses points. En optant pour les rencontres plutôt que pour le web, Troc tes trucs encourage le contact humain, la création de liens entre les gens. L'organisme a aussi la mission d'aider d'autres groupes à développer des événements de troc. Il y a maintenant une quinzaine d'initiatives du genre dans la province.

LA REMISELa Remise, dans le quartier Villeray, à Montréal, n'est pas une entreprise de location d'outils, mais une bibliothèque d'outils. Le catalogue en ligne contient plus de 1000 articles. En devenant membre et en payant sa cotisation annuelle, on peut emprunter des outils gratuitement pour une semaine. On reçoit un courriel lorsque le prêt arrive à échéance et on peut le renouveler, comme on le fait pour un livre à la bibliothèque. Des bénévoles de La Remise offrent aussi des ateliers aux membres afin de transmettre le savoir. Par exemple, sur le travail du bois et l'entretien de vélo.

QUELQUES INITIATIVESL'économie du partage se trouve dans plusieurs domaines, de l'alimentation aux petits besoins du quotidien en passant par le voyage. Les initiatives se déploient lentement, mais sûrement, ou obtiennent du succès depuis de nombreuses années. Tour d'horizon grâce à cinq exemples probants. 

L'ACCORDERIEFatima sait cuisiner de bons repas. Alex sait manier le marteau. Julie a une voiture et peut servir de chauffeuse. Avec l'Accorderie, ils peuvent s'échanger des services. Chaque heure de temps donné dans son expertise permet d'obtenir une heure en banque afin de profiter des services de quelqu'un d'autre. En plus de lutter contre la pauvreté et l'exclusion sociale, l'Accorderie tente de renforcer la solidarité entre des gens de différents âges, sexes, cultures et revenus. Créé à Québec en 2002, le concept de l'Accorderie a été reproduit dans une dizaine de communautés au Québec.

CUISINES COLLECTIVESLa première cuisine collective au Québec est née dans Hochelaga-Maisonneuve en 1982. Trois femmes avaient ainsi mis ensemble leur argent, leurs idées, leur savoir-faire et leur temps pour planifier des repas et les cuisiner. Le concept a fait des petits et le Regroupement des cuisines collectives du Québec compte maintenant plusieurs membres dans toutes les régions. Certaines cuisines collectives sont particulièrement innovantes. Par exemple, Bouffe-Action de Rosemont offre aussi des ateliers pour produire des purées pour bébé avec de jeunes mamans et des jardins collectifs où les participants s'occupent ensemble d'un grand jardin.

NIGHTSWAPPINGÊtre hébergé gratuitement dans le sud de la France une semaine ? C'est possible avec le concept de troc de nuitées. Grâce à l'applicationNightswapping, on offre son chez-soi ou une chambre à des voyageurs pour accumuler des points. L'hôte peut être présent, ou pas. On utilise ensuite ses points au moment choisi, dans la ville de son choix, selon l'offre d'hébergement affichée. L'échange se fait donc à travers toute la communauté et non seulement entre deux personnes. On consulte la fiche des membres pour multiplier les chances d'avoir de bons matchs. La plateforme compte 180 000 membres dans 160 pays.

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