Bilinguisme: le PDG d'Air Canada «frustré» par le rapport Fraser

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Calin Rovinescu a défendu son bilan en matière de bilinguisme mercredi à Ottawa.

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Fannie Olivier
La Presse Canadienne
Ottawa

Frustrant et décourageant: voilà comment le président et directeur général d'Air Canada a décrit le rapport du commissaire aux langues officielles Graham Fraser à l'égard du transporteur aérien.

Calin Rovinescu était attendu de pied ferme au comité des langues officielles de la Chambre des communes, mercredi après-midi, où il a dû défendre son bilan en matière de bilinguisme.

«Si vous avez l'impression que je suis un peu frustré par cette situation, c'est parce que je le suis», a lancé le PDG d'Air Canada aux parlementaires.

La semaine dernière, M. Fraser a déposé exceptionnellement un rapport au Parlement portant uniquement sur le transporteur aérien.

Il se désolait qu'en 45 ans, ses prédécesseurs et lui aient tenté d'aider Air Canada à se conformer à ses obligations en matière de langues officielles, sans vraiment de succès. Le commissaire demandait du même coup des changements législatifs pour serrer la vis à Air Canada, dont la possibilité de lui imposer des amendes.

Combatif, M. Rovinescu a rejeté les recommandations du commissaire, rappelant que le nombre de plaintes contre Air Canada au bureau du commissaire était constant - autour d'une cinquantaine par année - alors que le nombre de passagers est en hausse.

«Avec nos milliers d'employés bilingues, de Victoria à St-John's, Terre Neuve, on ose croire qu'Air Canada en fait plus que toute autre entreprise du secteur privé au Canada pour offrir des services bilingues», a-t-il insisté.

La société compte 7000 employés bilingues et 60 pour cent des agents de bord et d'aéroports embauchés au cours des 15 dernières années sont capables de s'exprimer dans les deux langues, a-t-il fait valoir.

«Nous devrions éviter de confondre les anecdotes avec les faits», a-t-il envoyé comme critique à peine voilée au commissaire, qui relatait dans son rapport quelques expériences vécues par des plaignants.

M. Fraser énumérait par exemple les cas d'un unique agent de bord unilingue anglophone pour le vol entre Montréal et Rouyn-Noranda; l'absence de service en français entre Montréal et Bathurst; ainsi que le refus d'une agente unilingue au comptoir d'embarquement de chercher l'aide d'un collègue parlant français sous prétexte qu'elle ne travaillait pas pour «Air Québec».

M. Rovinescu a par ailleurs évoqué des problèmes d'embauche, signalant une perte de vitesse du bilinguisme hors Québec, où seulement 10 pour cent de la population parle les deux langues officielles.

Députés peu convaincus

Les députés siégeant au comité - tous partis confondus - ont paru peu convaincus par les arguments du PDG d'Air Canada.

La conservatrice Sylvie Boucher y est même allée d'une expérience personnelle. Elle a affirmé qu'aucun agent de bord parlant français ne travaillait sur l'avion qu'elle a pris en partance de Montréal pour se rendre au congrès conservateur à Vancouver, le mois dernier.

Elle a relaté que son confrère avait demandé un verre d'eau. «Il s'est fait répondre: I'm sorry, I don't speak French. (...). C'est inimaginable, en 2016, que tu sois bilingue ou pas, que tu ne comprennes pas c'est quoi un verre d'eau», a-t-elle tranché.

Les libéraux siégeant sur le comité ont quant à eux cherché à savoir combien de plaintes en matière de langues officielles étaient logées directement auprès d'Air Canada et combien la compagnie dépensait pour régler ces cas à l'amiable.

M. Rovinescu a indiqué qu'il ne connaissait pas ces chiffres. Le président du comité, Denis Paradis, est alors intervenu pour le rappeler à l'ordre. «Le comité est en droit de vous demander ça et on ne voudrait pas être forcés de faire une motion quand même spéciale pour vous forcer à le faire. Alors, on fait appel à votre collaboration là-dessus», a-t-il indiqué.

M. Rovinescu a répliqué qu'ils allaient étudier cette demande en temps et lieux.

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