Cartes de crédit: des dettes qui font mal

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Les consommateurs paient cher leur dépendance à l'argent de plastique: des 72 millions de cartes de crédit Visa et MasterCard en circulation au Canada, la moitié s'alourdissent d'une dette impayée, pour une somme moyenne de 3716$.

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Les taux d'intérêt sont au plancher depuis longtemps, mais ceux des cartes de crédit sont toujours aussi exorbitants. Même que certains frais sont en hausse et coûtent des millions aux consommateurs. Rien pour les aider à se débarrasser de leurs dettes.

FAUT-IL PLAFONNER LES TAUX D'INTÉRÊT ?

Les consommateurs paient cher leur dépendance à l'argent de plastique : des 72 millions de cartes de crédit Visa et MasterCard en circulation au Canada, la moitié s'alourdissent d'une dette impayée, pour une somme moyenne de 3716 $.

Les deux plus importants réseaux de paiement ont enregistré quelque 399 milliards de dollars en transactions l'année dernière. C'est lorsque les utilisateurs ne peuvent payer leur compte en entier à la fin du mois que ça fait mal : des intérêts de 19,9 % en moyenne s'y ajoutent.

Un solde impayé de 3716 $ sur une carte de crédit coûtera 864 $ en intérêts au consommateur en un an.

C'est l'une des façons les plus coûteuses d'emprunter de l'argent. Mais c'est aussi l'une des plus accessibles : on propose des cartes de crédit à des étudiants, à des personnes sans emploi stable ou à faible revenu, qui peinent à obtenir d'autres types de prêts de leur institution financière.

C'est pourquoi les défenseurs des consommateurs demandent que les taux d'intérêt soient plafonnés, pour réduire les frais reliés à ces dettes. Quand les intérêts commencent à s'additionner, il devient très difficile pour les personnes endettées de tout rembourser.

« Pour quelqu'un qui traverse une mauvaise passe, qui n'a pas d'épargne et qui est contraint de sauter un paiement, la dette peut rapidement devenir insurmontable. » - Philippe Viel, porte-parole de l'Union des consommateurs

L'organisme demande depuis longtemps une limite aux taux d'intérêt exigés par les cartes de crédit. « Il faudrait interdire les taux nocifs, qui peuvent atteindre 28 ou 30 % pour les cartes de magasins », dit M. Viel.

Dans le cadre de la campagne électorale fédérale, le NPD est le seul parti qui aborde concrètement la question : il propose de plafonner les taux d'intérêt à 5 % de plus que le taux préférentiel des banques. Comme ce taux est actuellement à 2,7 %, les cartes de crédit ne pourraient donc exiger plus de 7,7 %.

Cette proposition date de 2008.

LE CRÉDIT DE PLUS EN PLUS CHER

En 1990, le taux directeur de la Banque du Canada était de 13,8 %, alors que les cartes de crédit exigeaient des intérêts de 18 à 20 %. Le taux directeur est maintenant de 0,5 %, mais les frais des cartes de crédit n'ont pas subi la même baisse.

Au contraire, ils augmentent. Desjardins a annoncé il y a quelques mois une hausse des intérêts sur ses cartes à taux réduits, qui sont passés de 9,9 % à 10,9 %.

D'autres institutions financières augmentent leurs taux de 2 à 8 % quand les clients ne paient pas la somme minimale requise deux mois de suite. C'est le cas pour les cartes Visa TD, par exemple : le taux passe de 19,99 % à 24,99 % pour les achats et de 22,99 % à 27,99 % pour les avances de fonds. Le taux majoré s'applique ensuite pendant 12 mois sur le solde ainsi que sur les nouveaux achats et avances de fonds.

CIBC et Banque Royale ont adopté des règles similaires.

À l'Association des banquiers canadiens (ABC), personne n'était disponible pour répondre à nos questions sur les frais d'intérêt élevés et sur cette tendance à trouver d'autres façons de les gonfler.

Sur le site web de l'Association, on explique « pourquoi le plafonnement des taux n'est pas dans le meilleur intérêt des consommateurs ». Selon les banquiers, une telle mesure limiterait l'obtention de cartes de crédit pour certaines personnes et limiterait le choix et l'innovation en matière de produits de crédit. On souligne qu'il existe des cartes à faible taux pour ceux qui veulent réduire leurs frais.

UN CADEAU EMPOISONNÉ

L'ABC fait également valoir que les défauts de paiement sur les dettes de cartes de crédit sont en baisse, ce qui signifierait que les taux d'intérêt ne sont pas problématiques.

Pas nécessairement, rétorque le porte-parole de l'Union des consommateurs.

« Il y a moins de paiements en retard parce que certaines cartes de crédit ont réduit le paiement minimum exigé jusqu'à 1,2 %. C'est moins difficile pour les consommateurs de faire leur paiement minimum, mais ils traînent leur dette pendant plus longtemps, donc paient des sommes plus importantes en intérêts. » - Philippe Viel

D'autres experts suggèrent que les émetteurs de cartes de crédit ont radié des sommes plus élevées en dettes à la suite de la crise d'il y a cinq ans, ce qui expliquerait la diminution des mauvaises créances.

L'Union des consommateurs demande aussi, d'ailleurs, que soit relevé le paiement minimum exigé à au moins 5 %, pour réduire les frais payés par les détenteurs de cartes. Desjardins, qui avait augmenté à 5 % le paiement minimum pour les cartes à taux réduit, a annoncé récemment qu'elle le ramenait à 2 %.

Dans une étude récente sur l'endettement des ménages, les économistes de Desjardins soulignaient que, si un ménage en difficulté financière doit suspendre l'un de ses paiements mensuels, « le choix s'arrête souvent sur les dettes à la consommation plutôt que sur l'hypothèque, qui peut entraîner une saisie de la résidence par l'institution financière. De toute façon, la majorité des cas de faillites ne sont pas déclarés par des propriétaires, mais plutôt par des locataires qui disposent de peu d'actifs et de peu d'épargne ».

ACCULÉS À LA FAILLITE

À cause du faible taux d'épargne, le coussin financier de certains ménages est insuffisant en cas de perte d'emploi pour poursuivre les paiements mensuels, surtout que la « durée moyenne de chômage s'est étirée depuis la dernière récession au Québec », note l'étude.

D'ailleurs, les faillites et les propositions aux créanciers sont en hausse. Dans ces cas, 91 % des dettes problématiques sont attribuables aux cartes de crédit, contre à 23 % aux prêts hypothécaires.

Le gouvernement de Stephen Harper a imposé certaines règles aux institutions financières, mais sans aller aussi loin que le demandent les défenseurs des consommateurs. Depuis 2009, elles doivent informer les clients du temps qu'il leur faudra pour rembourser tout leur solde, s'ils ne versent que le paiement minimum requis chaque mois, et doivent obtenir leur consentement avant d'augmenter leur limite de crédit.

Un cadre de protection des consommateurs de produits et services financiers a été promis en 2013, mais n'a toujours pas été mis en place.

PORTRAIT DE L'UTILISATION DES CARTES DE CRÉDIT AU CANADA

3716 $

Solde moyen sur les cartes de crédit

2,18 %

Dettes de cartes de crédit en souffrance (aucun paiement depuis au moins trois mois)

11 %

Consommateurs qui n'ont pas pu payer plus que le double du montant minimal exigé sur leur relevé

20 967 $

Dette moyenne de consommation, excluant l'hypothèque, en hausse de 2,9 %

63 156 $

Dette moyenne, hypothèque comprise

1,529 billion

Dette totale, hypothèque comprise, en hausse de 7,7 %

165 %

Taux d'endettement des ménages - 1,65 $ par dollar gagné

19,9 %

Taux d'intérêt moyen sur les cartes de crédit

La banque paie 40 fois moins que le consommateur pour emprunter - taux directeur de la Banque du Canada à 0,5 %

33,3 milliards

Bénéfice net des six grandes banques canadiennes en 2014, en hausse de 8,5 % sur un an

REVENUS DES BANQUES

55 %

Revenus d'intérêt (prêts hypothécaires, cartes de crédit, etc.)

6 %

Frais de service

39 %

Autres revenus (frais de courtage, fonds d'investissement, etc.)

Sources : Banque du Canada, Association des banquiers canadiens, Statistique Canada, TransUnion, Equifax, BMO

DES CLAUSES QUI COÛTENT CHER

Connaissez-vous votre argent de plastique ? Les contrats de cartes de crédit contiennent plusieurs clauses, écrites en petits caractères, qui peuvent vous coûter cher si vous n'y prenez garde.

FRAIS DE DÉPASSEMENT DE LIMITE

Votre carte vous accorde un montant de crédit limité. Mais si vous dépassez la limite, plutôt que de bloquer l'achat, certaines institutions financières acceptent la dépense, mais imposent des frais. Par exemple, 29 $ chez BMO.

HAUSSE DU TAUX D'INTÉRÊT

Quand vous omettez de payer la somme minimale requise deux mois de suite, votre taux d'intérêt peut augmenter, de 2 à 8 %. Par exemple, pour les cartes Visa TD, le taux passe de 19,99 à 24,99 % pour les achats et de 22,99 à 27,99 % pour les avances de fonds. Le taux majoré s'applique ensuite pendant 12 mois sur le solde, ainsi que les nouveaux achats et avances de fonds.

PERTE DE LA PÉRIODE DE GRÂCE

S'il vous reste un solde à rembourser, vous perdez la période de grâce sans intérêts (généralement 21 jours) pour tous les achats. Les intérêts sont appliqués rétroactivement à partir de la date des transactions et s'accumulent jusqu'au paiement du solde complet.

La dette moyenne de 3716 $ que les Canadiens traînent sur leurs cartes de crédit mettra 113 ans et 11 mois à être remboursée et coûtera 17 850 $ en intérêts, si on se limite au paiement mensuel minimum de 2 %.

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