Gouvernance chez Bombardier: Sabia contredit Laurent Beaudoin

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Michael Sabia, PDG de la Caisse de dépôt

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Le grand patron de la Caisse de dépôt et placement du Québec, Michael Sabia, a rencontré à trois reprises des dirigeants de Bombardier au cours des dernières semaines pour leur faire part de ses préoccupations quant à la gouvernance de la multinationale montréalaise.

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Laurent Beaudoin, président émérite du conseil d'administration de Bombardier, était présent jeudi dernier à l'assemblée annuelle de l'entreprise.

Photo François Roy, La Presse

Dans un courriel envoyé vendredi aux membres du comité de direction et du conseil d'administration de la Caisse, que La Presse a obtenu, M. Sabia contredit les propos tenus la veille par le président émérite du conseil d'administration de Bombardier, Laurent Beaudoin, en marge de l'assemblée annuelle de l'entreprise.

M. Beaudoin a alors affirmé que la Caisse n'avait pas communiqué avec Bombardier avant de rendre publique une lettre expliquant les raisons pour lesquelles elle s'opposait à la réélection de son fils Pierre comme président du conseil d'administration de Bombardier et à la politique de rémunération des hauts dirigeants de l'entreprise. « Il me semble qu'ils auraient pu nous parler », a déploré Laurent Beaudoin lors d'une mêlée de presse improvisée.

« Cela ne correspond pas à notre façon de faire des affaires avec nos partenaires. » - Michael Sabia dans son courriel

M. Sabia précise ensuite qu'il a rencontré la direction de Bombardier à trois reprises à propos des votes par procuration de la Caisse sur la présidence du conseil et la politique de rémunération de l'entreprise : le 12 avril (avec Pierre Beaudoin), le 20 avril (avec le PDG Alain Bellemare) et le 2 mai (avec Pierre Beaudoin).

« J'ai discuté longuement avec eux, particulièrement lors des rencontres avec Pierre, et je leur ai exprimé nos préoccupations par rapport aux décisions prises par le conseil [de Bombardier], à la gouvernance, et je leur ai communiqué nos intentions de vote, écrit Michael Sabia dans son courriel. Lors de notre plus récente rencontre, Pierre m'a dit que la société et le conseil prenaient note de notre position et il a choisi de ne pas discuter du fond de cette question. »

« Nous n'avons pas l'intention de revenir sur cette question, a commenté hier un porte-parole de Bombardier, Olivier Marcil. Les actionnaires se sont exprimés et en ce qui concerne Bombardier, ce dossier est clos. »

FRONT COMMUN

C'est devant cette fin de non-recevoir de Bombardier que la Caisse a pris la décision de publier sur son site web, il y a une semaine, une lettre dans laquelle elle indique notamment que « la composition, la direction et la gestion du conseil d'administration de Bombardier doivent absolument s'améliorer ». Pour l'institution, le conseil de l'entreprise doit désormais être présidé par un administrateur indépendant.

Dans les jours qui ont suivi, les autres grandes caisses de retraite canadiennes ont emboîté le pas à la Caisse en votant elles aussi contre la réélection de Pierre Beaudoin et la politique de rémunération des hauts dirigeants de Bombardier. Or, grâce aux actions à droits de vote multiples de la famille fondatrice et aux investisseurs privés, les deux mesures ont été entérinées avec plus de 92 % d'appuis lors de l'assemblée de jeudi.

La fronde des investisseurs institutionnels publics a néanmoins contraint Pierre Beaudoin à annoncer qu'à compter du 1er juillet, il ne sera plus président exécutif du conseil de Bombardier, mais simplement président du conseil, de sorte qu'il ne jouera plus de rôle dans la gestion directe de l'entreprise.

Cette crise de confiance a débuté à la fin du mois de mars, lors du dévoilement de hausses de rémunération pouvant atteindre près de 50 % pour certains dirigeants de Bombardier, et ce, en dépit du fait que quelques mois plus tôt, l'entreprise avait reçu 1 milliard US de Québec et 1,5 milliard US de la Caisse de dépôt. Deux manifestations ont notamment eu lieu devant le siège social de Bombardier au centre-ville de Montréal.

Les vives tensions entre Bombardier et son plus important actionnaire externe surviennent alors qu'une filiale de la Caisse, CDPQ Infra, s'apprête à choisir les entreprises qui décrocheront les lucratifs contrats du Réseau électrique métropolitain (REM), un projet de train léger de plus de 6 milliards à Montréal. Bombardier Transport fait partie des finalistes pour le contrat de fourniture du matériel roulant, d'exploitation et de maintenance du réseau.

Jeudi dernier, Laurent Beaudoin a dit croire que Bombardier et la Caisse allaient pouvoir tourner la page de cet épisode houleux. De son côté, la Caisse tient à rappeler que les contrats du REM seront accordés en fonction de critères techniques et financiers. L'institution assure en outre qu'une « muraille de Chine » a été érigée entre ses équipes responsables du REM et celles chargées du suivi de ses investissements dans Bombardier.




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