Gros revenus, gros projets, grosses dettes

Paolo Brisebois, planificateur financier.... (Photo: Armand Trottier, La Presse)

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Photo: Armand Trottier, La Presse

Paolo Brisebois, planificateur financier.

Isabelle Ducas, collaboration spéciale
La Presse

Anne et Mamadou, un couple dans la trentaine, débordent de projets enlevants. Mamadou compte entreprendre une maîtrise en septembre, ils aimeraient visiter la famille au Burkina Faso et voudraient, dans quelques années, donner un petit frère ou une petite soeur à Chloé, qui a un an.

Mais le couple traîne des dettes de plus en plus lourdes et coûteuses, ce qui pourrait faire dérailler certains projets. «Nous avons de bons revenus, mais nous arrivons difficilement à rembourser nos dettes, explique Anne. Nous souhaitons réduire les intérêts payés sur nos emprunts. Et nous devons aussi trouver environ 20 000$ pour financer les études de maîtrise de mon conjoint.»

Ils ne veulent pas non plus négliger leur épargne retraite (ni Anne, ni Mamadou n'ont de régime de retraite de son employeur). Et, s'ils sont prêts à diminuer certaines dépenses pour améliorer leur situation, ils refusent de renoncer à la gardienne qui s'occupe de Chloé à temps plein et qui leur coûte 1800$ par mois.

Leurs dettes totalisent actuellement 352 000$, incluant l'hypothèque. Ils remboursent chaque mois 2144$, soit 1187$ en intérêts et 957$ en capital. Récemment, une institution financière leur a suggéré de regrouper l'ensemble de leurs dettes sur une marge de crédit à 3,5%. Ils ne paieraient que les intérêts chaque mois (1040$) et mettraient 950$ par mois dans des REER. Ils utiliseraient ensuite le remboursement d'impôt provenant des cotisations REER (environ 5000$ par année) pour rembourser la marge de crédit. «Est-ce une bonne stratégie?», demande Anne.

Consolider les dettes

Nous avons soumis leur problème au planificateur financier Paolo Brisebois, de Gestion de patrimoine Brisebois&Forbes, à Drummondville. Son verdict? Oui, le couple doit consolider ses dettes pour réduire les intérêts payés (surtout les 9% d'intérêts sur la carte de crédit). «Mais ce n'est pas une bonne idée de mettre la dette hypothécaire sur une marge de crédit, souligne-t-il. Les taux d'intérêt sont faibles actuellement, mais ils ne manqueront pas de remonter, ce qui risque de leur coûter cher.»

Si le taux d'intérêt de la marge de crédit augmentait de seulement 1%, il s'agirait d'une dépense supplémentaire de 3500$ par année pour le couple, note le planificateur financier. Les contributions REER de 11 400$ par année leur permettraient d'avoir un bas de laine bien rempli pour leur retraite (1 733 380$ en 2034), mais leur marge de crédit serait encore de 244 400$ à ce moment. Le couple aura payé beaucoup d'intérêts pendant toutes ces années. Et puis, cette stratégie ne dégage pas beaucoup de marge de manoeuvre budgétaire. «Les gens se font offrir des marges de crédit dont ils n'ont pas à rembourser le capital, mais quand on traîne des dettes pendant plusieurs années, on paie des sommes énormes en intérêts,» dit Paolo Brisebois.

La stratégie proposée

Pour réduire les intérêts à payer et dégager une marge de manoeuvre pour faire face aux frais d'études à venir, M. Brisebois leur suggère une stratégie un peu différente. D'abord, ils devraient demander dès que possible une marge de crédit hypothécaire de 60 000$, pour laquelle ils pourront normalement obtenir un taux de 3,5%. Ce montant servira à rembourser la marge de crédit actuelle (20 000$) et la carte de crédit (10 000$), avec une économie immédiate en frais d'intérêts. Un montant de 20 000$ sera disponible pour le financement des études de Mamadou, et 10 000$ comme coussin de sécurité.

Pour les deux prochaines années, le couple fera des paiements mensuels de 1486$ pour rembourser son hypothèque, 250$ pour payer le prêt étudiant, 200$ pour le prêt personnel contracté auprès d'un membre de la famille, et 88$ pour les intérêts sur la marge de crédit. Au moment où ils utiliseront les 20 000$ prévus pour les droits de scolarité, le paiement des intérêts sur la marge de crédit grimpera à 146$, pour un total de 2082$. Dans l'immédiat, le couple ne verra pas une énorme différence dans son budget mensuel. Il devra faire preuve de discipline et tenter de réduire certaines dépenses, recommande le planificateur financier.

En 2014, la petite Chloé aura trois ans. Ses parents se disent disposés à se séparer de leur nounou à ce moment, ce qui réduira leurs dépenses de 1800$ par mois. Le solde du prêt étudiant ne sera plus, à ce moment, que de 1400$. En le liquidant au complet, le couple verra ses dépenses diminuer d'un autre 250$ par mois, pour un total de 24 600$ par année.

Pour les cinq années suivantes, M. Brisebois suggère de consacrer ces 24 600$ à des cotisations REER, qui donneront droit à un remboursement d'impôt d'environ 10 500$. Cette somme sera alors consacrée au remboursement de la marge de crédit, qui sera payée au complet en cinq ans.  

S'ils gardent le même cap, leur situation en 2034, au moment où Mamadou aura 60 ans, sera bien meilleure qu'avec l'option expliquée plus haut. Leur dette hypothécaire ne sera plus que de 80 000$ et ils auront accumulé 2 300 000$ dans leurs REER. Au fil des années, ils pourraient aussi décider de consacrer des sommes plus importantes au remboursement de leur hypothèque plutôt qu'à leur REER. La retraite devrait alors être confortable avec, espérons-le, encore une foule de projets.

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