Davie dénonce une «gifle» d'Ottawa

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Ottawa a confirmé vendredi qu'il ne commandera pas un deuxième ravitailleur au chantier naval Davie, à Lévis.

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(Ottawa) Le chantier naval Davie dénonce une « gifle » de la part du gouvernement fédéral, dont la décision « scandaleuse » de ne pas lui commander un deuxième navire ravitailleur risque d'entraîner le congédiement de 800 travailleurs d'ici Noël.

Ottawa a confirmé, vendredi dernier, qu'il ne confiera pas de nouveau mandat au chantier de Lévis, qui a achevé récemment un ravitailleur - l'Asterix - pour la Marine royale canadienne. La décision fédérale suscite une immense levée de boucliers chez tous les élus de la région de Québec depuis trois jours, tandis que les dirigeants de Davie se disent stupéfaits de ce revirement de situation.

« C'est scandaleux : il y a un besoin intérimaire de la marine pour un second navire ravitailleur, le gouvernement a étudié ça de long en large », a dénoncé à La Presse Frédérik Boisvert, porte-parole de Davie. 

« Ils ne peuvent pas trop expliquer [leur décision] parce que dès qu'ils se mettent à expliquer, ils se contredisent. » - Frédérik Boisvert, porte-parole de Davie

Le couperet est déjà tombé pour 113 employés ces derniers jours. Et les deux tiers des 1200 travailleurs de Davie perdront leur gagne-pain d'ici quelques semaines si Ottawa ne change pas son fusil d'épaule, a martelé hier M. Boisvert. « C'est une gifle dans la face de 800 travailleurs du chantier Davie et c'est une gifle dans le visage des Québécois. »

Le porte-parole fait valoir que le chantier lévisien représente environ la moitié de la capacité de production de navires du pays, mais ne reçoit que 1 % des contrats fédéraux. Il croit que des fonctionnaires à Ottawa ont « visiblement une dent contre Davie ».

Des doléances reprises hier par les partis de l'opposition à Ottawa. « Sur 100 millions de dollars de contrats, 80 % vont à Halifax, 17 %, à Vancouver et même pas 1 % pour le Québec, a lancé le député bloquiste Xavier Barsalou-Duval. Pourtant, le monde est prêt à Lévis. Ils ne demandent qu'à travailler. Non. Ottawa aime mieux aller gaver l'Irving. »

DES CONTRATS DE 56 À 60 MILLIARDS

Le contrat attribué à la Davie pour le navire Asterix visait à combler certains besoins à court terme du Canada. Les exigences de la Marine royale canadienne sont en réalité beaucoup plus vastes, ce qui se traduira par des contrats de 56 à 60 milliards de dollars donnés dans le cadre de la Stratégie nationale d'approvisionnement en matière de construction navale.

Deux chantiers ont été retenus pour la construction de grands navires : Irving Shipyard, à Halifax, et Seaspan, à Vancouver. Davie a pour sa part été écartée au terme d'un appel d'offres réalisé en 2011.

Questionnée sur les licenciements - et l'avenir - du chantier Davie, la ministre des Services publics et de l'Approvisionnement, Carla Qualtrough, a dit entrevoir des solutions. 

« Notre gouvernement est toujours préoccupé par les répercussions des pertes d'emplois sur les travailleurs et leurs familles. Nous reconnaissons l'excellent travail accompli par les employés de Davie. »  - Carla Qualtrough, ministre des Services publics et de l'Approvisionnement

« Au cours des dernières semaines, notre gouvernement a été en contact avec la direction de Chantier Davie et les syndicats. Dans la Stratégie nationale de construction navale, il y a bien sûr des opportunités pour Davie », a-t-elle déclaré.

IRVING EXCLUT DE COLLABORER AVEC DAVIE

Plus tôt en journée, des fonctionnaires fédéraux, accompagnés du grand patron d'Irving, ont présenté certains détails sur l'avancement du programme fédéral de construction navale. Les premiers navires de patrouille et de combat ne seront pas prêts avant plusieurs années encore et leur livraison s'étalera au moins jusqu'en 2040.

Une série de contrats seront aussi attribués à des sous-traitants, mais le grand patron d'Irving, Kevin McCoy, a écarté toute collaboration avec Davie. Il a publié samedi dernier une lettre ouverte incendiaire dans le Chronicle Herald d'Halifax, dans laquelle il répondait à des affirmations « dénigrantes » (« derogatory ») faites par le grand patron de Davie, Alex Vicefield.

Dans sa missive, M. McCoy a souligné qu'Alex Vicefield était installé à Monaco et que Davie avait livré « un seul » gros navire neuf dans les 20 dernières années. Il a ensuite rappelé les difficultés récentes de Davie, qui affiche d'importants dépassements de coûts dans la livraison de traversiers.

PAS DES « CHALOUPES »

Ottawa a par ailleurs indiqué hier que 2 milliards de dollars seront mis de côté pour la construction et la réparation de petits navires de moins de 1000 tonnes. Ces contrats pourraient sans doute intéresser la Davie, selon des hauts fonctionnaires fédéraux, une perspective qui ne soulève pas l'enthousiasme de l'entreprise de Lévis.

« C'est comme si tu demandais à General Motors de construire des tricycles, a lancé le porte-parole Frédérik Boisvert. On vient de livrer le plus grand navire de l'histoire de la marine canadienne en 24 mois, sans aucun dépassement de coûts. Il est nickel. Ne nous demandez pas de construire des chaloupes. »




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